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Résumé du Petit Provencal

du 13 septembre 1936

Par 3 buts à 0, l'Olympique de Marseille

bat le F.C. de Rouen

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Partie d'une rare valeur technique et d'un brio qui de part et d'autre se manifesta sans arrêt depuis le coup d'envoi jusqu'au coup de siffle final

Score lourd et sévère pour le F.C. de Rouen dont l'équipe inlassable et rapide, n'avait de comparable à son courage prodigieux que sa grande vitesse et sa rapidité d'exécution.

Ay cours des premières minutes, du premier quart d'heure même, les supporters de l'O.M. eurent chaud... la balle, tripotée avec une maîtrise et un art fort spectaculaires par les visiteurs, semblait être à leurs ordres, et il fallut, devant la fougue nordiste, toute la présence d'esprit et la pondération même de la défense locale fort bien épaulée par la ligne d'intermédiaire, pour que rien de grave ne se produisit au détriment des Olympiens.

Mais l'O.M. jouit d'une réputation établie surtout sur les constatations. Obligés à orcer fl'allure, les blancs s'y adaptèrent à merveille et remontèrent petit à petit le terrain. Voici même qu'à la douzième minute, Kohut obtient un penalty... et chose rare pour l'ailier gauche son shoot va dehors.

Ce point qui leur échappe, alors qu'ils sentent tout le besoin qu'ils en ont, n'est pas fait pour relever le moral local ; un flottement se produit, au cours duquel l'arrière défense marseillaise est mise à contribution. Mais petit à petit, l'O.M. se retrouve et prend à son tour la direction des opérations. Après trente trois minutes, Zermani obtient un corner qu'il shoote et que Kohut reprend et transforme en but.

C'est sur cette maigre avance que les locaux arrivent au half. A signaler, au cours de cette mi-temps, les exploits remarquables du demi Payen et de l'aile Lherminé - Rio.

Après le repos, contrairement à toute attente, le jeu sous la direction locale, se poursuit toujours à très vive allure. Bessero a, à maintes reprises, l'occasion de faire admirer sa maîtrise tandis que son vis à vis, Erevanian surprend agréablement les spectateurs par la sûreté qu'il acquiert d'un dimanche à l'autre, ce qui permet de fonder de grandes espérances sur lui. Il convient de dire que abrité derrière le rempart infranchissable Gonzalès - Ben Bouali, le keeper olympien peut évoluer à l'aise. Toutefois, Lherminé s'avère toujours le plus dangereux des attaquants rouennais, car Nicolas est très étroitement surveillé et ne peut se dépenser comme il le souhaiterait. Du côté local, à noter la blessure de Zatelli qui fera un trou véritable dans le quintette d'attaque. Kohut, très souvent mis à contribution, jette à son accoutumée la perturbation en camp adverse, tandis que Ignace - Sas combinent avec une aisance qui écoeure les Normands. Zermani pas toujours heureux avec un arrière fort rapide, a hier bénéficié de la leçon du dimanche précédent et il conserve moins la balle. La ligne intermédiaire locale fait encore, au cours de cette mi-temps un travail destructif d'une efficacité surprenante. Durand - Bruhin - Bastien, forment un tout qui, tant en attaque qu'en défense, n'a que des félicitations à recevoir.

Un deuxième but à la trentième minute, oeuvre d'Ignace, un troisième à la quarantième fait de Zermani, portent à trois la marque locale.

Les Rouennais touchés par la chaleur, démoralisés par une malchance imméritée, baissent pied.

C'est pendant dix minutes (entre le deuxième et le troisième but), un assaut continu des bois de Bessero.

Sentant l'heure approcher, les visiteurs se ressaisissent e font de vains efforts pour sauver l'honneur ; Malgré toute l'ardeur de Rio, de Nicolas, de Lherminé, malgré aussi la poussée de Stroh et Paven, M. Kissemberger sifflera la fin sans autre changement.

Considérations

Partie fort belle à suivre, partie comme il sera rarement donné d'en suivre. Les visiteurs acquirent d'entrée la sympathie du public immense grâce au développement naturel de leur technique.

Rouen ne paraissait pas pouvoir être battu, à en juger par les dix premières minutes.

L'équipe possède une "carburation" étonnante, où l'on joue un fort joli jeu et où l'on joue aussi pour le résultat.

Peu ou pas d'actions personnelles à proprement parler mais d'excellentes unités tenant toutes admirablement leur poste

Une grande facilité d'évolution doit être portée au crédit des Rouennais dont les passes précises et méthodiques se succédaient sans interruption une cadence record.

A plusieurs reprises sur le point de marquer, les visiteurs ne le purent à cause du brio de la défense locale qui balaya et déblaya le terrain avec fougue. Après avoir vu jouer Rouen, on comprend aisément qu'un tel team ait eu accès à la Division nationale et sans crainte de se tromper on peut assurer qu'il y jouera cette année un rôle de vedette.

De tous les joueurs excellents, il y a lieu de retenir plus particulièrement le keeper Bessero dont les arrêt parfois désespérés furent maintes fois applaudis. Avec lui, le demi Payen se révéla un joueur de grande classe, accrocheur et pourvoyeur émérite, il brisa un grand nombre d'attaques et fut un sérieux appoint pour les backs. Chez les avants, Nicolas fut excellent, mais ne put donner sa mesure parce que trop étroitement marqué, ceci mit en vedette l'excellent Lherminé dont la puissance et les déboulés furent souventes fois dangereux.

Les deux inters, Rio et Durspekt conjuguèrent très bien et complètent avec Marino cette belle ligne d'attaque.

Les Olympiens quoi que surpris par la vitesse et la rapidité d'exécution de leurs vis à vis eurent tôt fait de se remettre au diapason.

Grâce au jeu destructif de la ligne intermédiaire tout entière, grâce à la sûreté de la défense, les avants, abondamment pourvus, purent jouer une attaque sans répit.

La blessure qui obligea Zatelli à abandonner son poste qu'il reprit par la suite sans possibilité nouvelle, handicapa l'attaque qui jouant à quatre, n'en mena pas moins les opérations. Mais il est bon de signaler le jeu vif, précis et mordant de Sas et d'Ignace. Kohut racheta largement au cours de la partie, "son penalty manqué".

En somme le team olympien nous parut posséder une forme splendide, il ne bouda pas à l'ouvrage et avec des techniciens sut à son tour faire preuve de technique. Jeu plus haché qu'à Rouen peut être, mais d'une efficacité incontestable.

Nous ne citerons aucun joueur, l'équipe entière est à féliciter et à créditer d'une excellente partie.

P.E.

  

 

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