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Résumé du Petit Provencal

du 06 janvier 1936

 

 

LA VIEILLE RIVALITE DEMEURE...

Hier, à Paris, Sétois et Marseillais

n'ont pu se départager

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Les prolongations de cette partie, qui mit en vedette Hillier et Di Lorto

Ne changèrent rien au score obtenu in extremis par Bruhin

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F.C. Sète : 1 -- Olympique de Marseille : 1

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Paris, 5 Janvier.

Les sportifs parisiens, gens heureux, assistèrent aujourd'hui au match vedette de la journée qui, en Coupe de France, met aux prises les excellentes équipes de l'Olympique de Marseille et du Football club de Sète.

Bien avant l'heure fixée pour la rencontre, le Parc des Princes est copieusement garni. L'élément méridional de Paris a donné et de nombreux trains spéciaux ont amené en masse, les supporters des deux clubs.

A 13h45, les deux équipes, très applaudies, font leur entrée sur le terrain. Elles sont constituées comme suit :

MARSEILLE : Di Lorto, Kurka, H. Conchy, Bastien, Bruhin, Rabih, Zermani, Alcazar, Roviglione, Janin Kohut.

SETE : Llense, Ben Bouali, Franques, Medan, Gabrillargues, Hillier, Benouna, Iriondo, Koranyi, Cros, Montsallier.

LA PARTIE

Les Sétois gagnent le toss, et les Marseillais donnent le coup d'envoi. Il est 13h50.

Les avants sétois se montrent aussitôt entreprenants et Di Lorto bloque de magnifique façon un shoot de Koranyi que Montsallier venait de servir au terme d'une action particulièrement brillante. Il y a trois minutes à peine que la partie a commencé et le public vibre déjà. Ca promet.

Par Kohut, l'O.M. attaque sur la remise en jeu et obtient le premier corner de la partie. Sans résultat d'ailleurs.

La partie rapidement jouée conne lieu à de jolies phases sans que l'avantage pourtant se dessine. On remarque surtout la sûreté des backs sétois et l'action soutenue du solide Bruhin dont le duel avec Koranyi s'annonce comme devant être un des principaux attraits du match.

Bien servi, Kohut se rabat et shoote au but. La balle frise la barre.

Sète est en pleine possession du terrain. Montsallier passe à Benouna qui shoote. Di Lorto dégage. Aussitôt après Benouna passe Bastien et shoote de très près. Di Lorto parvient encore à arrêter aux applaudissements du public. L'O.M. vient de franchir un cap dangereux.

Et voici que Montsallier descend à toute vitesse et centre dangereusement. Kurka dégage de la tête. L'O.M. se ressaisit et Janin jette le désarroi dans la défense sétoise. Puis c'est Bastien qui, servant Bruhin, permet à ce dernier d'essayer le but. Llense arrête e dégage.

Koranyi effectue une descente dangereuse. Il sert bien à propos Montsallier qui place un shoot à ras de terre. I Lorto fait un plongeon splendide et sauve ses buts. Jusqu'ici, les Sétois ont dominé.

Et la pression sétoise continue. Mais les avants des dauphins ont le défaut de ne pas assez développer leurs attaques.

L'O.M. obtient un coup franc. Kohut le shoote superbement et Llense ne peut mieux faire que de détourner la balle en corner. Peu après, Kohut place un shoot de toute beauté, détourné de justesse par Hillier.

Les attaques se succèdent de part et d'autre. Mais la fin de cette première mi-temps survient. Aucune équipe n'a réussit à marquer.

La deuxième mi-temps est à pleine engagée que Marseille obtient un coup franc, puis effectue une belle descente, mais Llense se montre absolument intraitable. Et à la quatrième minutes les Sétoi contre attaquent et Iriondo passe à Cros qui bat DI Lorto d'un shoot à six mètres

Sète : 1 but -- Marseille : 0 

Les Sétois continuent à dominer et bombardent le but marseillais. Di Lorto sauve ses buts à différentes reprises et se cogne la tête avec le poteau en expédiant en corner un shoot tiré à bout portant. Puis Koranyi est touché mais reste sur le terrain.

Les Marseillais produisent des attaques désespérés. Sète, toutefois réussit à ses dégager et Di Lorto arrête un shoot de Benouna, puis Llense se blesse légèrement, à la main et doit concéder un corner.

