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Résumé Le Provencal

du 30 mai 1976

 

  O.M. : PARIS JE T'AIME

  PUNCH RETROUVE et 12ème finale pour

les Olympiens vainqueurs de Nancy (4-1)

PARIS - Nous voyons de là les réactions des supporters marseillais en apprenant cette sensationnelle victoire olympienne, 4-1 sur Nancy, c'est net, sans bavure, incontestable et pourtant surprenant, nous vous l'accordons sans peine.

Mais c'est bien dans la manière de cette équipe marseillaise que depuis la plupart le départ de la saison a soumis souvent son public au régime de la douche écossaise.

Contre Lyon, Nantes, Strasbourg, Sochaux, on avait vu le pire. Hier soir, face à Nancy, on a vu le meilleur. Nous ne trouvons pas d'autre explication à ce succès obtenu à la force du poignet, défendu bec et ongles. N'ayons pas peur de dire non plus que si l'O.M. avait affiché pareille disposition en d'autres circonstances il aurait pu être également candidat au titre de champion de France. Mais ne soyons pas trop gourmands. La finale de la Coupe ça vaut bien un large coup d'éponge sur les erreurs passées. À condition bien sûr d'en tenir compte.

UN O.M. SÉDUISANT

On sait dans quel état d'esprit l'O.M. avait abordé la rencontre. Avec le forfait de dernière heure, ou presque, de Migeon, l'équipe marseillaise avait du pourvoir au remplacement de son gardien. Il serait malvenu pour Charrier de parler de handicap, mais le sympathique René sait très bien lui-même que ces sortes de contre-temps influent souvent sur le moral de l'ensemble.

Heureusement qu'il n'en fut rien. L'O.M., hier soir, était déterminé à redresser la tête. Et les premières minutes nous laissaient entrevoir une équipe pas géniale, mais du moins appliquée et jouant un football sérieux. Bref, une formation qui n'avait rien de commun avec celle qui avait déçu ses plus chauds supporters lors des dernières rencontres.

Le fait était d'autant plus notable que le Parc des Princes hier soir était voué à la cause nancéienne. En deux mots, on ne mit pas longtemps à comprendre que l'O.M. devrait se résoudre à jouer ce match à l'extérieur. On était loin notamment de la ferveur de 72, où la chorale des supporters marseillais avaient nettement pris le pas sur son homologue bastiaise. Ce qui n'est pas peu dire. Autres temps, autres moeurs, mais là encore l'O.M. n'eut pas l'air de s'en soucier outre mesure. Mieux, il n'allait pas tarder à mettre les rieurs de son côté.

LE PLUS BEAU BUT DE LA SAISON

Alors que Nancy, comme à son habitude, faisait donner sa cavalerie légère avec élégance, les Olympiens, pour une fois, allaient faire valoir leur efficacité.

À cela une raison majeure, à notre sens : la détermination de l'ensemble. Et aussi Fernandez, qui avait eu la charge de marquer Platini, s'acquittait fort bien de sa tâche, et l'O.M., du même coup, pouvait contenir beaucoup plus aisément les assauts de Nancy, privé en grande partie des services de son stratège.

Il n'en reste pas moins que les Marseillais allaient se signaler par un véritable coup d'éclat. Au départ de l'action Bereta, très actif, dans l'ouverture en profondeur trouve Noguès. Tout le monde, et notamment la défense nancéienne, croit que Raul va alerter son compère Yazalde, mais Noguès croise pour Boubacar, qui, sur le côté opposé, arrive à toutes jambes. Le brun attaquant, sans contrôle, déclenche un formidable boulet de canon qui s'enfonce littéralement dans la cage de Moutier.

C'est le plus beau but olympien de la saison, qui vaut à l'O.M. à la fois de se libérer et de mener à la marque. Du point de vue psychologique, avouons-le, c'est très important.

LA SAISON EST SAUVÉE

Pour la petite histoire, il faudrait tout de même dire que Yazalde, cinq minutes plus tard, eut la balle du deuxième but au bout du pied. À ce moment, seul devant Moutier, sur un centre impeccable de Boubacar, il manqua la réception, et aussi le K.O. de l'adversaire. Vous savez déjà que cela n'eut aucune incidence sur le résultat, mais, vous pouvez nous croire, les nerfs de la délégation marseillaise tout entière en prirent un sérieux coup, par la suite, quand Platini obtient l'égalisation en deuxième mi-temps. Et chacun finalement, en fut quitte pour la peur.

Yazalde se racheta aussitôt, avant de laisser à Boubacar le soin de ruiner les espoirs nancéiens. Bereta, pour sa part, porta le coup de grâce à la toute dernière minute. Il était dit, vous le voyez, que l'O.M. devait jouer la finale de la Coupe de France.

Quoi qu'il arrive désormais, les Olympiens auront sauvé leur saison. Sans doute avaient-ils été sensibles aux critiques après leur piètre performance que l'on connaît ; il faut croire, alors que les observateurs n'avaient pas rendu un mauvais service du tout à leurs joueurs.

