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Résumé Le Provencal

du 02 septembre 1971

 

2 - 0 : les Girondins assommés

par 2 buts de Novi

Bordeaux - Rien de spécial à signaler sur le temps. Quelques nuages sont amoncelés sur le stade municipal pendant le match d'ouverture. Mais il ne semble pas du moins nous le dit-on, que la pluie soit à redouter pour la soirée.

Le vent est nul, la température est acceptable, comme d'ailleurs l'état de la pelouse, et le dispositif d'éclairage.

Le Stade Vélodrome de Bordeaux est déjà plein à une heure du coup d'envoi. C'est à dire si la venue de l'O.M. une fois de plus, n'a pas laissé le public local insensible.

Pas de fait notable non plus dans la composition des équipes. André Gérard et Lucien Leduc alignent les formations annoncées :

Une parole de M. Leclerc avant d'entamer les débats : "Que le meilleur gagne, vient de nous dire le président, en espérant que le meilleur ne soit pas le même que la saison dernière.

Cela prouve tout au moins que l'état-major olympien n'a pas oublié au mois de décembre dernier.

Une rencontre donc qui, en plus de l'importance présente, prend un petit air de revanche.

LES EQUIPES :

O.M. : Carnus ; Lopez ; Bosquier ; Zvunka ; Hodoul ; Novi ; Gress ; Magnusson ; Bonnel ; Skoblar ; Di Carro ; No 12 Kula.

BORDEAUX : Rigoni ; Texier ; Dubouil ; Desremaux ; Merelle ; Grabowski : Jensen ; Petyt ; Ruiter ; Gallice ; Wojciak ; No 12 Giresse

L'arbitrage est confié à M. Petit.

NOVI TIRE DU DROIT : BUT

Fanfare, majorettes, défilé de banderoles, pétards, et, dans les tribunes, quelques cris de "Allez l'O.M. !". Les Marseillais ne seront pas seuls, mais le moins qu'on puisse dire est qu'ils doivent s'apprêter à affronter une bien chaud ambiance.

Deux tirs successifs à l'actif de Bordeaux en ce début de partie. Gallice et Ruiter tentent leur chance de loin, sans inquiéter Carnus.

L'O.M. aussitôt après, obtient un corner, sans autre résultat. On peut dire, jusqu'à présent, qu'il ne s'agit que de simples escarmouches, mais les évènements ne vont pas tarder à se précipiter. En bien pour l'O.M., précisons-le tout de suite.

Coup franc donné par Skoblar, presque au poste de corner, sur l'aile gauche : la balle s'élève, lobe toute la défense bordelaise, pour atterrir sur la tête de Magnusson. Roger, très astucieusement, remet de la tête en retrait sur Novi. L'international marseillais n'hésite pas une seconde ; il reprend fort du pied droit et catapulte le ballon hors de portée de Rigoni.

L'O.M. après cinq minutes de jeu, a pris la direction des opérations.

Les Marseillais, comme on l'imagine, doivent alors affronter la réaction des Bordelais, que le public n'a pas abandonnés, au contraire.

NOVI DU GAUCHE : RE-BUT

Grabowski se signale par un bon tir de 20 mètres qui frôle la transversale de Carnus (11me)Mais Di Carro, lui aussi, arrive seul devant le gardien bordelais, ce qui prouve que l'O.M. ne s'en laisse pas conter. Nous allons en avoir la preuve presque immédiatement et, pour la deuxième fois, Novi va mettre à mal les filets bordelais.

Au départ de l'action, Magnusson, dont le centre est d'abord repoussé par Rigoni ; Gress récupère et, dans les mêmes conditions que précédemment, donne en retrait pour Novi. La balle, cette fois, est sur le pied gauche de Jacky qui, comme tout à l'heure, ne s'embarrasse pas de fioritures.

A peine le temps d'étudier la position du gardien adverse, et il déclenche un tir formidable de puissance qui termine sa course dans la cage adverse (15me)

Un quart d'heure de jeu, et l'O.M. a deux buts d'avance.

Comme on dit, les affaires se présentent bien, d'autant que l'O.M. joue un match "sérieux" selon la formule consacrée. Et si Bordeaux n'a pas encore accusé le coup, les défenseurs olympiens, Bosquier et Zwunka en tête, se chargent d'annihiler les velléités offensives.