Bruhin se dépense maintenant sans compter, il passe avant centre. Bastien devient demi centre et Roviglione demi-droit. Le jeu est très sec et frise parfois l'incorrection. La partie se continue très égale, l'intérêt du match réside dans les tentatives de Marseille pour égaliser.

Une belle action sétoise se termine par un centre de Benouna qui sort. 

Il semble que la partie doive se terminer sur la victoire de Sète, lorsque quinze seconde avant la fin, Zermani transmet à Bruhin. Llense veut interposer mais manque la réception et Bruhin pousse la balle dans les buts vides. La fin réglementaire est sifflée peu après sur le score nul de 1 but à 1. On joue les prolongations.

LES PROLONGATIONS

Dès le début des prolongations, les deux équipes jouent avec lenteur qu'exlique la fatigue des joueurs. La première mi-temps des prolongations n'est marquée par rien de sensationnel. A signaler toutefois un bel essai de Zermani et de Kohut pour Marseille et de Montsallier pour Sète. Les cafouillages sont nombreux et rien ne sera changé à la marque lorsque les équipes changent de buts.

Solidement armée en défense, puissamment outillés en trio intermédiaire, les Sétois ont aiguillé leurs recherche dans la confection d'une ligne d'attaque Ils y sont parvenus, car les nouvelles recrues Iriondo et Koranyi ont amplement mérité la confiance mise en eux.

Le début de la rencontre fut entrepris à vive allure. Des passes croisées, sèches, désorientèrent l'O.M. au point que Sète faisait cavalier seul. La défense olympienne, constamment alertée, se montra sous un jour excellent. Conchy, en particulier, se mit en évidence par des interventions heureuses, par des attaques soudaines, irrésistibles qui, sans cesse, ramenèrent la balle à la ligne d'attaque. Mais Hillier veillait, secondé par deux aides précieux. Gabrillargues surveillait attentivement Kohut, trop attentivement au gré de ce dernier. Medan sut juguler Zermani. De sorte que les offensives olympiennes étaient vouées à l'insuccès. Je n'irai pas jusqu'à dire que toutes subirent le même sort, car bien souvent, elles dépassèrent le trio intermédiaire, mais alors Franques ou Ben Bouali, intervenaient avec un telle efficacité que l'action, immédiatement arrêtée, était reportée en territoire phocéen.

L'O.M. a joué un très mauvais match, un match lourd, sans entrain et sans conviction, serait on tente d'écrire. Le manque de détente de certains coéquipiers facilita le jeu sétois ; de

les a desservis et qu'il trouvèrent un Di Lorto devant eux. Cependant, un homme domina le lot, non seulement des Sétois, mais aussi des deux formations : Hillier commanda son team en grand capitaine. Il le dirigea sans faiblesse, trouvant très souvent le point vulnérable de l'adversaire. Cependant et malgré H. Conchy, je pense que le jeu aurait était forcement délaissé par Rabih. Il y eut là peut être un défaut de tactique qui à lourdement pesé sur le résultat. Iriondo, malgré la surveillance de Bruhin, exerça une pression constante sur la défense. Quant à Koranyi, après une première mi-temps parfaite, il suivit avec peine la suite des opérations.

Les prolongations permirent à Marseille de corriger la mauvaise impression produite. Cependant, en toute équité, dû emprunter l'aile droite ou Montsallier. Sète méritait mieux que ce match nul. En résumé, du coté sétois activité plus grande et aussi plus grande conviction.

Coté O.M., trop de lourdeur, absence de détente, mais un bon moral. La deuxième édition de ce match mémorable sera un gros évènements.

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Après le match

L'accès des vestiaires était tellement compliqué que je faillis renoncer à joindre les acteurs du spectacle émotionnant qui venait de se terminer. Chemin faisant je joignais Harry Baur qui exprimait affectueusement au micro son admiration pour les deux formations. M. Dard, président de l'O.M. dit toute sa joie de ce demi-succès en soulignant que vraiment elle était trop forte pour entreprendre aussitôt le voyage de retour.

Après maintes péripéties , je parvins enfin à pénétrer dans le coin marseillais. Le contentement est grand d'autant que l'espoir avait fui depuis longtemps les joueurs de l'O.M.. Bruhin ne cacha pas sa pensée : "Nous avons mal, très mal joué... Aussi vous me voyez doublement heureux de ce match nul. Car véritablement cette partie indigne de notre réputation, n'aura certainement pas de lendemain. Et alors, la prochaine fois on verra".

