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Le Petit Provencal

du 16 janvier 1936

 

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Résumé du Petit Provencal

du 17 janvier 1936

  

LA COUPE DE FRANCE

Marseille a éliminé Sète par un but à zéro

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L'Olympique de Marseille arrache au F.C. de Sète sa qualification

Pour les huitièmes de finale de la Coupe de France

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A la quinzième minute, Zatelli sur passe de Zermani

marque de la tête le but vainqueur

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- (De notre correspondant parisien)

La leçon a porté ses fruits. L'O.M. a vaincu. Du même coup, il efface la mauvaise impression laissée par sa dernière exhibition. Marseille est vainqueur de justesse, mais vainqueur. Les raisons de cette victoire s'expliquent par une volonté bien arrêtée de remporter le gain du match, par une défense beaucoup plus grande d'énergie, par un sens tactique approprié aux circonstances. Instruit par l'expérience, l'O.M. ne se laissa pas surprendre par le jeu rapide de l'adversaire. Mettant en pratique ce précepte que la meilleur façon de se défendre est d'attaquer, il se lança à corps perdu dans l'attaque. Il était aisé de comprendre que les Phocéens voulaient tout d'abord s'assurer un avantage pour ensuite défendre courageusement le bien acquis. C'est exactement ce qui se produisit. Surpris, les Sétois subirent la loi de l'O.M. puis s'organisèrent, pour également menacer sérieusement

M. RAFFAELLI

 

Après un quart d'heure de jeu, le match était joué. Zermani cueillant une balle extrêmement difficile, donnait à Zatelli une occasion que ce dernier saisit par les cheveux, si on peut dire. Une tête ; un but. Le seul, l'unique, mais le but de la victoire.

Après cet exploit les Dauphins prononcèrent des offensives qui semblaient devoir aboutir, mais Koranyl, au centre, d'ailleurs étroitement marqué par Bruhin ne peut développer son action. La mi-temps arriva sur le résultat de 1 but à 0 en faveur de Marseille, résultat qui, jusqu'à la fin devait rester inchangé.

La reprise débuta par une offensive foudroyante de l'O.M. Un poteau de but sauva Llense. Mais Bruhin abandonna son poste de demi-centre pour renforcer la défense affaiblie par une blessure de Conchy. Dans ces conditions il ne pouvait s'agir pour l'Olympique d'augmenter sûrement son avance.

Par contre Sète entreprit une domination territoriale, qui aurait dû se traduire par une conclusion heureuse. Trop timorés, trop faiblards dans son tir au but, les Sétois, s'usèrent en des offensives stériles. Malgré des actions brillantes, une aisance et une autorité indiscutables, malgré une supériorité très nette, il était visible que Di Lorto garderait ses buts inviolés. Par la suite, ce dernier, se signala par des interventions opportunes. Il répéta sa dernière exhibition qui rappelons-le avait été splendide. Je n'en pourrais dire autant de Llense. Battu par un premier shoot dont il ne décela même pas l'origine, il eut par deux fois les poteaux comme gracieux auxiliaires. Or, chaque fois il était battu, irrémédiablement battu, étant tout à fait à l'opposé du tir qui lui était adressé.

Le plus beau spectacle du match fut donné sans nul doute par le duel que se livrèrent les deux trios intermédiaires. Si l'on doit reprocher à Médan, d'avoir quelque fois poussé trop loin son action, d'avoir essayé de battre Di Lorto par des balles longues, mais bien appuyées il faut tout de même le créditer d'un bon match. Gabrillargues ne brilla peut être pas comme de coutume, il n'empêche que ces trois joueurs fournirent un labeur écrasant.

Celui de l'O.M. ne lui fut pas inférieur et une fois de plus Bastien se mit en vedette. Sa lutte pour la balle, ses replis soudains, son entêtement à poursuivre, gêner l'adversaire firent que Benouna, qui entre parenthèse fut le meilleur attaquant sétois, ne put développer des attaques avec toute l'ampleur quelles méritaient. Curcuru fut utile et de plus très accrocheur. Il n'avait certes pas un adversaire redoutable à surveiller puisque Monsallier fut d'une médiocrité bien affligeante. C'était heureux car Conchy, blessé, ne pouvait donner toute sa mesure.