Magnusson, de son côté, se fait applaudir pour ses prouesses techniques. Et alors que la première demi-heure est à peine entamée, il donne une très bonne balle à Gilbert Gress, dont la reprise de la tête est stoppée par Rigoni.

C'est maintenant à peu près évident pour tout le monde : l'O.M. a la situation en main, surtout que bordeaux ne semble plus beaucoup y croire.

Un bon tir de Wojciak, cependant, passa de peu à côté des buts de Carnus (40me). Mais, on peut le dire, il s'agit plutôt d'un raid isolé.

Quand l'arbitre siffle la pause, l'O.M. a dominé les débats de la tête et des épaules. Di Carro ayant même inscrit un troisième but, refusé pour faute préalable.

CARNUS SAUVE

A la reprise, l'O.M. ne donnait pas l'impression de vouloir vivre sur son avance ; un relais Gress - Di Caro puis un centre de Skoblar sur la gauche laissaient entendre aux Bordelais que le champion de France ne tenait pas à en rester là.

Zvunka doit toutefois concéder un corner devant Gallice (49e mn) et Lopez est réduit à la même solution quelques secondes plus tard, mais la défense marseillaise fait bonne garde et Carnus ne connaît pas d'alerte sérieuse. Bordeaux, en tout cas, parait décidé à réagir.

Le gardien marseillais doit ainsi s'opposer à des tentatives de Ruiter mais, menées de trop loin pour être dangereuses (59e mn) ; en revanche, Carnus réalise un véritable arrêt miracle sur un tir de Gallice qui prenait dangereusement le chemin des filets (60e mn)

C'est peut-être l'action la plus dangereuse menée par les Girondins depuis le début de la partie.

Devant la pression bordelaise, l'O.M. est maintenant replié en défense et son autorité n'est plus la même qu'en première mi-temps. Il est vrai que les Olympiens ont tout le temps de voir venir.

VICTOIRE NORMALE

Petyt puis Jensen parviennent néanmoins à se mettre en position de tir, mais c'est précisément le point faible des Bordelais qui ne réussissent pour ainsi dire pas à mener leurs actions à bonne fin.

Petyt semble confirmer encore une fois en arrivant tout seul devant Carnus et il manque d'assez loin l'encadrement de la cage (75e mn), de sorte que l'O.M. peut dormir sur ses deux oreilles et son avance confortable au tableau d'affichage.

Bonnel est à deux doigts d'offrir un troisième but à ses camarades, mais s'il reprend bien le centre de Gress, Rigoni est cette fois bien placé (78e mn).

Quoi qu'il en soit, le feu de paille bordelaise semble désormais éteint.

Bosquier, en deux occasions successives, écarte d'un coup de pied magistral une des dernières tentatives.

Carnus bloque sans mal un tir de Petyt adressé, il faut le dire, sans trop de conviction (86e mn).Le gardien marseillais intervient fort opportunément dans les pieds de Jensen.

Mais toutefois, en fin de rencontre, c'est encore l'O.M. qui fait passer le frisson dans le dos des supporters bordelais.

La conclusion coule de source : quand M. Petit siffle la fin, il ne peut y avoir de doute pour personne. Comme l'espérait M. Leclerc, l'O.M. était bien le plus fort.

Jean FERRARA

 

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  L'O.M. a joué en champion

BORDEAUX - Enfin, le champion de France a joué en champion. La saine vérité en football est celle du ballon faisant trembler les filets de l'adversaire. Le reste n'est que poésie, discussions stériles, cheveux coupés en quatre.

Le principal mérite de cette victoire olympienne revient donc à Novi, le solide percheron, soudain touché par la grâce divine et transformé en pur-sang.

En deux tirs, deux bolides d'une puissance supérieure, il a mis les Girondins k.o. Le premier, 5 minutes à peine après le coup d'envoi eut pour premier effet de calmer le public dont la présence, à 2 mètres à peine de la ligne de touche, pouvait paraître inquiétante.

LA GRANDE FANTASIA

Le second tir produisit deux effets absolument contraires. Les Girondins, qui s'attendaient à tous sauf à ça, se mirent à douter d'eux même, à faire des complexes et à déjouer complètement.

