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Résumé du Petit Provencal

du 06 mai 1935

L'APOTHEOSE DU FOOTBALL NATIONAL

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MARSEILLE GAGNE LA COUPE DE FRANCE

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Les Rennais, battus par 3 buts à 0 avant le repos, opposent une opiniâtre

défense à nos valeureux olympiens infiniment supérieurs

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Les Marseillais, égalant le record du Red-Star de Paris, inscrivent pour la quatrième fois

leur nom au palmarès de la classique compétition

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La défaite des Rennais

...des rouges rennais, bien entendu, par nos blancs olympiens. Nous sommes loin ici du sport électoral ou sur le plan politique deux millions de candidats sollicitaient plus de onze millions d'électeurs.

La défaite des rouges rennais, donc, nous l'écoutâmes à la radio, loin des privilégiés qui emplirent d'abord les trains spéciaux pour Paris et ensuite le stade de Colombes. Nous ne le regrettons pas. Sans l'inconvénient du voyage est aussi sans ses désagréments nous vibrâmes à l'écoute de la prose ultra-prolixe de notre excellent confrère parisien Dehorter.

Il nous dépeignit de maîtresse façon le vert gazon du terrain de jeu a peine respecté par la foule immense des spectateurs, les juniors rennais vainqueurs par 5 à 1 de ceux du Red Star. Présage ? Non, seulement pour nous. L'arrivée du président de la République, la sonnerie "Aux champs" par la musique militaire dont le parleur inconnu n'a pu quelquefois nous donner le numéro du régiment. " La "Marseillaise" écoutez debout par tous, sauf par ceux qui étaient au micro. Le ciel gris, le temps plutôt chaud. Nous avons su tout cela.

Puis, le match que nous laisserons écrire tout de même par notre correspondant parisien. Mais nous vécûmes intensément les attaques olympiennes, les réactions des Bretons et enfin, plus tardivement les buts successifs de Roviglione, de Kohut et Eisenhoffer. Notre équipe spécifique du jeu de coupe avait marqué ses désormais classique trois points. Nous respirâmes, tandis que là-bas, au stade, les applaudissements de nos supporters ébranlaient le haut-parleur.

Le parleur inconnu, qui n'est pas du Midii puisqu'il attribue L'O.M. à la Côte d'Azur, n'éxagerait-il pas en disant que les bras des spectateurs se dressaient tellement pour clamer leur joie qui semblait se détacher du tronc?... Rendant hommage à Dehorter encore qu'il ait crédité à Rennes d'un but pendant quelques minutes...

Ce que les assistants du match n'ont pas vu ni entendu ce sont les paroles du capitaine de Bonneville, dirigeant du stade rennais, exhortant les gens de Bretagne, de Cornouailles et d'Armor à la confiance. Hélas encore, on était à la mi-temps et le 3 à 0 étaient acquis. À la fin du match, Rabih croyons-nous, éprouva le besoin d'envoyer un salut amical en sabir à ses compatriotes. Il était le plus qualifié, quoique n'ayant pas joué, pour extérioriser sa joie. Dans le brouhaha final, nous crûmes entendre annoncer, pour aujourd'hui, le retour de l'O.M. Nous saurons à la gare, ce soir, à 19 heures. -- P.Q.

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Avant le match

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Paris, 5 Mai.

Bien avant l'heure fixée pour le grand choc le stade grouille d'une foule impatiente dans l'attente. Les juniors du Red Star Olympique se mesurent à ceux du Stade Rennais champion de l'Ouest. L'enceinte se garnit rapidement malgré la menace d'un ciel lourd, chargé d'orage. Le soleil n'a pas voulu participer à cette fête du football. Il boude, laissant par instants percer ses rayons qui projettent sur le terrain une note gaie et rieuse. Les Bretons sont nombreux, ceux de Paris et les autres qui ont pu effectuer le voyage, malgré les exigences de la politique.

Première constatation, donc et qui n'étonnera personne, la Coupe de France n'a évidemment rien perdu de l'incomparable prestige qui s'attache a son nom. Des files interminables de véhicules de toutes sortes affluent de bonne heure.

Devoir civique et devoir sportif

Car plus favorisés que nos concitoyens, les Bretons ont pu, avant de quitter leur Bretonne native, accomplir leur devoir civique. Sollicitée, la Fédération n'a pu changer la date de la finale. Elle a seulement consenti à retarder d'une demi-heure le début du match. Ainsi la Bretagne sportive a pu concilier ses obligations civiques avec son devoir sportif. De ce fait les partisans rennais sont beaucoup plus nombreux. Je ne pense pas que cela influe grandement sur la tenue du onze olympien

Dans les vestiaires

Une visite aux vestiaires n'est pas chose aisée. Malgré les consignes, les barrages, je parviens à pénétrer dans le sanctuaire qui abrite les futurs acteurs du dernier acte de cette belle compétition nationale. Visite de courte durée pendant laquelle je me garde bien de solliciter des impressions. Le moment n'est pas propice aux interviewés.

