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Résumé Le Provencal

du 02 avril 1972

 

Un étonnant suspense !

Le but de BERETA a retourné le match comme une crêpe

SAINT ETIENNE - Première constatation agréable. Le souvenir de ce qui fut appelé "l'affaire Bosquier - Carnus" n'a eu sur la rencontre qu'une influence vocale.

Les supporters stéphanois sont venus très nombreux, ils ont payé, ils ont conspué autant que faire se peut, leurs deux anciennes idoles, mais ce n'est pas allé plus loin.

Tant mieux pour le sport et le football.

Enfin, quand nous écrivons que ce n'est pas allé loin, il faut traduire pas trop loin.

Cette rencontre, extrêmement passionnée et de se fait passionnante, bien que l'on ne puisse écrire qu'elle ait atteint les sommets, nous a valu son lot habituel de crocs-en-jambe, de retenues par le maillot, de coups plus ou moins irréguliers et de mauvaises manières.

Mais on ne saurait dire que la somme de ces actions délictueuses, de part et d'autre, ait dépassé ce que l'on voit d'habitude sur tous les terrains de France.

D'autant plus que M. Frauciel visiblement mal inspiré, arbitra la plupart du temps à contre-courant.

Il siffla des vétilles au petit bonheur la chance et se montra d'une tolérance que nous n'hésiterons pas à qualifier de coupable, pour le jeu véritablement dangereux.

Les deux équipes peuvent se plaindre de lui, aussi bien Saint-Étienne que l'O.M., ce dernier lésé d'un penalty assez peu discutable pour charge sur Gress en deuxième mi-temps.

 LA MARÉE VERTE EMPORTE TOUT

Le match s'est retourné comme une crêpe à 5 minutes de la fin.

Au moment ou l'O.M. menait par 1 à 0, et où nous étions en train de commencer à écrire :

"Carnus et sa défense ont préservé la victoire de l'O.M".

De fait, depuis le joli but de Verdonk, la marée verte montait à l'assaut des buts défendus par Carnus.

Les corners s'accumulaient, nous en étions déjà à sept presque consécutifs, mais rien ne passait.

On aurait dit que les attaquants stéphanois, de plus en plus nerveux et de plus en plus maladroits, à mesure que le temps s'écoulait, se heurtaient à un mur.

Un mur contre lequel Keita venait frapper de la tête eu du pied avec une régularité désespérante.

Il smblait déjà découragé, ce brave Salif. On le voyait dodeliner du chef, la cause paraissait entendue.

C'est alors que Bereta, qui s'était battu comme un démon de bout en bout, réussit un admirable tir brossé du gauche, de 20 mètres.

Dans la lucarne.

Absolument inarrêtable !

C'était l'égalisation inespérée, le public se mit alors à entrer en transes.

Une dernière vague de la marée verte, avec la tête rouquine d'Herbin au-dessus de la mêlée, et Revelli inscrivait le but de la victoire.

Quel "suspense" merveilleux pour les supporters stéphanois !

 UN TRÈS GRAND CARNUS

Peut-on dire que cette victoire arrachée sur le fil est méritée ?

Oui et non.

Sur la fin de la rencontre, c'est probable. Mais sur l'ensemble de la partie, un match nul eut été une solution logique, sinon heureuse.

L'O.M., très supérieur à ce qu'il fut contre Bastia, avait surtout bien joué au début des deux mi-temps.

Avec beaucoup de calme et de métier.

Sans faire figure de grand champion de France - n'exagérons rien - il s'est montré sous l'un de ses visages familiers, celui d'une équipe sachant se faire respecter sur tous les terrains et en dépit d'une ambiance franchement contraire à ses desseins.

Mais - et ce fut le même scénario au cours des deux mi-temps - chaque fois Saint-Étienne, dont les rouages pourtant ne baignaient pas dans l'huile, reprit l'avantage. En première mi-temps, Carnus sauva son équipe grâce à quelques arrêts de classe, sans oublier le poteau, bien sûr, qui le préserva sur un tir de Keita.

En fin de deuxième mi-temps, vous le savez déjà, on put croire longtemps que le même Carnus presque à lui tout seul, allait faire le désespoir de son ancienne équipe.

Bravissimo Carnus, que ses anciens équipiers sont venus embrasser à la sortie.

 MOINS BIEN QUE LA SAISON DERNIÈRE

L'année dernière aussi, l'O.M. avait été battu sur ce même terrain, de façon à peu près identique.

Mais alors même que la victoire de l'O.M. paraissait certaine, nous n'avons pu nous empêcher de dire à un de nos voisins :

"L'année dernière, bien que battu, l'O.M. avait beaucoup mieux joué que cette saison".