Inversement, les Olympiens, à la manière de onze Astérix ayant bu la fameuse potion magique, se sentirent soudain invincibles.

Commença alors le premier véritable grand festival olympien de la saison

De Skoblar à Bosquier par les chemins les plus imprévisibles, la balle se mit à tourner. Le public, complètement sidéré, voyait ses joueurs dominés, malmenés et parfois même ridicules, surtout quand Magnusson mettait le pied à la pâte. C'était une leçon de football, une grande fantasia tournant parfois à la démonstration.

On mesurera mieux l'avantage pris par l'O.M. dans tous les domaines du jeu quand on saura que Carnus n'eut pas à arrêter un seul tir digne de ce nom durant la première mi-temps.

Il est vraiment dommage que le public du stade vélodrome n'ait pu assister à ce spectacle.

LA MAIN DE CARNUS

On ne pensait pas que l'O.M. put maintenir ce rythme champion, poursuivre son insolente domination pendant toute la seconde mi-temps. Il fallait quand même compter avec l'amour propre des Girondins, sans doute fustigés à la mi-temps par leur entraineur Gérard.

C'est alors, surtout au début de cette mi-temps que la défense olympienne fit une assez impressionnante démonstration de sa puissance.

S'il est très difficile de passer par le centre, ou le trio Bosquier - Zvunka - Novi est d'une solidité et d'un calme à toute épreuve, les deux arrières Lopez et Hodoul se mirent au diapason.

La main de Carnus apporta une dernière touche a cette épreuve défensive. Sur un tir à bout portant de Petit, la seule action girondine du match arrivait à son terme normal. Elle mit le ballon en corner grâce à un réflexe foudroyant. Psychologiquement, ce réflexe a eu une très grande importance. S'ils avaient réduit le score à ce moment-là, les Girondins, sans doute portés par la foule, auraient réagi avec une extrême vigueur.

Le moral d'une équipe, au cours d'une partie, est important est important et changeant.

L'O.M. LIBERE

On s'aperçoit donc que les actions déterminantes de cette rencontre furent les deux buts de Novi et la déviation de Carnus en corner.

La réussite de Novi a libéré l'O.M. de toutes ses craintes et lui a permis de jouer en champion.

Complètement décomplexé, il s'est aussitôt aperçu qu'il ne fallait pas faire des Girondins une montagne.

Quand on est le plus fort, il ne faut redouter personne.

Quelle différence avec Rennes où l'O.M. s'était recroquevillé sur lui-même pour battre difficilement une équipe sans doute pas plus forte que celle de Bordeaux.

En football, il faut oser.

On peut penser que l'O.M., à l'avenir, n'attendra pas de nouveaux miracles de Novi pour jouer sur sa véritable valeur.

LA MORALE DE L'HISTOIRE

Cette victoire de l'O.M. est d'autant plus précieuse qu'en début de rencontre l'affaire se présentait assez mal.

Le public était presque entré sur le terrain, se trouvant à 2 mètres environ de la ligne de touche. Quand l'équipe girondine entra sur le terrain, elle fut accueillie par de véritables clameurs, des pétards, de la musique, et tout ce que les supporters peuvent apporter d'ambiance à une rencontre.

Il est certain que le premier but de Novi, à 5 minutes du coup d'envoi, a complètement gelé les supporters bordelais.

La morale de cette histoire est que l'O.M. possède une équipe bien supérieure à ce que l'on pouvait croire en ce début de saison.

S'il y avait quelques doutes, ils ont été levés à Bordeaux.

Nous avons vu un O.M. de nouveau digne de son titre de champion de France, et armé de toutes ses divisions pour le conserver.

Il suffira à présent aux Olympiens de ne plus douter eux-mêmes de leur valeur et d'aborder les rencontres du championnat avec une égale confiance.