Ces mêmes observateurs, qui sont d'ailleurs unanimes aujourd'hui à vanter les mérites de l'O.M. Une équipe, en somme, qui vient de démontrer qu'elle valait beaucoup mieux que ses récents résultats. La preuve, deux fois battu en championnat sur le score de trois à un par le même adversaire, l'O.M. a renversé sans bavure la situation en coupe.

Donc, quand il veut, il peut. C'est ce que nous voulions rappeler en terminant cet article.

L'esprit de corps, l'abnégation, la volonté, étaient hier soir l'apanage des Olympiens. Voilà encore la démonstration que ses qualités existent. C'est à partir d'elles désormais qu'on peut, qu'on doit, préparer la finale est bien sûr la prochaine saison.

Jean FERRARA

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  "En plein coeur de l'objectif"

Faut-il préciser qu'il régnait une ambiance absolument indescriptible dans les vestiaires olympiens !

L'on se pressait, l'on se marchait presque dessus, tant étaient nombreux ceux venus congratuler les héros du jour. Parmi les visiteurs inhabituels, Jean Sadoul, président du groupement qui nous confiait : "Je trouve qu'on a été très injuste avec l'O.M. cette année. Le voilà en finale de la coupe, alors qu'en championnat, en dépit d'un classement moyen, il demeure le club ayant remporté le plus de victoires".

Tandis que le président Meric était venu prendre des nouvelles de Platini et réconforté les parents de ce dernier, M. Heuillet, vice-président, déclarait à qui voulait l'entendre :

"Certes, on n'est jamais sûr de rien, mais j'étais bien certain d'être dans le vrai, lorsque j'ai déclaré que la défaite devant Sochaux n'aurait aucune conséquence. Les joueurs ne pensaient qu'à la coupe et il avait raison. Le championnat n'ayant plus importance lorsqu'on a la possibilité de disputer une finale. Ce soir, ils ont fait amplement ce qu'ils avaient à faire en marquant à quatre reprises et en plaçant quatre tirs sur la barre. En demi-finale de coupe ce n'est pas si courant que cela".

À son tour, Jules Zvunka renchérissait :

"Si nous sommes 7 ou 8ème en championnat, c'est peut-être à cause de la Coupe ; nous ne participons pas au sprint final, mais la coupe, elle, nous réussit...

Je crois que nous avons pris les Nancéiens comme il convenait de le faire en les laissant venir pour mieux les surprendre en contre. C'est la tactique qu'ils avaient employée à deux reprises contre nous et il était juste que nous leur rendions la monnaie de leur pièce.

D'autant que c'est un système de jeu que nous convient fort bien. La finale contre Lyon (qui précisons-le sera arbitré par M. Wurtz) constituera sans nul doute une forte belle empoignade. Ne sommes-nous pas tous deux, les habitués de ces grands rendez-vous ? Je souhaite voir une finale très pleine et espère bien sûr et retrouver à travers elle la Coupe d'Europe. Nous sommes désormais au bord de l'objectif qui avait été visé et c'est bien réconfortant après les heures plus ou moins pénibles que nous avons vécues ces derniers temps. Certes, nous avons fait de mauvais matches, mais l'important n'est-il pas de gagner ceux qui sont décisifs".

Alain PECHERAL

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Le président CUNY : "Une victoire

marseillaise indiscutable"

On regrettait, bien sûr, la défaite dans le camp nancéien, mais on faisait en même temps preuve d'un extrême fair-play.

"La victoire marseillaise est parfaitement méritée et ne se discute pas, estimait le président Cuny. On ne marque pas quatre buts sont prouver quelque chose. Les Marseillais nous ont avant tout battus grâce à leur métier. Ils ont su résoudre cette fois, le problème que nous leur avons posé lors de nous deux rencontres de championnat.

"Cependant le départ de Platini (assez sérieusement touché, on redoutait hier un traumatisme) a constitué un tournant du match".

"Je suis extrêmement déçu, déclaré de son côté Ange Di Caro. La possibilité de jouer en finale est une occasion qui, parfois, ne se répète pas. C'est terrible de passer ainsi si près de la consécration. Évidemment, à tout prendre, je préfère être éliminé par l'O.M. que par un autre, mais c'est une bien maigre consolation".

A.P.

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Ce sacré football

Un football que l'on n'espérait plus et voilà ! C'est ça, la Coupe...

Cet O.M. voué aux gémonies, décrié - à juste titre, d'ailleurs - se retrouve pour la 12e fois de son histoire en finale de l'épreuve-reine.

Ainsi, vont les choses du football, ainsi vont les choses de la Coupe qui transcende les moribonds et fait d'un navire prenant l'eau, une des équipes vedettes de l'année.

Car, quoi qu'il arrive désormais, l'O.M. aura pris place dans les archives 76 en participant au dernier round du 12 juin. Rencontrera-t-on ce soir-là des visages aussi hilares dans les vestiaires olympiens ? C'est évidemment une autre histoire. Une histoire dont nous avons le temps de reparler.