Il est vrai, vous ne l'avez sans doute pas oublié, Saint-Étienne, lui aussi, était alors très supérieur à ce qu'il est devenu.

Pour tout dire, l'O.M. de l'année dernière nous avait paru être une équipe d'avenir. Celui de cette fin de saison, sur le même terrain, malgré son indomptable courage collectif, nous a paru déjà être une grande équipe du passé.

Il a, certes, de sérieuses excuses à faire valoir, cet O.M. 72.

Skoblar n'était pas là, Magnusson ne disposait pas de tous ses moyens (il joua de manière dolente) et Bonnel manifesta une retenue certaine.

C'était quand même beaucoup, contre un adversaire qui avait pour lui la jeunesse, l'enthousiasme et la foi, même si sa façon de jouer fut parfois puérile, tarabiscotée et d'un brin retardataire.

On ne tiendra pas rigueur à l'O.M. de cet échec concédé dans des conditions assez spéciales.

Ses joueurs ont eu le grand mérite de se battre de bout en bout, de ne jamais abdiquer.

Mais - ce sera notre conclusion - il serait totalement faux d'écrire que la mise en rancart de Lucien Leduc peut modifier en quoi que ce soit le véritable problème olympien.

Maurice FABREGUETTES

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LEDUC : "J'entends que

mon contrat soit respecté !"

SAINT-ETIENNE - Dans les couloirs du stade Geoffroy Guichard, le président Leclerc, entouré comme bien l'on pense par de nombreux journalistes, tenait, selon une habitude qui lui est chère, une mini conférence de presse improvisée.

Mais rien de bien nouveau n'est apparu à travers les réponses faites par M. Leclerc aux questions de nos confrères. Le président se bornait à répéter et à développer les termes du communiqué rendu public vendredi soir à l'issue du Comité directeur.

"Nous avons toujours considéré Lucien Leduc et Mario Zatelli comme les deux entraîneurs en titre de l'O.M., mais nous estimons qu'il est préférable, tout au moins jusqu'à la fin de la saison, période pendant laquelle nous allons voir à livrer des matches cruciaux, de mettre en avant Zatelli (le sprinter) plutôt que Leduc (le coureur de fond). C'est tout, et il ne serait être question de limogeage en ce qui concerne ce dernier, qui, rappelons-le, est sous contrat jusqu'en juin 13".

Ce qui peut paraître pour le moins surprenant, si l'on s'en réfère aux propos du principal intéressé qui parlait vendredi matin, sur les ondes, de son départ de l'O.M. en termes sans équivoque.

La position de celui que les speakers officiels du stade Geoffroy Guichard baptisaient, hier, non sans ironie, l'ex-entraîneur de l'Olympique de Marseille, n'a guère varié :

"Je m'en tiens à ce que j'ai déjà dit. Il paraît que la situation a évolué depuis quarante-huit heures et que je ne suis plus disgracié mais seulement dégradé. Pour ma part, je ne suis au courant de rien, car personne n'a cru bon de m'en informer, que ce soit par écrit ou de vive voix.

"Mais une chose est certaine : j'ai été engagé pour m'occuper de l'entraînement et de la composition de l'équipe. J'estime que, si l'on me retire ces fonctions pour m'en confiant d'autres, quelles qu'elles soient, mon contrat n'est plus respecté. J'entends précisément qu'il le soit".

A.P.

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M. LECLERC : "Nous avons perdu

une bataille, mais pas la guerre..."

ST-ETIENNE - Une fois de plus, le rêve est passé.

Le mythe de l'invincibilité stéphanoise, que l'on avait cru voir se fissurer tout au long des minutes, est plus tenace que jamais.

Et, dans les vestiaires olympiens, la déception était d'autant plus grande que l'on pensait bien, cette fois, voir s'effacer le fameux signe indien.

Assis dans un coin, la tête entre les mains, Bernard Bosquier illustrait bien la détresse qui s'était soudain abattue sur, les Marseillais. Plus que tout autre il voulait gagner ici, au stade Geoffroy Guichard.

Peut-être parce qu'il avait un compte moral à régler avec le public stéphanois.

"C'est trop bête, mener jusqu'à 7 minutes de la fin et se faire battre ensuite. Il y a quand même de quoi rager... Surtout quand nous avions le match totalement en main. Quant au public, qui ne nous a pas ménagé, Georges Carnus et moi, je ne lui en veux pas.

Que voulez-vous, si des gens ne parviennent pas à comprendre les choses qui leur ont été expliquées en long et en largeur, on n'y peut rien".