D'ailleurs, en capitaine avisé, Bruhin vint il suppléer la défense. Mieux même alors que les deux tiers de la mi-temps étaient entamés, Kohut et Alcazar venaient rejoindre Bastien et Curcuru. De ce fait un bloc défensif était crée. Les attaques sétoises vinrent échouer contre ce bloc que rien désormais ne devait effriter.

Trop souvent un défaut de tactique coûte le gain d'un match. L'O.M. sut appliquer celle qui convenait. Départ en trombe, avantage à la marque, défense de cet avantage. Sète eut beau amplifier sa pression, l'O.M. ne faiblit pas et ne céda pas au mécontentement d'un public par trop impartial.

Comme me le confiait Bruhin, après la rencontre : "Croit on que nous allions dominer ? Nous voulions gagner le match. C'était notre but, il est atteint."

De toute façon l'assistance, très dense pour un match joué en semaine n'a pas à se plaindre de l'exhibition des deux onze. Si elle ne vit pas un football chatié, académique, du moins se rendit elle compte que les joueurs ne ménageaient pas leur peine. Il n'y eut pas de traînards, pas de joueurs qui attendent l'occasion favorable pour se mettre en lumière, mais ne la créent pas.

Franques fut moins brillant que lors de son dernier match. Ben Bouali, malgré Gabrillargues avait une rude tâche à accomplir, car Roviglione et Kohut le harcelèrent fréquemment. Certes il ne fut pas toujours l'obstacle infranchissable que l'on connaît, mais à se défendre contre les deux attaquants cités plus haut, il est bien difficile d'être sans reproches.

Roviglione, travailleur infatiguable, démontre que le poste d'inter pourrait lui convenir, à condition toutefois de lui faire confiance.

Alcazar plus actif, accomplit par instants d'excellentes choses. Ses renversements d'attaque, ses déplacement sur Kohut relevèrent du plus beau football. Sa partie d'aujourd'hui le réhabilite.

Zatelli quelque peu délaissé eut le mérite d'inscrire la victoire de l'O.M. Les conditions dont il en dota son club sont à signaler, car le centre de Zermani était très difficile à reprendre. Quand j'aurai dit que Benouna fut excellent, Di Lorto impeccable, Bastien éblouissant, Bruhin comme toujours, tacticien éprouvé et de plus pilier de grande valeur, vous saurez tout de cette rencontre qui valut beaucoup plus par l'émotion quelle procura aux milliers de spectateurs présent au Parc des Princes que par la qualité du jeu.

Un match de Coupe n'est pas une démonstration de football.

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La partie

Paris, 16 janvier.

Cet après midi, au Parc des Princes, le Football Club de Sète et l'Olympique de Marseille, étaient opposés pour la seconde fois en un match domptant pour les seizièmes de finale de la Coupe de France. On se souvient que le 3 janvier, ces deux équipes avait fait match nul également au Parc des Princes.

Plus de 15.000 spectateurs sont présents lors du coup d'envoi qui échoit à Sète. Les Marseillais attaquent d'emblée surtout par les ailes. Kohut descend rapidement le long de la ligne de touche, il échappe à l'arrière sétois et centre. Zatelli, de près reprend de la tête, mais la balle passe à côté du but. Entre temps Hillier, le demi-centre de Sète, avec calme et pondération lance son ailier Monsallier qui fait glisser la balle vers Iriondo, mais Conchy a vu la manoeuvre et intervient fort à propos. Les Sétois paraissent timorés, mais en fait, ils jouent selon leur méthode normale. C'est Hillier qui donne le ton et lance ses avants à bon escient. Pourquoi faut il que ceuxci ne sachent point shooter ? Cros botte au dessus, Benouna à côté, Iriondo au dessus également.

ZATELI MARQUE

Quand aux Marseillais, ils foncent toujours tête baissée. Alcazar sert son ami Kohut par de longs coups de pied. Nombre d'attaques échouent, cependant l'une d'elles réussit. Zermani centre, Llense s'avance, Alcazar de la tête fait passer la balle au dessus du gardien de but sétois mal placé et Zatelli d'un petit coup de pied fait rouler doucement la balle dans les filets. A la 16e minute : Marseille : 1 but ; Sète : 0.