M. FABREGUETTES

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M. Marcel LECLERC :

"Cette fois, je suis ravi"

BORDEAUX - Il n'est pas besoin de faire de longs commentaires pour faire comprendre que la joie était complète dans les vestiaires marseillais. Le président Leclerc qui n'avait pas eu tellement l'occasion depuis le début de la saison d'être enthousiaste sur le comportement de ses troupes, nous fait par cette fois d'une satisfaction sans réserve :

"Je dois dire tout d'abord que les deux buts acquis dans le premier quart d'heure nous ont donné des complexés et, par la même occasion, ils ont donné des complexes à nos adversaires. Les deux buts de Novi ont été certainement les faits marquants du match. Mais je vous le dis tout de suite les joueurs, ce soir, ont été très bons. Ils ont réalisé notamment une première mi-temps excellente. Ce retour en forme revient à point nommé pour nous redonner confiance avant les dures rencontres qui nous attendent. Nous n'en serons que plus à l'aise pour recevoir notre adversaire de la Coupe européenne, les polonais de Gornick. Comme il faut exploiter cette bonne condition actuelle, j'ai décidé de faire venir Bastia samedi en match amical. La venue des Corses sera tout indiquée pour conserver à tous leurs bonnes dispositions".

L'entraîneur Lucien Leduc lui aussi était tout sourire : "J'estime, dit-il, que nous avons fait une première mi-temps en tous points irréprochable. Que dire sur Bordeaux ? Je pense que nos adversaires ont été un peu étouffés. La raison est simple : c'est que les Marseillais étaient toujours les premiers sur la balle et ont réalisé des mouvements offensifs de très bonne qualité. Je suis vraiment content. Vous savez que de gagner à l'extérieur ce n'est pas une entreprise facile. Bordeaux en ce début de championnat était un de nos concurrents les plus dangereux. Surtout que nous avions tous le souvenir du match de la saison dernière où ici l'O.M. avait été passablement bousculé. Cette fois, nous avons inversé les rôles et je vous le répète, on ne peut être que comblé par cette très bonne performance.

Après les dirigeants, nous sommes passés à celui qu'on peut appeler le héros de la soirée, vous avez deviné qu'il s'agit de Jacky Novi.

"Non, nous dit l'international, je ne m'attaque pas au classement des buteurs. Je pense simplement que j'ai eu de la chance. Vous savez, réaliser un but du droit et un autre du gauche, pas tellement une aventure qui arrive à beaucoup de footballeurs, surtout lorsqu'ils se trouvent au milieu du terrain. Mais je dois avouer pour ma part que le deuxième but celui marqué du pied gauche m'a procuré le plus de satisfaction".

Signalons que Jacky Novi rejoindra aujourd'hui à 5 heures et demie, le stage de l'Equipe de France.

L'opinion du capitaine maintenant Jules Zvunka sous la douche, plaisante gentiment avec ses camarades :

Décidément, on ne peut pas être plus satisfait, nous dit-il, je ne me souviens pas d'avoir fait un aussi bon match à l'extérieur avec l'O.M. Je crois que, véritablement, ce soir, nous avons joué en champions. Quand je vous le disais, ajouta-t-il, que le moral était revenu..."

Magnusson, lui aussi, est catégorique : "C'est vrai, dit-il, que l'O.M. n'a jamais joué un match exemplaire. Quant à mon arrière Merelle, il est un défenseur très correct, mais je dois dire qu'il ne m'a pas donné beaucoup de difficultés".

Bosquier était surtout heureux : "Parce que, dit-il, le match contre Angers n'avait pas été exemplaire. Ce soir, tout au moins, nous avons prouvé que nous valions beaucoup mieux".

Carnus, lui aussi, faisait éclater sa joie : "Eh bien, voilà un match ou je ne prends pas de but, c'est la première fois que cela m'arrive depuis que je suis à l'O.M. J'espère que cela continuera. Mais, vous savez, je suis prêt à signer un contrat pour des victoires au score de 2 à 1. Alors, vous pensez si à 2-0 je suis comblé !"

Skoblar, enfin, se contentait de dire : "2-0, ma foi, je ne pense pas qu'il faille ajouter grand chose. Non, je n'ai pas marqué de but, mais Jacky Novi m'a ce soir avantageusement remplacé.

J.F.

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Gérard : "Victoire normale"

Dans le camp bordelais, les Girondins, à l'image d'André Gérard, n'étaient pas complètement accablés. En effet, André Gérard nous disait : "Que voulez-vous que je vous dise de plus, le meilleur a gagné. Les circonstances des deux buts marseillais sont peut-être heureuses dans le premier quart d'heure, mais il n'y a pas de problème, l'équipe a bien joué. Personne, ici, à Bordeaux, ne pourra contester la validité de sa victoire.

J.F.

 

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