Côté Marseille, la confiance règne, mais une confiance sans exagération. Chez les Bretons, on sent une volonté farouche, un ardent désir de démontrer que la chance seule n'a pas favorisé leur qualification.

Des deux côtés, le silence, le recueillement mêlé, malgré tout, à un peu de nervosité. L'enjeu est tellement grand.

Un service d'ordre imposant canalise la foule vers les guichets du stade. Les gardes à cheval constituent une barrière infranchissable aux ruées et aux assauts de cette foule qui, toujours plus dense, assiste à la finale de la Coupe.

Cependant, d'autres à pied font la haie sur le passage qu'empruntera le président de la république pour se rendre au stade.

Les personnalités

A 15 h 20, le président de la République arrive au stade accompagné du commandant Colette, de sa maison militaire. Il est reçu par M. Rimet, président de la Fédération et les membres du Bureau. Sony présents, MM; Henri Paté ; Tricais Gravon, sous secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil ; Dard président de l'O.M. ; Modorico président du Stade Rennais ; Colliard, Abelly, Guichard, directeur de police municipale ; Davy recteur de l'Universitéde Rennes ; colonel Legros, directeur de l'école de Joinville.

Les équipes

O.M. : Di Lorto, M. Conchy, H. Conchy, Charbit, Bruhin, Durand, Zermani, Eisenhoffer, Roviglione, Alcazar, kohut;

Stade Rennais : Collet, Rose, Pleyer, Laurent, Volante, Garde, Rouxel, Bocco, Bernasconi, Chauvel, Cahours.

La partie

Au moment ou la partie commence le soleil à définitivement percé la brume qui faisait peser sur Paris un plafond d'ombre. Ainsi nous aurons pour cette finale un ciel tout à fait méditerranéen.

Les équipes pénètrent sur le stade follement ovationnées. Le cérémonial habituel se déroule dans le silence. M. Lebrun serre la main aux joueur, échange de fanions et bouquets, tirage au sort, la partie s'engage. La Coupe de France 1935 s'achemine vers l'histoire. L'O.M. gagne le toss, Rennes donne le coup d'envoi.

Le jeu s'engage et demeure un bon moment vers le centre, puis une attaque sérieuse de Rennes échoue à la faute de Rouxel, qui laisse passer une balle facile. Eisenhoffer contre-attaque, mais Rose intercepte. Sur le renvoi, Chauvel amorce une offensive que Bruhin arrête. Il sert Alcazar qui lance vainement Kohut, Rose intervenant fort à propos.

Un dégagement de Di Lorto repris par Eisenhoffer permet à Roviglione de shooter. La balle passe largement au-dessus. Peu après, Alcazar utilise de la même façon un centre de Kohut cependant bien ajusté.

Le premier moment de surprise passé l'O.M. organise son jeu et prononce quelques attaques. Cependant Rennes ne se laisse pas imposer la tactique adverse et réagit même avec brio. Un coup franc pour les Marseillais ne donne pas de résultat. Peu après c'est au tour des Bretons de bénéficier de la même pénalité. Di Lorto dégage et lance Zermani arrêté par Pleyer d'une façon brutale. Nouveau coup franc qui donne à Zermani l'occasion d'attaquer. Alcazar et Roviglione partent à la conquête de la balle et se gênant laissent passer une excellente chance de conclure. C'est le troisième shoot qui est raté par les Marseillais.

Mais nos Olympiens s'installent dans le camp breton ou la défense aux abois fait feu de toutes ces pièces. Kohut, Alcazar, Zermani bottent sans succès. Cependant, une échappée dangereuse se produit par l'intermédiaire de Rouxel qui envoie dehors. Les réactions bretonnes sans être dangereuses sont cependant sérieuses. Un hors-jeu arrête net Bernasconi qui s'apprêtait à shooter. Ensuite Roviglione fonce, sert Alcazar dans le trou et c'est un shoot de nouveau à côté. Pepito est plutôt malheureux aujourd'hui. Par contre Di Lorto arrête superbement un autre shoot de Rouxel devant trois adversaires très décidés. Peu après Di Lorto réédite le même exploit. Cette réaction bretonne va-t-elle durer ? C'est possible. En tout cas L'O.M. réplique du tac au tac et Kohut voit sa course arrêtait in extremis par Rose.