Alcazar lance toujours Kohut. Un but de Marseille et annulé pour hors jeu. Devant la furie des Marseillais, les Sétois donnent l'impression de ne savoir que faire, mais voici Iriondo qui est bien servi ; il donne l'impression de pourvoir partir, mais il est fauché par deux Marseillais. L'arbitre siffle un coup franc contre Sète, aux 25 mètres. Iriondo le botte mais la balle passe à coté.

D'ailleurs les joueurs se chargent durement. Les Marseillais risquent souvent la pénalisation. C'est ainsi que Sète bénéficie d'un nouveau coup franc à 25 mètres. Hillier le botte au dessus. Les Sétois de temps en temps reprennent l'avantage, mais ils ne savent point conclure. Ils obtiennent deux corners coup sur coup sans résultat, puis un shoot de Koranyi, un peu mou d'ailleurs, est facilement arrêté par le gardien de but marseillais Di Lorto. A la mi-temps le score est sans changement :

Marseille : 1 but ; Sète : 0.

LA DEUXIEME MI-TEMPS

Dès la reprise, les avants Marseillais se ruent à l'attaque et Llense est très sérieusement à l'ouvrage, notamment à la suite d'une action confuse devant son but, mais le gardien de but de Sète réussit à dégager.

Le jeu se porte vers le camp adverse. Un centre de Benouna oblige Di Lorto à plonger pour détourner la balle. Un coup franc est sifflé contre Sète. C'est Bastien qui le botte avec précision. Zatelli reprend de la tête. Llense est pris à contrepied. Fort heureusement pour lui, la balle frappe la barre.

LES DAUPHINS DOMINENT

Les Sétois se décident enfin à jouer avec un peu plus d'ardeur, mais ils manquent plusieurs occasions faciles notamment en ce qui concerne Monsaillier, qui tout près du but botte dans les mains de Di Lorto. Le même Monsallier réussit peu après un joli shoot de l'aile. La trajectoire de la balle rectiligne fait impression, malheureusement la balle passe légèrement au-dessus. Hillier, le demi centre de Sète, fait l'admiration de tous, mais ses équipiers le secondent mal et sont loin de manifester la même ardeur que lui. Sur un beau shoot de Kohut, Llense fait dévier la balle très habillement. Puis les Sétois dominent. Iriondo botte maladroitement à côté, Cros expédie un beau shoot mais encre à côté.

FIN EMOTIONNANTE

Marseille cherche à gagner du temps et ses arrières dégagent presque toujours en touche. Il ne reste plus que douze minutes à jouer. La fin de la partie est émouvante et très animée. Les Sétois font des efforts répétés pour tenter d'égaliser, mais les Marseillais bien que très fatigués, répondent avec un courage désespéré. Toute l'équipe de Marseille se masse à proximité de son but. C'est l'affolement général. Malheureusement pour Sète, Hillier, au cours d'un échange violent tombe étourdi sur le sol. On le réanime, il revient en jeu, mais sans grande conviction.

Sète domine maintenant sans cesse. Un shoot de Cros passe au dessus de la barre. De plus en plus on a l'impression que les avants de Sète sont incapable de trouver le chemin du but adverse et la fin survient peu après que Di Lorto ait arrêté un dernier shoot de Bnouna.

Finalement Marseille bat Sète par 1 but à 0 et se qualifie ainsi pour les huitièmes de finale de la Coupe de France.

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Après le match

Une joie discrète, mais non déguisée, règne aux vestiaires de l'O.M. Les joueurs sont heureux, mais gardent assez de maîtrise pour ne pas extérioriser leur contentement. J'ai remarqué leur réserve et je les en félicite.

A coté, les Sétois sombraient dans la peine. Pourquoi ajouter à leur chagrin ? J'ai trouvé cela très bien, très sportif.

Bravo l'O.M. Bruhin eut un mot heureux et tout à fait touchant : " Ils ont dû être contents à Marseille". M. Blanc, ne cache pas sa satisfaction : "Un match de Coupe, nous l'avons gagné, nous sommes heureux. Mais les sétois sont très dangereux".

Cet hommage rendu au courage malheureux vient également d'un sportif : "L'O.M. sait être modeste dans le triomphe".

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A L'ECOUTE

... Nous avons vibré autant que les assistants du Parc des Princes et nous ne pouvons résister au plaisir de remercier nos confrères parisiens de Football pour leur excellente diffusion. C'est d'abord Marcel Rossini qui nous dépeint magistralement la lutte serrée dès le début ou les joueurs se marquent de très près sans songer au beau jeu.

