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Résumé Le Provencal

du 15 avril 1971

 

VICTOIRE TROP FACILE

Le festival offensif de l'O.M. a payé

VALENCIENNES battu (5-2)

Tout arrive, on a pu jouer en nocturne, hier, au stade vélodrome et la brume de chaleur épaisse qui noyait les abords du boulevard Michelet fut facilement dispersée par les puissants projecteurs.

D'ailleurs, tout le quartier était illuminé car en mettant en service l'éclairage du parking et de la cour d'honneur.

Les deux équipes se présentaient dans les formations annoncées, c'est-à-dire :

Pour Valenciennes : Lawnizak, Jolis, Joly, Sérafin, Dugueyperoux, Kocic, Rodighiero, Giachetti, Joseph, Guinot, Hoven.

Pour Marseille : Escale, Lopez, Hodoul, Zwunka, Kula, Novi, Gress, Magnusson, Skoblar, Bonnel, Loubet.

La partie étant dirigée par M. Frauciel.

JOSEPH SE DISTINGUE

Les premières minutes nous montraient les visiteurs, de rouge vêtus, s'efforçant de construire un football appliqué par Guinot, Kocic et Rodighiero, alors que Joseph très applaudi, donnait déjà du mal à ses anciens coéquipiers. Et l'on voit Zwunka, qui croyait le terrible "Zé" dans son dos concéder inutilement un corner.

De son côté, Gress, avec un très joli dribble, enlève trop son tir, qui ne pouvait être repris par Skoblar et Loubet.

Sérafin parvenait à stopper Skoblar dans la limite de la surface. Les coups francs pleuvaient à tort ou à raison sur l'équipe visiteuse, et Lawnizak se détendait pour capter l'un d'eux, très bien brossée par Josip.

Joseph, lui, se faisait applaudir pour une échappée terminée par un tir dangereux (8e minute).

BRAVO MAGNUSSON !

À la 12me minute, Magnusson, très à l'aise depuis le début de la rencontre réussissait depuis la ligne de but un centre si soudain qu'il surprenait partenaires et adversaires.

Deux minutes plus tard, Lawnizak plongeait pour saisir une balle que le Suédois venait d'adresser juste devant son but... Joseph se faisait soigner sur la touche et Sérafin interceptait une très bonne ouverture de Magnusson vers Gress, bien placé.

C'est encore Roger qui, à la 16e minute, allait tirer sur le poteau en conclusion d'une longue passe de Bonnel.

Puis, après avoir évité quatre adversaires devant sa ligne de touche jusqu'aux abords de la cage, il réussissait un bon tir du gauche, bien arrêté par Lawnizak (20e minute).

On voyait, aussi Loubet déborder sur la cage, rater un premier centre, qui trouvait la tête de Skoblar, mais Lawnizak était à la parade (25e minute).

26e MINUTE : BUT DE GIACHETTI

Après ce festival Magnusson, autant dire que le but nordiste de la 26e minute frappe le stade de stupeur.

Sur un centre de Hoven, Joseph s'engage avec tant de décision et bouscule si bien Zwunka et Escale, que la balle revient en arrière pour le jeune Giachetti, qui ne manque pas de le mettre au fond.

29e de MINUTE : JOLY ÉGALISE

Heureusement pour l'O.M., trois minutes plus tard, sur un centre de Gress, le jeune Joly s'affolait et voulant mettre en corner, trompait son gardien d'un formidable tir à bout portant...

Gilbert allait être moins heureux par la suite, en ratant la lucarne, puis le coin de la cage, alors qu'il se trouvait en bonne position. L'équipe marseillaise maintenait sa pression et attaquait sous tous les angles. Magnusson amenait la balle dans les pieds de Skoblar, qui tirait fort, mais nettement à côté (35e minute).

36e MINUTE : BUT DE SKOBLAR

L'O.M. allait logiquement prendre l'avantage à la 36e minute. Loubet malgré une Jolis et Lawnizak mettait la balle au centre pour Skoblar, qui n'avait aucune peine à la dévier dans le but.

Magnusson allait rater l'occasion de creuser l'écart en tirant du gauche à côté, après avoir dribblé trois défenseurs nordistes (40e minute).

L'O.M. terminait très fort, Loubet échouant sur Sérafin et Gress sur Lawnizak, et revenait aux vestiaires très applaudi.

