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Résumé Le Provencal

du 29 avril 1973

 L'O.M. A PERDU SON MAILLOT JAUNE

Les Marseillais étouffés par

le rythme des Stéphanois

SAINT-ETIENNE - "Notre meilleure arme, pour essayer de battre l'O.M., sera le rythme", avait dit l'entraîneur Herbin avant le match.

Il faut croire qu'il avait été entendu et écouté par ses joueurs, car les Stéphanois lancèrent le match à une cadence folle. Un peu plus qu'une bourrasque : un véritable ouragan.

Dès la première minute, les fameux réflexes de Carnus avaient miraculeusement sauvé la cage olympienne sur un tir à bout portant de Larqué... et ce n'était pas fini.

Avec un Bereta merveilleux, omni-présent, un Jacquet aussi calme que précis à la barre, l'équipe stéphanoise faisait feu de tout bois.

Keita, marqué au millimètre par Mercadier, Magnusson serré de plus près encore par Farison, l'O.M. en était réduit à une défense parfois désespérée.

De temps en temps, au bénéfice d'un ballon récupéré, les joueurs de sang-froid de l'équipe olympienne, Gress, Bonnel, Novi et à l'occasion Kula, essayaient d'ordonner le jeu de leur équipe. Mais ces bonnes périodes ne duraient guère, et inlassablement les Stéphanois repartaient à l'assaut des buts de l'O.M.

Sept corners à zéro pour Saint-Étienne à la mi-temps, et une bonne dizaine de tirs, tous très dangereux, à un seul dans un encadrement pour l'O.M.

Ce tir allait être fameux parce qu'il permit à l'équipe marseillaise une égalisation quasi miraculeuse.

 Trésor et Curkovic : les grands

joueurs aussi font des fautes.

Mais on avait constaté une fois de plus combien le football est une science curieuse. Les deux buts marqués au cours de cette première mi-temps furent si l'on ose dire, l'oeuvre de deux des footballeurs les plus réputés parmi ceux présents sur le terrain : Trésor et Curkovic.

Le loupé de Trésor sur le but marqué par Santini fut tellement franc, tellement inhabituelle de la part du pivot de l'équipe de France, que le brave Marius faillit manger l'herbe de la pelouse de désespoir.

On avait noté aussi, toujours au cours de cette première mi-temps, que le tandem Bosquier-Trésor ne tournait pas très rond. Du haut de notre tribune on pouvait se demander lequel des deux était chargé de marquer Patrick Revelli, celui-ci heureusement peu dangereux.

Curkovic, considéré comme le meilleur gardien jouant en France, commis une énorme faute de placement dont Di Caro sut profiter très habilement. C'est toujours une erreur, pour un gardien, que de ne pas tenir compte de la position du ballon pour jouer trop franchement en interception. Il est vrai que Curkovic n'avait pas encore pratiquement touché le ballon, ce qui explique mais n'excuse pas sa négligence.

 Le naufrage de Magnusson.

Magnusson avait déjà réalisé plusieurs bonnes parties à Saint-Étienne. Hier, ce fut le grand naufrage. Isolé à l'aile droite d'une équipe archi-battue, ce qui est pour lui une position très défavorable, il eut le tort de s'énerver.

Il commença par faire des remontrances à l'arbitre, ce qui lui valut un avertissement. Sur cette lancée de plus en plus nerveux et irritable, mais dans l'intention louable de se battre, il se fit infliger toute une série de coups francs pour des fautes de main ou d'obstruction, visibles à un kilomètre.

Magnusson hors du coup, Keita régulièrement bouclé, Trésor, malheureux, les deux seules vedettes cataloguées de l'O.M. à savoir justifié leur grande réputation furent Bosquier et Carnus.

On comprendra mieux, dans ces conditions, que l'O.M., hier soir, à Saint-Étienne, ait été battu.

 Un tir : un but.

Il est encore heureux que la défense de l'O.M., et plus spécialement Carnus, ait eu une certaine chance, car la défaite olympienne aurait été encore plus nette. Nos notes, qui ne mentent pas, nous prouvent que dans le cours des 90 minutes l'O.M. a tiré une seule fois dans l'encadrement. Ce fut, vous le savez déjà, le but de Di Caro.

De bout en bout, les olympiens furent littéralement asphyxiés par le rythme très élevé de la partie.