Après demi-heure de jeu contre toute attente la partie est demeurée très égale. Jusqu'ici le résultat est incertain. De fait Rennes fournit une exhibition autrement supérieure que contre Fives en demi-finale. Un moment menacé l'O.M. se réorganise et attaque. Alcazar oblige Collet à mettre en corner. Une faute de Durand nous vaut coup franc à 20 mètres. Boté durement par Rose il est stoppé par le rideau formé par les joueurs de l'O.M. massés devant les buts. Et toujours le jeu est égal avec des avantages partagés.

Les lignes de demis se prodiguent et reste à savoir celle qui aura assez de ressources pour continuer la rencontre à l'allure engagée. Mais la vitesse de l'attaque marseillaise se manifeste dangereusement. Un service de Bruhin atteint Kohut qui centre, Roviglione gêné ne peut shooter alors que Collet était battu.

La pression olympienne s'accentue mais ne produit le résultat escompté. Au contraire, sur une échappée de toute la ligne bretonne, Bernasconi place une tête au-dessus. Sentant le danger, les joueurs marseillais activent l'allure. Eisenhoffer, véritable tacticien de l'équipe, déplace Zermani qui ne peut assurer le contrôle de la balle. Charbit le supplée, centre et Roviglione marque sans opposition.

O.M. : 1 ; Rennes : 0.

Mis en confiance, l'O.M. continue sur sa lancée et joue nerfs moins tendus, semble-t-il. Aussi le résultat ne se fait pas attendre. Sur faute de Cahour, Charbit s'empare de la sphère, sert Zermani qui feinte, déplace sur Kohut qui, d'un shoot puissant, bat de nouveau Collet. O.M. 2, Rennes 0.

La contre-attaque qui suit cet exploit permet à Di Lorto de faire montre de ses qualités. Puis de nouveau l'O.M. attaque et Kohut place une droite dans la main de Collet, après qu'Alcazar, de 20 mètres, ait placé à côté. Les Bretons semblent désemparer. L'O.M. en profite pour accentuer l'allure. Les attaques se multiplient, un cafouillage se produit devant les buts de Rennes et finalement Laurent rentre la balle dans ses filets. O.M. 3, Rennes 0.

La mi-temps est sifflée peu après.

Que nous réserve les quarante-cinq minutes suivantes ? Dès le début, L'O.M. attaque par Zermani, mais le centre de ce dernier est raté par Eisenhoffer, qui ne cache pas son désappointement. La balle, immédiatement dégagée, échoit à Rouxel, qui de l'aile, place de peu au-dessus. Le renvoi est favorable au Phocéen qui, de nouveau, envahissent le camp breton, où Kohut, dernier possesseur de la balle, place également bien au-dessus de la barre transversale. Désormais, à peu près tranquilles sur le résultat final, les Olympiens essaient de pratiquer un jeu agréable. Ils y parviendraient si les Rennais n'entravaient leurs combinaisons part de longs dégagements qui heureusement, ne sont pas repris par les ailiers franchement maladroits.

Par contre, l'O.M. se montre dangereuse à chaque attaque. Di Lorto participe à de rares instants, très rares d'ailleurs, à la jolie exhibition phocéenne. Un coup franc sifflé à contre-sens soulève l'ire populaire et n'était qu'un hors-jeu de Chauvet, Volante aurait battu Di Lorto. Les marseillais font maintenant preuve de nonchalance et naturellement Rennes met à profit ce détachement que nous voulons croire momentané. L'arbitrage quelque peu fantaisiste de M. Leclercq, soulève à nouveau le mécontentement d'un public qui, un moment partial, dispense également ses encouragements. Enfin Marseille secoue sa torpeur. Collet est bombardé de balles et c'est miracle que la marque reste inchangée.

En fait, du côté rennais, rien de sensationnel. Un désir évident de bien faire, mais absence de moyens. Rose abandonne la défense et passe avant centre. Le jeu languit, la partie est, semble-t-il jouer. Cependant, Rose, très en vedette, vient inquieter Di Lorto. Il faut tout le brio de celui-ci pour empêcher l'avant-centre de marquer. Un peu plus tard, sur corner, même intervention efficace du portier phocéen. Eisenhoffer passe arrière, Kohut inter et Henri Conchy extrême gauche. Jusqu'à la fin cette formation restera inchangée, de même le résultat que Marseille n'a pas voulu aggraver et que les Rennais ont essayé d'améliorer. J'ajoute qu'avec Rose au poste d'avant-centre, l'espoir breton faillit se changer en réalité. La fin est sifflée sur la victoire largement méritée de l'Olympique de Marseille.