Le repos nous permettait de constater que le stade s'était, en définitive, confortablement garni au fil des minutes. La 48e était marqué par un événement : M. Frauciel accordé un coup franc aux visiteurs et, pour fêter la chose, Giachetti inquiétait Escale.

51e MINUTE : ENCORE SKOBLAR !

Peu après, la défense nordiste renvoyait faiblement un centre de Magnusson, et Skoblar, de vingt mètres, fusillait Lawnizak d'un tir extraordinaire dans la lucarne.

La victoire de l'O.M. ne pouvait plus faire aucun doute. Trop décontracté, Josip ratait sa reprise d'un centre de Magnusson (57e minute), Loubet, servi par Gress, tirait de peu à côté (58e minute). Le remplacement de Houen par Coustillet ne changeait rien au problème.

Magnusson semait trois adversaires mais ne pouvait tromper Lawnizak (62e minute).

70E MINUTE : BUT DE LOUBET

L'O.M. marquait un quatrième but par Loubet, qui reprenait habilement un renvoi de Lawnizak, sur tir de Skoblar. Gress était à l'origine de l'action.

Escale concédait un corner à l'infatigable Guinot. Le coup de pied était tiré sans résultat.

LE 5me POUR GRESS !

Lawnizak, héroïque, allait sauver son but successivement devant Magnusson, Skoblar et Novi, mais il ne pouvait rien contre Gress, qui, bien lancé par Hodoul, devançait sa sortie et marquait un cinquième but bien mérité et très applaudi.

88E MINUTE : PENALTY DE JOSEPH

On n'allait pas en rester là : Hodoul ayant fauché Giachetti, M. Frauciel accordait à Valenciennes un penalty transformé habilement par Joseph.

Louis DUPIC

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  Plaisir des yeux

Qu'importe le score, pourvu qu'on ait l'ivresse.

Hier soir, le public marseillais, assoiffé de succès et de buts, en a eu pour son argent, s'est "régalé" comme l'on dit, et la fait bruyamment savoir. Il est vrai que le spectacle - parfois à sens unique- valait le déplacement.

Haut en couleurs, illustré de somptueuses actions, il permettait de redécouvrir le véritable visage de l'O.M., quasiment irrésistible en certaines circonstances.

Oui, les milliers de spectateurs du Stade Vélodrome ruisselant de lumière ont vibré intensément.

Ils applaudirent le "numéro" de Roger Magnusson qui, sans une malchance persistante, eût mérité d'inscrire plusieurs buts à son palmarès. Auparavant, le Suédois se trouvait dans un soir de grâce. Absolument inarrétable, il mystifiait un, deux, trois, quatre adversaires directs, ses dribbles magiques reculant les limites de l'impossible.

Certes l'opposition n'était pas de première force, cela sautait aux yeux, et le malheureux Dugueyperoux, son cerbère, souffrait visiblement d'un complexe d'infériorité.

N'importe, nous aimons ces artistes, ces funambules inspirés qui donnent au football une autre dimension.

Ils applaudirent aussi, du moins nous l'espérons, tous les autres acteurs olympiens transformés chacun rentrant premier rôle. Et comment ne pas souligner cette facilité insolente de Josip-le-magnifique, seigneur croate, véritable machine à frapper... et marquer. Quel prodigieux bonhomme !

Ils applaudirent également Gilbert Gress, ce pianiste sur qui, désormais, nul ne pourra plus tirer... Le Strasbourgeois démontra, en la circonstance, un rare savoir-faire, une parfaite connaissance du jeu, et le "pion" qu'il décocha à un Lawnizak n'en pouvant mais, mérite un large coup de chapeau.

Il y a quelques jours nous affirmions, dans ces mêmes colonnes, que rien n'était perdu pour l'O.M., ni en championnat, ni en Coupe.

Après le Red Star et avant le cap (redoutable) de Sochaux, cette large victoire s'annonce de bon augure.

Les bouteilles de champagnes peuvent être mises au frais...

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 "La Bonne Mère" n'était pas suédoise !

Le printemps revenu et l'enthousiasme des 1.200 lux au sol retrouvé ont fait sortir l'O.M. de sa léthargie.

De bout en bout, un public reconquis - et qui ne demandait que ça - a follement encouragé son équipe, comme bon vieux temps.

Il se permit même, dans un excès de zèle, de se montrer injuste, en reprochant à l'arbitre le penalty accordé in extremis à une équipe visiteuse menée par 5 à 1.