Di Lorto est heureux. Assailli de tous côtés, il reçoit avec modestie les félicitations méritées qui lui parviennent de tous cotés. Conchy, Roviglione, Janin, Alcazar reconnaissent comme Bruhin, que le match est détestable et qu'ils veulent faire oublier ce mauvais souvenir au public parisien.

Chez les Dauphins la consternation règne en maîtresse. Un seul mot "La poisse" est dans toute les bouches. Mais celui ci sans colère, car la loi du sport est acceptée avec résignation. Hillier ne veut rien dire. Par l'organe de Franquès qui soit dit en passant, a fait une grosse impression, il veut bien expliquer que sans malchance son club était vainqueur "n'en dites pas plus" ajoute t-il. Aussi faisons nous. Gabrillargues qui assiste à l'entretien, si on peut dire, confirme les paroles d'Hillier ainsi que Iriondo et Crus. Ce dernier a le mérite d'avoir battu Di Lorto. Aujourd'hui cela prend l'apparence d'un véritable exploit. Bénouna est bien malheureux : blessé à la tête, aux jambes, partout dit-il , il ne s'occupe plus du résultat. Llense souligna la magnifique partie fournie par son vis à vis.

Quel plus bel hommage pour Di Lorto

M. RAFFAELLI

La nuit tombe et le vent commence à souffler lorsqu'on remet en jeu. Les marseillais sont immédiatement pressés sur leurs buts. Sur une charge de Kurka, Benouna est touché et c'est un coup franc que Di Lorto bloque. Peu après une jolie tête de Koranyi manque de peu de battre Di Lorto. Une belle descente de Montsallier échoue sur Henri Conchy, puis une erreur de Bruhin vaut un corner à Marseille. Celui-ci ne donne aucun résultat.

La fin de la partie est très confuse et nettement à l'avantage de Sète. Les deux équipes ne peuvent conclure et c'est sur le score de 1 but à 1 que l'arbitre siffle la fin des prolongations.

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LE DRAW

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(de nombre correspondant particulier)

L'exploit de Bruhin a permis à l'O.M. de réaliser cette chose injuste d'arracher un match nul. Exploit héroïque, car c'est dans un sursaut de volonté, d'énergie, alors que couché à terre, la balle venant rouler tout doucement devant lui, que le grand demi-centre donna à son équipe le but qui mettait les deux équipes à égalité. Et pourtant, si une équipe mérita bien la victoire, si un onze devait mériter de franchir ce cap redoutable, c'est bien Sète, formation valeureuse, autoritaire, pétrie de technique, de science, animée de ce cran légendaire qui a fait sa réputation.

plus, la possession de la balle ne fut pas assez disputée, Alcazar, trop souvent se désintéressa des évènements, laissant le soin à ses co-équipiers de ramener la sphère qu'il n'avait pas su garder et disputer.

Le match nul heureux, puisqu'il fut acquis quelques secondes avant la fin réglementaire du match, l'O.M. le doit à Di Lorto qui se montra tout simplement éblouissant. C'est bien lui le vainqueur de la rencontre, mais je n'aurais garde d'oublie H. Conchy déjà cité. Je reviens sur les mérites de ce joueur, parce qu'aujourd'hui il eut une tâche écrasante à accomplir. De l'avoir accomplie sans faiblesse et aussi sans faute, c'est la un titre de gloire qu'on ne saurait lui marchander.

La carence de Rabih, insuffisant d'abord, ensuite blessé, les rapides déboulés de Montsallier et de Cros que ne pouvait pas toujours arrêter Janin le mirent dans une posture périlleuse. Je le répète, Conchy a fait un match méritoire. Ce fut à mon avis un des meilleurs joueurs.

Bruhin également après un début quelconque retrouva sa vitalité. Son heureuse inspiration en se plaçant au centre de la ligne d'attaque, a fait d'un match largement perdu une demi-victoire.

Mais que dire des Sétois, si ce n'est qu'il faut tous les englober dans une même louange : de Llense à Iriondo, tous ont joué avec coeur, avec un désir violent, mais raisonnée, de vaincre. S'il ne l'ont pu, c'est que la malchance

 

 

 

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