Parmi ceux qui surnagèrent un peu, en tenant compte de leurs qualités et de leurs défauts, on peut citer Bosquier, Gress, Novi, et, à un degré moindre Kula et Lopez. Sans oublier, bien entendu, comme nous l'avons déjà écrit, le gardien miracle Carnus.

L'O.M. a donc perdu hier soir à Saint-Étienne son maillot jaune. Il a maintenant deux points de retard sur Nantes et un point de retard sur Nice. Certes la situation peut s'améliorer au cours des deux prochaines journées du championnat, mais il faut bien reconnaître que ce sera très dur.

Il reste que l'équipe olympienne, sur l'ensemble de cette saison, aura été inférieure à ce qu'elle fut au cours des deux précédentes exercice. Les causes en sont multiples, hier soir encore, à Saint-Étienne, nous avons vu une équipe marseillaise invertébrée et nettement battue malgré son esprit de corps et le courage de la plupart de ses joueurs.

 Larque-la-Bombarde

Il convient d'ajouter aussi que l'équipe stéphanoise a fait hier soir un très grand match. Jouer vite n'est rien, mais le faire avec précision est beaucoup plus estimable et remarquable.

Quelques joueurs stéphanois ont pleinement justifié leur réputation internationale. En premier lieu, Bereta, qui est certainement le joueur n.1 de France.

On citera également Larqué, qui, hier soir, a mérité le surnom de "La Bombarde". En cours de rencontre, il déclencha une bonne dizaine de tirs et c'est miracle pour l'O.M. qu'un seul d'entre eux ait pu faire but.

À noter, encore, la précision et le calme de Jacquet, revenu au premier plan, après une grave blessure : la classe de Piazza, lequel, dans un rôle facile pour lui, ne commit aucune faute.

Parmi les jeunes de l'équipe, le plus doué nous a semblé être l'ailier Saramagna.

Maurice FABREGUETTES

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ZATELLI : " Tout espoir n'est pas perdu"

SAINT ETIENNE - Une fois de plus, les Marseillais n'ont pu vaincre le fameux signe indien qui semble marquer depuis une éternité, les rencontres qu'ils jouent à Saint-Étienne.

À notre connaissance, en effet, l'O.M., depuis son retour en Première Division, n'a subi que les défaites, souvent honorables, au stade Geoffroy Guichard. On sait que la soirée d'hier n'a pas apporté d'exception à une règle qui semble devenir immuable.

Hués par le public, conspués sans cesse, sifflés copieusement, les Marseillais sont revenus dans leurs vestiaires à la fois déçus et en colère. C'est l'entraîneur Mario Zatelli qui résuma le premier le sentiment général :

"Décidément, on nous en veut ! L'arbitre d'aujourd'hui M. Meeus s'est montré digne du célèbre M. Peauger. Il nous a littéralement assassinés de coup franc. Tenez, prenez le cas de Magnusson, il l'a complètement empêché de jouer. Il a donné un avertissement et c'est Roger qui a du quitter le terrain avec une profonde blessure à la tête. Est-ce que cela vous parait logique ?"

Mais abandonnant sa diatribe Mario Zatelli revenait à ce qu'il est convenu d'appeler les choses du football.

"Je ne suis pas déçu du comportement de notre équipe, même si je pense qu'elle aurait pu faire mieux. En effet, à un moment donné, plusieurs joueurs stéphanois donnaient des signes de fatigue. Mais enfin, bien que je ressente comme tout le monde l'amertume de cette défaite je ne pense pas que nous ayons forcément perdu notre titre ce soir. Il peut se passer encore beaucoup de choses d'ici la fin de ce championnat, et rien ne dit que d'ici dimanche prochain les rôles se seront pas inversés".

C'est aussi le point de vue du président Gallian qui nous disait :

"C'était vraiment un match difficile à gagner. Je pense pourtant que malgré la domination stéphanoise, nous aurions pu obtenir le match nul. En effet, au cours des dernières minutes, la baisse de régime de notre adversaire nous autorisait à croire à l'égalisation.

"Autant j'avais été déçu par notre match de Lyon, où rien n'avait marché, où la plupart de nos joueurs avaient craqué, autant je suis relativement satisfait de la tenue de nos hommes qui ont, ne l'oublions pas, opéré dans une ambiance tout à fait exceptionnelle hostile et de violence.

Cette opinion était évidemment partagée par la majorité des joueurs marseillais. C'est ainsi que Roger Magnusson revenu le premier aux vestiaires, nous avait accueilli par un vibrant : "N'est-ce pas un scandale ! Je ne reproche rien à Farison qui a profité de la mansuétude de l'arbitre, il a joué son jeu. Mais quand un au directeur de la partie, mieux vaut que je ne vous donne pas d'opinion que j'ai de lui".