Ce résultat final de 5 à 1 et puis de 5 à 2 ne reflète que très imparfaitement le déroulement de la partie.

V. A. eut passé à côté d'un désastre.

Nous n'allons pas vous citer la longue liste des occasions, la plupart extrêmement faciles à transformer en buts, que se créa l'O.M. en 90 minutes.

Une page entière n'y suffirait pas.

LA PREMIÈRE MI-TEMPS :

UN VRAI GAG

La première mi-temps même ressembla à un gag.

Alors que l'O.M. caracolait littéralement sur le terrain, c'est le jeune Giachetti qui marqua le premier pour V.A., à la suite d'une charge de buffle de l'ami "Zé".

Là-dessus, après des séries de tirs de Magnusson, Skoblar ou Gress ratés d'un cheveu, c'est un autre Valenciennois : Joly, qui égalisait pour l'O.M., d'une splendide reprise à contre-courant.

Dans le genre comique, il était difficile de faire mieux.

Mais on se rendait tellement compte de la différence entre les deux équipes, que ces péripéties ne firent qu'amuser le public.

LE GRAND FESTIVAL

MAGNUSSON

A l'origine du festival offensif olympien, un joueur : Magnusson.

Tout le monde est d'accord sur ce point.

Ainsi se vérifia-t-il, une fois de plus, que quand Magnusson va, c'est tout l'O.M. qui va aussi.

Curieusement, l'étonnant virtuose olympien, plus sorcier blond que jamais, fut marqué par ce que l'on peut bien appeler la poisse noire.

Ses tirs passèrent de quelques millimètres à côté et la plupart de ces centres ne connurent pas un meilleur sort.

La "Bonne Mère" n'était pas suédoise, hier soir.

Cependant on pardonnera à Magnusson cette merveilleuse symphonie inachevée quand on se rend compte de l'effet destructeur et démoralisant qu'on ses actions sur la défense adverse.

LES JAILLISSEMENTS

DE GRESS

Dans un jeu qui favorisait grandement ses initiatives offensives et ses jaillissements dans les espaces libres, Gilbert Gress fut, lui aussi, le grand bonhomme malheureux de la rencontre.

Il finit, tout de même, par marquer son but, mais combien aurait-il pu en marquer, avec un rien de chance ?

Puisse cette rencontre réconcilier cet excellent joueur avec le jeu de son équipe et surtout lui rendre confiance en ses grands moyens.

L'équipe de V.A., dont la bonne volonté fut évidente et l'esprit combatif irréprochable, peut, elle, aller faire brûler un cierge, à la "Bonne Mère" dont il fut question plus haut.

Si Magnusson et Gress avaient eu la réussite de leur côté, l'addition eut été infiniment plus lourde.

LA PRINCIPALE FORCE

DE L'O.M. EST DEVANT

On ne le répétera jamais assez, à l'O.M. tout part des ailes.

Quand, comme ce fut le cas hier soir, Magnusson et Loubet justifient, sur le terrain, leur réputation internationale, le reste de l'équipe à les coudées beaucoup plus franches.

Moins d'adversaires à marquer derrière et un grand vide au centre du terrain.

Le jeu moderne ne se conçoit pas sans de bons ailiers, jouant en ailiers, et la meilleure équipe est toujours celle sachant se servir de toute la largeur du terrain.

La principale force de l'O.M. est devant, dans ses grands attaquants et si cette tendance devait se confirmer, dans les matches à venir, Skoblar ne tarderait pas à reprendre sa course vers les records.

Car passer par les ailes, c'est aussi dégagé le centre.

POURVU QUE ÇA DURE !

On nous a déjà dit :

"Oui, mais V.A. ne faisait pas le poids".

C'est vrai et faux, à la fois.

Il est bien certain que V.A., son classement le prouve, n'est pas une bonne équipe.

Cependant, cette même équipe a toujours posé des problèmes à tous les adversaires chez lesquels elle s'est déjà rendue.

Il faut bien admettre que son apparence faiblesse d'hier soir a eu pour cause principale la force de l'O.M.

Nous ne pensons pas que, dans les conditions de cette partie, beaucoup d'équipes françaises eussent fait mieux que V. A.

Hier soir, l'O.M. avait cet allant, cette force de percussion et cette aisance qui le rendirent presque irrésistible, au début de la saison.

Comme le dirait Mario Zatelli, qu'il pourrait être Corse : "Pourvu que ça dure !"