Sachons nous contenter de ce bonheur d'un moment. Bonheur que même les plus chauds oméhiste se prenaient à ne plus oser espérer. Sur les grands boulevards, dans le métro, hier après-midi, tous les calicots étaient rouges et blancs et vantaient les mérites de l'A.S.N.L. Les Marseillais eux, étaient noyés dans la grande file, comme ils étaient perdus, quelques heures plus tard dans l'immensité d'une arène copieusement garnie et ayant pris fait et cause pour les Lorrains.

Marseille est saturée de football, quand Nancy en est vide. Éternel mouvement cyclique des clubs qui ne goûtent vraiment le paradis qu'après avoir vécu un enfer.

Quoi qu'il en soit, l'enfer n'a pas été pour les Marseillais : Trésor et ses camarades ont sauvé leur saison, une saison sans à-coups, mais n'échappant que rarement à la morosité. Sans doute ont-ils éclairci aussi l'avenir immédiat du club. Pour le reste, on se montrera plus circonspect. Car le grand danger serait maintenant de caresser sur la foi de cette seule performance, des rêves un peu fous partant encore et toujours d'Europe et de super-vedettes.

Le chemin et immensément long encore qui mène à la sérénité. Si l'on venait à l'oublier, mieux sans doute eut valu s'incliner hier soir. Car, même si l'on dit en coupe "A chaque tour, suffit sa peine", l'éventuelle apothéose au Parc ne devra pas faire oublier les chemins tortueux qui y ont conduits.

Cela dit, sur les milliers de clubs qui, depuis septembre, ce sont entre-battus pour la conquête du trophée, deux seuls demeurent en ligne de et l'O.M. et parmi eux.

Ne boudons pas notre plaisir, donc... mais, gardons tout de même les pieds sur terre.

A.P.

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MICHEL PLATINI COMMOTIONNÉ

Michèle Platini, mis k.o. dans un choc avec Marius Trésor, alors qu'il venait d'égaliser pour Nancy (58e), a eu quelque peine à retrouver ses esprits. Et les dirigeants ont décidé de le conduire dans un hôpital parisien, afin de lui faire subir une radio.

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Les réponses aux questions

que vous vous posez

1. - Pourquoi Charrier a remplacé Migeon au dernier moment ?

C'est, bien sûr, une question qui risque d'alimenter les complémentaires après la victoire olympienne.

Eh bien, Gérard Migeon avait été tout simplement la victime d'une attaque d'angine qui l'avait prise à la veille même de la rencontre.

Ce fut à ce point violent qui ne put même pas assister à la demi-finale de la Coupe et donc à la victoire de ses camarades. Avec 40 degrés de fièvre et la mort dans l'âme, il avait dû garder la chambre. Les dirigeants olympiens ont eu tout juste le temps d'alerter Charrier, hier matin, qui prit en toute hâte l'avion pour rejoindre l'équipe à Saint-Germain-en-Laye.

2. - Quel était l'ambiance de cette demi-finale ?

On peut également s'interroger sur ce point, car cette rencontre, au demeurant, ne semblait guère soulever les passions. L'impression était d'ailleurs confirmée à quelques minutes du coup d'envoi, les places du Parc des Princes étaient loin d'être toutes occupées.

Mais il faut croire que les Parisiens ont tout de même été sensibles à l'affiche, puisqu'au fil des minutes les gradins se remplissaient d'une telle manière que l'assistance approcha les 40.000 spectateurs. On notera que la chorale nancéienne était alors beaucoup en voix que son homologue marseillaise.

Mais cela n'a pas suffi, vous le savez, pour barrer la route de la finale à onze Olympiens au moral et au punch retrouvés.

3. - Quel jugement porter sur l'arbitre M. Konrath ?

Le directeur de jeu distribua trois avertissements en cours de rencontre, mais, on doit le dire, son attitude a permis au jeu de ne pas dégénérer et de rester toujours dans la manière correcte. Par ailleurs, M. Konrath n'eut aucune incident sur le résultat final, c'est-à-dire qu'il a dirigé les débats de façon honnête et objective.

4. - Que penser avant l'art final du 12 juin ?

Il est certain que cette victoire à sensation obtenue hier par l'O.M. sur Nancy, un adversaire qui ne lui réussit guère jusqu'alors, va augmenter le moral de l'équipe et aussi de ses supporters. On sait que le rival de la finale est l'Olympique Lyonnais. Un ensemble dont le moins qu'on puisse dire est qu'il sait se montrer la lui aussi redoutable quand il le veut.

Mais l'O.M. a démontré, hier soir, qu'il était désormais capable de tous les espoirs. Disons, alors, que la finale se présente sous les meilleurs auspices. En deux mots, il faut encore un petit effort de la part de tous pour que la saison soit non seulement sauvée, mais encore à marquer d'une pierre blanche. Comme il se doit.

J.F.

 

 

Debout de gauche à droite : Trésor, Zvunka, Bracci, Lemée, Charrier, Fernandez.

Au premier rang : Nogues, Boubacar, Yazalde, Buigues, Bereta.

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