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Appréciations

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Ainsi une fois de plus l'Olympique remporte la Coupe de France. Mais avant toute chose, il est important de souligner que la partie qui consacre la supériorité des Phocéens ne fut pas tant s'en faut aussi périlleuse, aussi dangereuse que les deux rencontres qui lui permirent de se qualifier. 

Il importe maintenant de savoir comment nos concitoyens acquirent la victoire. On sait qu'elle se manifesta au cours de la première mi-temps grâce à une action plus liée, plus soutenue, à une plus grande technique surtout. Malgré la résistance opposée par les Bretons, il ne faisait pas de doute que le succès était à la portée de nos amis olympiens. Accentuant leur pression, tout en paraissant ménager leur effort, ils fatiguèrent, usèrent leurs adversaires qui, après demi-heure de jeu devait s'avoue vaincu. Tel le boxeur qui sans cesse harcelé par son rival, résiste aux attaques, riposte quelquefois, il relâcha son action comme le pugiliste petit à petit baisse sa garde par fatigue. De fait en peu de temps l'O.M. marqué trois buts décisifs, victorieux. Ces trois buts consacraient à la supériorité olympienne sur une formation, certes valeureuse, pleine de courage, mais vraiment trop inférieur.

Au cours de la première mi-temps, car nous ne parlerons pas de la deuxième qui meubla le match d'épisode tout simplement modestes, il nous fut donné d'admirer le jeu plein d'allant et d'autorité de Kohut. Malgré Laurent qui s'attacha à lui comme une véritable arapède, il accomplit des promesses qui laissaient ses opposants sur place. Mais il dut se de se faire valoir aux qualités transcendantes de Eisenhoffer, véritable tacticien, animateur incontesté du onze olympien. Ce cerveau de l'équipe multiplia ses ouvertures, sut attirer à lui la défense adverse afin de faciliter la tâche de ses coéquipiers. Quand Eisen était en possession de la balle, la crainte entrait du même coup dans le camp breton.

Bruhin, également accomplit un labeur digne d'éloges. Supérieure dans le jeu de tête, il fut constamment sur le chemin que suivaient les avants opposants. L'O.M. tient en Bruhin un pilier dont j'avais signalé la puissance et efficacité en temps voulu. Charbit fut lui-même. Son titre de capitaine n'est pas usurpé et aux qualités morales il joint des qualités physiques qui en font un footballeur de grande valeur. Durand avait pour excuse d'opérer à une place qui ne lui est pas familière. Il accomplit néanmoins sa besogne avec conscience et assez de bonheur, mais je n'en dirai pas autant d'Alcazar. Pepito n'était certainement pas en forme parfaite. Sa conjugaison avec Zermani, par trop d'intermittence, plongea trop souvent dans l'ombre l'aile droite olympienne. De plus il versa dans le double travers de manquer et d'abuser de l'opportunité. Grâce à lui, ou pour mieux dire par sa faute, Roviglione manqua un but facile sans aucun doute. Ce dernier dont l'extrême vitalité est connue de tous, ne négligea pas sa peine, bien au contraire. Constamment en flèche, il se fut pour Rose et Ple yer un danger constant.

La défense, Di Lorto compris, quelquefois bousculée, acculée, se tira à son avantage des situations mêmes critiques. Victoire amplement méritée de L'O.M.

Que dire des vaincus ? Ils s'opposèrent aux assauts de l'Olympique avec une abnégation, mais aussi un courage qui reçut sa récompense jusqu'à la trente-quatrième minute. Ensuite la pression olympienne porta ses fruits. De tous les joueurs rennais, Volante fut naturellement le meilleur. Mais que pourrait-il faire devant les vagues d'assaut qui, sans cesse, déferlaient vers les buts de Collet. Il essaya, il y parvint d'ailleurs plusieurs fois d'amorcer des attaques ; il lança ses ailiers, servit Bernasconi, participa efficacement à l'attaque, mais sans succès.

Après lui, Rose constitua à lui seul un sérieux rempart aux offensives olympiennes. Mais la volonté s'effrite, le courage s'émousse, la résistance faiblit à la longue.

Dès avants, peu de choses sauf qu'ils ne furent pas à la hauteur de leur tâche. Pris constamment de vitesse et bridés par une ligne de demis active et décidée, ils laissèrent leur chance loin, bien loin des buts gardés par Di Lorto.

La victoire amplement méritée de l'O.M., couronne justement une saison particulièrement brillante. Plus heureux que l'an dernier, les Olympiens revoient à nouveau la Coupe rejoindre les bords ensoleillés de notre belle Méditerranée.

M. RAFFAELLI

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Résumé du Petit Marseillais

du 06 mai 1935

 

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