"En ce qui me concerne, ajoutait Carnus, l'attitude du public m'a plutôt dopé. Je craignais qu'il ne se produise des jets de bouteilles qui sont assez fréquents ici. Heureusement ont a procédé à la mise en place de grillage de protection. Mais, en toute franchise, je crois que les Stéphanois ont livré un très bon match et, en particulier, Bereta, qui a trèscertainement fait basculer le sort de la rencontre.

"Quant au soi-disant penalty, il n'y en pas car Revelli avait commis une faute sur moi avant que je ne le retienne.

"Ce que je ne comprends pas par contre, c'est pourquoi M. Frauciel a donné un corner au lieu d'un coup franc".

 M. LECLERC :

"NOUS AURIONS PU FAIRE LE RÉSULTAT"

"Que voulez-vous, c'est le football".

Cette défaite ne semblait pas avoir décontenancé outre mesure le président Leclerc.

"Et oui ! c'est dommage, car nous aurions pu faire le résultat, mais ce n'est qu'une défaite, et une bataille perdue n'est pas la perte de la guerre, pas plus qu'une rencontre ne constitue l'essentiel d'un championnat. Je crois quand même que nos joueurs ne tiennent plus la distance en ce moment. On construit bien au milieu de terrain, puis nos actions s'effritent à l'approche du but adverse. Gageons que les quatre jours de repos qui vont leur être octroyé seront produits profitables à nos hommes".

On parlait décidément beaucoup de penalty dans les vestiaires marseillais, puisque Gilbert Gress se plaignait pour sa part que l'arbitre ait oublié d'en siffler un en sa faveur

"J'ai été proprement descendu de la surface de réparation, et pour moi, le penalty était indiscutable. C'est d'autant plus regrettable qu'à ce moment-là nous menions encore 1 à 0 et qu'à cet instant nous pouvions nous assure définitivement la victoire".

 MAGNUSSON :

JE N'ÉTAIS PAS TOUT À FAIT RÉTABLI

Magnusson, qui ne prit, de même que Bonnel, la décision de jouer et quelques minutes avant le match, n'accomplit pas une partie aussi brillant qu'à l'ordinaire.

"J'ai longtemps hésité à jouer et j'ai bien vite senti, une fois sur le terrain, que je ne parvenais pas à courir normalement. Comme Joseph (Bonnel) était dans le même cas que moi, c'était une équipe assez sensiblement diminuée que nous avons présentée aujourd'hui".

Enfin, Jacky Novi n'était pas parmi les moins déçus, voilà trois années consécutives qu'il s'incline ici avec l'O.M. et sur le même score de 2 buts à 1.

"Disons que cela aurait peut-être été injuste que nous l'emportions. Mais je crois qu'un match nul n'aurait pas du tout été immérité et cette fois nous y croyions vraiment. Mais, enfin, il n'y a pas encore péri dans la demeure.

 Alain PECHERAL

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Les cinq dernières minutes

SAINT-ETIENNE - Pour éviter tout incident avant le match, les joueurs de Marseille avaient obtenu l'autorisation de s'échauffer sur le terrain où allait se jouer la rencontre.

Ce fut une dure épreuve pour Carnus, Bosquier et aussi Couecou qui avait été l'auteur d'une fracture de jambe sur ce terrain alors qu'il opérait à Bordeaux.

 Les Stéphanois attaquent dès le coup d'envoi, mais les Marseillais réagissent avec vigueur par Verdonk et ils obtiennent peu après un premier corner sur une action de Magnusson.

 AVERTISSEMENT.

Carnus va se distinguer deux fois en plongeant dans les pieds de Revelli puis de Keita. Mais le jeu est si rapide, que l'instant d'après c'est le but stéphanois qui est en danger par Magnusson. Envolée de Keita, et Zwunka, qui le fauche, reçoit un avertissement de l'arbitre.

 Les Marseillais mettent par deux fois le but des Stéphanois en danger, et un déboulé, suivi d'un tir violent de Keita, dresse le stade, mais la balle sort.

Carnus et à nouveau bien près d'être battu. Une balle violente de Larqué ayant été déviée par l'un de ses défenseurs, mais passe à au ras de son but en corner.

C'est peu après la mi-temps.

 VERDONK MARQUE

A la 56e minute, une contre attaque olympienne va être payante. Elle débute par Magnusson, donc la balle est prolongée par faire donc. L'ailier gauche contrôle de la poitrine, et avant l'intervention du gardien, loge la balle dans le but de la grande à la grande déception du public stéphanois.

Les 3.000 supporters marseillais clament leur joie, alors que les joueurs s'embrassent. Cette réussite a complètement redonné confiance à l'O.M. et Migeon dévie de justesse le 2me but du même Verdonk.