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MARIO : "La victoire qu'il nous fallait !"

Les matches disputés en nocturne semblent décidément convenir parfaitement aux Olympiens !

C'est ainsi qu'après avoir reçu l'O.M. caracolant de l'automne dernier, nous avons retrouvé dans les vestiaires marseillais des visages hilares.

Mario Zatelli, des bouteilles de champagne sous les bras, nous accueillait avec un large sourire :

"Vous avez vu les petits ! Ce soir on a enfin retrouvé le véritable O.M. Nous avions absolument besoin d'une large victoire comme cela. Autant pour reprendre confiance nous-mêmes que pour nous réconcilier avec notre public !"

LEDUC : "DU TRÈS BON FOOTBALL"

On s'en doute, Lucien Leduc était lui aussi tout sourire :

"Tout a bien marché du début à la fin. Nous avons pratiqué un très bon football de mouvement. Il nous reste maintenant à terminer la saison sur le même rythme".

Puis, sur un ton facétieux : "Je vais enfin pouvoir sortir par la grande porte et la tête haute !"

NOVI : "ON NE POUVAIT PAS PERDRE"

La joie se lisait sur le visage Jacky Novi. Il était heureux d'avoir remporté cette victoire indiscutable et d'y avoir grandement contribué en accomplissant un match splendide.

"Je crois bien que cette fois-ci c'est reparti. Ce soir, on ne pouvait pas perdre...

"Même quand nous étions menés au score, le public a fait corps avec nous et nous a encouragés. Il devait sentir que nous étions en état de grâce".

Bonnel, toujours réservé, ajouté : "Il faudrait faire aussi bien à Sochaux. Mais ce sera certainement beaucoup plus dur !"

ZWUNKA : "LE MATCH DU RENOUVEAU"

Sous sa magnifique moustache, le capitaine marseillais arborait un sourire conquérant.

"Nous avons joué comment début de saison, quand tout carburait. Je crois que cela tient au fait de jouer le soir : nous souffrons beaucoup moins de la chaleur...

"Mais le premier but de Valenciennes n'était pas valable : Zé m'a retenu par le maillot, puis m'a marché sur la main."

M. LECLERC : "JE SUIS SATISFAIT"

"Ce soir, je ne peux que vous faire part de ma satisfaction. D'abord parce que nous avons retrouvé un très bon O.M., ensuite parce que nous avons soigné notre goal average et enfin parce que nous avons offert à notre public un très bon spectacle".

Gilbert Gress, comme son président, et le roi de la conférence de presse improvisée. Il analysait calmement la rencontre :

"Depuis que je suis Marseillais nous n'avons jamais aussi bien joué. On me dit que l'O.M. jouait tous ses matches ainsi en début de saison. J'en suis persuadé. Il nous reste à confirmer et il n'y a aucune raison pour que cela ne se fasse pas ainsi, pour le plus grand bien de l'équipe et la plus grande joie du public".

MAGNUSSON : "JE N'AI PAS EU DE RÉUSSITE"

Le héros du match affichait un sourire modeste.

"Ce soir, je n'ai pas eu de réussite dans mes tirs ! Avec un peu de chance, je pouvais marquer un ou deux buts.

"Je crois quand même avoir bien joué. Mais l'essentiel c'est que nous ayons gagné !"

Le mot de la fin nous le laisserons à Ilya Pantelic, qui déclarait entre deux coupes de champagne : "Quel dommage que nous n'ayons pas rencontré Saint-Étienne ce soir !"

DOMERGUE : "NOUS AVONS PRÉSERVÉ LE SPECTACLE"

Contrairement à ce qu'on pouvait attendre, les mines n'étaient pas catastrophées outre mesure dans le camp des vaincus. On avait seulement conscience d'avoir été battu par plus fort que soit.

Joseph résumait l'opinion générale :

"Il n'y a rien à dire quant à l'ampleur du score. Le meilleur a gagné. Magnusson a fait un match extraordinaire.

"En ce qui me concerne, j'ai été très touché par la gentillesse du public à mon égard".

Quant à Roger Domergue, l'entraîneur valenciennois, il ne paraissait pas abattu lui non plus :

"Nous n'avons pas voulu casser le spectacle et c'est pourquoi nous avons joué le jeu. De toute façon, l'O.M. était intrinsèquement supérieur".

Alain PECHERAL

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