Bosquier était également parmi les plus virulents, et il nous disait, en nous montrant sa cuisse profondément labourée par les crampons adverses :

"Regardez ce que Revelli a fait juste au moment ou nous revenions aux vestiaires, et au nez et à la barbe du juge de touche ! Je me demande ce qu' "ils" vont bien pouvoir mettre dans leur rapport ! Il est évident que dans les conditions où nous avons opéré ce soir, il était à peu près impossible d'espérer vaincre... Mais "ils" ne l'emporteront pas en paradis. "Leur" règne fini, "ils" ne seront plus jamais champions de France, je puis vous l'assurer."

Autre héros malheureux de la soirée, Salif Keita, qui avait été sévèrement marqué successivement par les jeunes Mercadier et Repellini.

"Pour moi, les choses n'ont pas été faciles. J'étais, en effet, bien isolé à la pointe du combat. Je ne reproche rien aux jeunes Stéphanois, leur rôle était de me marquer de près. Je n'attendais rien d'autre de leur part".

Di Caro, qui avait été l'auteur d'un but que l'on peut qualifier de miraculeux, était à la fois satisfait d'avoir ainsi marqué sa présence au stade Geoffroy Guichard et, comme ses camarades, terriblement déçu par le résultat. Il nous disait :

"Mais qu'est-ce qu'ils peuvent donc avoir contre nous, tous ces arbitres ? Souhaitent-ils décidément la fin de l'O.M. ?"

C'est aussi l'avis de Jacky Novi qui se montrait extrêmement violent et qui prenait tout le monde à témoin des vicissitudes que ses camarades et lui-même avaient subies. Il nous disait :

"Des garçons comme Roger ou Salif n'ont absolument pas pu s'exprimer dans ce contexte. Ils ne pouvaient toucher la balle sans subir le contact irrégulier d'adversaires encouragés par le comportement de l'arbitre".

Nous laisserons le mot de la fin à Georges Boulogne, le sélectionneur national qui nous disait :

"Voilà bien un match comme je les aime, ou les deux adversaires ont lutté jusqu'à l'extrême limite de leurs forces, aussi bien sur le plan physique sur le plan moral. Dans le domaine individuel, j'ai surtout retenu la bonne performance de deux Stéphanois quand Bereta, que je cite en premier, devant Larqué.

"Quant à Marius Trésor, c'est un garçon qui me déconcerte. Malgré sa souplesse et son adresse, il continue à commettre, par inattention, des fautes énormes, surtout en début de match. Ce sont des mésaventures qui lui sont également arrivées avec l'équipe de France.

Louis DUPIC

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Robert HERBIN :

"Une question de prestige"

SAINT ETIENNE - Évidemment, les Stéphanois rayonnaient dans leurs vestiaires. Une fois de plus, ils venaient de mettre à la raison "l'ennemi héréditaire".

Le président Rocher, tout en tirant sur sa pipe, nous disait : "Voilà, décidément, une belle soirée, une belle recette, un très bon match de notre part, et une belle victoire. Que demander de plus ?"

Et comme il s'inquiétait de ce que pensaient les Marseillais, nous lui révélions qu'ils n'étaient pas très contents du comportement de l'arbitre. M. Rocher allait poursuivre : "Les amis marseillais ont tort d'être aussi violents dans leurs déclarations à propos des arbitres. Il ne faut pas vous imaginer que cela puisse leur rendre service".

Robert Herbin qui, lui aussi, est un amateur de bouffarde, récupérait de ses émotions et nous disait :

"Je crois bien que depuis son retour en première division l'O.M. n'a subi que des défaites au stade Geoffroy Guichard. Ainsi la tradition est respectée. Pour nos hommes, aujourd'hui, c'était une question de principe, de prestige et d'état d'esprit. Ils ont su prendre cette rencontre comme il le fallait et priver les Marseillais du ballon. Il ne fallait pas les laisser respirer. Dès que nous baissions le rythme, ils recommençaient à contrôler le jeu et à se montrer dangereux. Je crois, décidément, que notre équipe a compris comment il fallait s'y prendre pour mettre à la raison un adversaire expérimenté de valeur.

L.D.