 BROCA SUR LE STADE

Carnus, dribblé par Revelli, le retient par une jambe. Alors que l'on croyait au penalty, c'est un corner qu'accorde l'arbitre. Dans la confusion, alors que le corner est tiré, Revelli expédie la balle dans les buts, mais l'arbitre refuse et fait retirer le corner. C'est une véritable furia dans le stade.

 BERETA ÉGALISE

ET À REVELLI LE BUT

DE LA VICTOIRE.

À la 83e minute, les efforts des Stéphanois, vont recevoir leur récompense Herbin glisse la balle à Bereta qui tire en force. Carnus est battu. La balle ayant pénétré dans l'angle supérieur à sa droite.

Ruée des Stéphanois dès la reprise, et c'est à nouveau une bronca. Broissart télescope Verdonk qui reste au sol. Le Stéphanois est aux prises avec Kula. L'arbitre distribue des avertissements et à la reprise du jeu, alors que Verdonk est emporter hors du terrain et remplacé par Hodoul, c'est une nouvelle ruée des Stéphanois qui vont réussir un deuxième but à quatre minutes de la fin.

Un centre de la gauche, une reprise de la tête de Herbin, Larque rate la reprise, mais Revelli marque le but de la victoire.

Pierre LEGALERY

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  BATTEUX : "Une victoire méritée"

Inutile de dire que la joie régnait dans les vestiaires de Saint-Etienne.

Le président Rocher était hilaire.

N'est-ce pas la deuxième fois qu'il battait Leclerc ? Et, pour lui, cela représentait toutes les joies.

"Nous aurions dû gagner plus facilement sans ce diable de Carnus !", disait-il.

Robert Batteux, lui, l'entraîneur, nous déclarer.

"Le match s'est déroulé comme je l'avais prévu. Malheureusement les tirs de Sanlaville, qui avait l'ordre par moment de doubler Herbin, n'ont pas eu la récompense qu'ils méritaient. Enfin, la victoire nous a récompensés. Je crois que nous l'avons méritée".

Revelli, lui, expliquait comment il avait été retenu par un pied de Carnus qui était à terre.

"Je n'avais fait aucune faute sur Carnus, disait-il. C'est lui qui avait laissé échapper la balle dans mes pieds !"

Quant à Larqué, il nous confirmait ce qu'avait dit Georges Carnus, à savoir que sa maladresse sur la balle que lui avait passée Herbin, et qu'il manqua, à tromper George Carnus et permis à Revelli de marquer le deuxième but assez heureux.

P.L. 

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  LES QUESTIONS

QUE L'ON SE POSE

 Carnus et Bosquier jouaient pour la première fois depuis l'affaire" devant leur ancien public. Quelle fut la réaction de celui-ci ?

Il accueillit les deux internationaux, à leur entrée sur le terrain par une terrible bronca qui dura deux bonnes minutes. Et, à la 5me, une mésentente entre les deux Stéphanois, qui devait coûter un corner à l'O.M., fut à la fois acclamée et saluée par des rires goguenards. Il devait en être ainsi tout au long du match. Au reste, c'est contre la totalité de l'effectif olympien que les spectateurs foréziens semblèrent manifester leur mécontentement, ce qui ne surprendra personne, les raisons d'inimitié entre les deux clubs étant archi-connues. Le public du Stade Vélodrome réagit d'ailleurs de la même façon à l'encontre de toutes les équipes visiteuses...

Cela dit, précisons que l'affrontement entre les supporters stéphanois et mes quelque 3.000 inconditionnels marseillais, qui ont pris pace dans les tribunes, resta toujours dans les limites du raisonnable, leur enthousiasme ou leur désapprobation, ne dépassant pas le stade des vociférations.

 Le tournant du match ?

Il se situa à la 66ème minute. Sur un tir contré de Keita, Carnus et Patrick Revelli se précipitèrent en même temps sur la balle. Le gardien international marqua alors un temps d'arrêt, semblant surpris par la présence aussi rapide à ses côtes du jeune ailier droit stéphanois.

Il n'eut alors d'autre ressource que de retenir ce dernier par le pied. Des tribunes, le penalty semblait indiscutable.

M. Franciel en décida autrement en accordant un corner. Et l'on comprend la colère du public, colère qui fut à son comble quelques instants plus tard, lorsque Bereta, ayant rapidement passé le ballon à Revelli, ce dernier marqua d'un tir splendide un but refusé.

Mais, en cette occasion, la décision de l'arbitre tait parfaitement justifiée, puisqu'il n'avait pas donné l'ordre de tirer le coup de pied de coin.

Interrogé aux vestiaires, Georges Carnus nous a fait la réponse suivante :

"Revelli a commis une faute avant que je ne le retienne. Il n'y avait donc pas penalty".

A.P.

 

 

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