LES JAMBES ET LA TETE

Les jambes de Zermani et la tête de Zatelli provoquent le premier, le seul, l'unique mais le suffisant but vainqueur. Il n a à peine un quart d'heure d'écoulé depuis le commencement du match. Rappelons que c'est également une "tête" de Bruhin qui fit se qualifier l'O.M. lors du premier acte. La tête et les jambes...

BRUHIN EN VERVE

Le football provençal s'avère supérieur à celui fournis lors de la première exhibition. Les Sétois avaient alors dominé et aujourd'hui, ne savent plus s'organiser. Leurs réactions sont brisées par la ligne intermédiaire olympienne ou Bruhin est le maître de la situation, Kohut applaudi aux tribunes, réussit tout ce qu'il tente. Di Lorto est l'objet des commentaires flatteurs de la part des radio-reporters.

VITE, LA BALLE PETIT

Le match a repris. C'est Pierre Junka qui parle et on entend Médan interpeller ainsi un jeune ramasseur de balles, qui, à son avis, ne se hâte pas assez. Les Sétois en "mettent" terriblement. Di Lorto, qui a troqué sa casquette contre un béret basque stoppe de rares balles quand, l'attaque héraultaise déborde la défense olympienne.

ALLEZ SETE

On perçoit, à coté du speaker, des cris d'encouragement en faveur des Sétois, qui, à dix minutes de la fin dominent terriblement. L'O.M. joue avec sept hommes en défense. C'est palpitant. Nous connaissons des bureaux où la radio fonctionnant avec l'assentiment tacite des chefs, supprima à cet instant toute activité.

GAMBARDELLA PREND LE MICRO

Ce n'est pas pour encourager son équipe favorite. Non, mais le rédacteur de l'auto supplée aux défaillances de ses collègues et nous fait vivre intensément les ultimes phases du match dont le temps est augmenté de quatre minutes arrêts de jeu pour blessure de Hlllier

BRAVO L'O.M.

Elles furent longues, les dernières minutes, Sète n'allait il pas égaliser. Non ! C'est fini. L'O.M. a gagné. Des exclamations saupoudrées d'ail entourent les auditions de Bruhin, de Di Lorto et Hillier, fatigué, qui s'incline sportivement devant le résultat. La diffusion est à peine terminée que dans les salles de spectacle, on affiche ou on annonce le résultat favorable à nos olympiens. Des éditions spéciales courent les rues. Que sera ce le jour de la finale ? P.Q.

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Sur la touche

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Après l'émouvante victoire des Marseillais, les deux capitaines sont happés à leur rentrée au vestiaire par les nombreux reporters de la rencontre.

Bruhin le grand demi-centre olympien déclare tout ému :"Ah ! ah! Nous sommes bien; bien contents, nous débordons de joie, quoique fatigués ! A nous les huîtres et le champagne ! ..." et sa voix se perd dans le brouhaha des supporters.

Huilier, plus calme quoique très fatigué aussi avoue : "Marseille a eu la chance de marquer le premier but. J'espérais bien que nous égaliserions en seconde mi-temps. C'est dommage !"

Mais il s'incline sportivement devant la loi de la Coupe.

Di Lorto souriant et frais reconnaît qu'il a eu moins de travail que la première fois. Et peut être le regrette-t-il un peu.

M. Gambardella commente ainsi la partie : "Les matches de Coupe se suivent ... mais ne se ressemblent pas. Les Olympiens ont fait preuve aujourd'hui de plus d'allant, de fougue, de vitesse et si ce sont à peu près, les mêmes hommes que la première fois, ils ne sont plus dans la même condition physique et morale. En un mot leur dynamisme supérieur à triomphé.

Enfin M. Mario Brun, tout en reprochant aux Sétois leur lenteur dans la surface de réparation, conclut : "beau spectacle pour les Parisiens que cette partie émouvante et jouée sans incorrection par les deux équipes. Marseille plus volontaire et plus actif a su s'assurer le premier but. Mais le miracle du 5 janvier ne s'est pas reproduit, le 16, Sète n'a pas pu arracher l'égalisation, mais à fini en beauté.

Albert MIRANE

   

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