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LARQUE : un but lourd de conséquences

SAINT ETIENNE - Des nuages, un temps frais, une très bonne assistance et un match extrêmement important. Telles sont, au départ, les conditions qui attendent l'O.M. sur le stade Geoffroy Guichard.

LES EQUIPES

SAINT-ÉTIENNE : Curkovic, Broissard, Mercadier, Piazza, Farison, Bereta, Jacquet, Santini, Larqué, Revelli, Sarramagna.

12e : Repellini.

O.M. : Carnus, Lopez, Bosquier, Trésor, Kula, Novi, Bonnel, Magnusson, Gress, Keita, Di Caro.

12e : Franceschetti

L'arbitre et M. Meeus.

SAINT-ÉTIENNE EN TROMBE

Des cris épouvantables accueillent les Olympiens à leur entrée sur leur terrain, avec Bosquier, le capitaine, et Carnus à leur tête. Un concert de sifflets comme nous en avons rarement entendu. Et la partie s'engage, attaquée d'ailleurs par les Stéphanois sabre au clair.

Dès la première minute, Carnus est l'auteur d'un véritable exploit sur un tir à bout portant de Larqué, qu'il détourne d'un réflexe étonnant. Et ce n'est pas qu'un feu de paille. Le gardien olympien doit encore sortir pour dégager du pied son camp menacé.

ERREURS DE TRÉSOR :

BUT DE SANTINI

Ce qui n'empêche pas Larqué de décocher un tir lointain, bien arrêté par Carnus (16e minute). Le gardien olympien doit encore s'employer sur une tentative du même Larqué, qu'il enraye en deux temps (23e minute).

Hélas, une erreur de Trésor devant Santini va donner à Saint-Étienne l'occasion d'ouvrir la marque. Marius, en effet, laisse échapper la balle dans les pieds de l'attaquant stéphanois, qui ne gaspille pas une pareille aubaine. Libre de tous mouvements, Santini a le temps d'ajuster un magnifique tir croisé. Carnus, littéralement fusillé cette fois, n'a d'autre ressource que de constater les dégâts (26e).

Saint-Étienne mène par 1 à 0 et par voie de conséquence les actions marseillaises sont nettement à la baisse. D'autant que Magnusson reçoit un avertissement de l'arbitre pour avoir contesté une de ses décisions (28e minute).

UN EXPLOIT DE DI CARO

Pourtant, cette brave équipe olympienne va réussir malgré la tourmente, à combler son retard. Et cette égalisation, c'est Di Caro qui l'arrache, grâce à un bel exploit personnel.

Servi par Gress, sur l'aile gauche, Ange s'apprête déjà à centrer, quand il voit Curkovic se placer précisément au milieu de sa cage. Le gardien stéphanois a-t-il commis une petite erreur d'appréciation en laissant une ouverture ? Toujours est-il que Di Caro voit la droite de sa cage dégarnie. Il tir très intelligemment du gauche et prend Curkovic complètement contre-pied (40e minute).

Ouf l'O.M. peut respirer en regagnant les vestiaires.

LARQUE REDONNE L'AVANTAGE.

À la reprise, Repellini prend la place de Mercadier et devient le garde du corps de Keita. À ce propos, vous avez sans doute remarqué qui ne fut guère question de Salif, ni de Magnusson lors de la première période.

C'est que les défenseurs stéphanois ne leur ont pas laissé beaucoup d'initiative. Les deux vedettes étrangères n'ont guère plus de chance en ce début de deuxième mi-temps, d'autant que l'arbitre ne leur fait pas la moindre concession.

Cependant, les événements vont encore se précipiter sur une offensive des avants stéphanois. Carnus a d'abord un extraordinaire réflexe sur le tir lointain de Larqué, dévié au passage par l'un de ses défenseurs, mais la balle revient dans les pieds de Piazza qui remet aussitôt sur Larqué, dont la reprise fulgurante ne laisse cette fois aucune chance au gardien marseillais.

Saint-Étienne reprend donc l'avantage à la 55e minute.

Magnusson est ensuite touché au visage dans un choc avec un défenseur adverse. Il laisse son poste à Franceschetti (63me minute) et Bonnel, pour une faute anodine reçoit à son tour un avertissement de l'arbitre.

Décidément, ce n'est pas encore la soirée de l'O.M. Pour ne pas changer !

Les minutes tournent, tournent et on arrive dans le dernier quart d'heure avec toujours un petit but d'avance pour Saint-Étienne.

L'O.M. se multiplie pour au moins enlever l'égalisation, mais rien n'y fait.

Jean FERRARA

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