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Résumé Le Provencal

du 28 avril 1977

 

ON A RETROUVE L'O.M.

 Triomphe du rythme et de la jeunesse

Il n'y a pas de secrets en football. Cette victoire de l'O.M., la plus belle sans doute de la saison, fut celle de toute une équipe dont les joueurs, sans la moindre exception, manifestèrent de bout en bout une véritable soif du ballon. C'est la base, c'est la source du jeu.

Privés de ballon, littéralement étouffés par le rythme imprimé à la partie par les jeunes olympiens, les Chiesa, Lacombe, Mariot, en seconde mi-temps, et autres Spiegel n'eurent que des réactions sporadiques.

Nous avons bien dit les jeunes car, si Bracci, Noguès, Bereta et Baulier apportèrent leur expérience en prime, ce sont les autres, les Bouze, les Bacconnier, les Martinez, les Florès, les Zlataric à qui revient le principal mérite de ce réconfortant succès.

Il y eut même beaucoup mieux : mise en confiance par leur réussite, par leur indomptable allant, les Olympiens nous administrèrent la preuve qu'ils pouvaient aussi pratiquer un jeu harmonieux et mordant à la fois.

Cette soirée du 28 avril représente une date dans l'histoire actuelle de l'O.M. : on a réentendu le public crier : "L'arbitre au poteau" et le traditionnel "Nous avons gagné".

L'O.M. est maintenant quasiment certain de ne pas descendre en deuxième division. Mais, hier soir, on a peut-être découvert en plus la base d'une véritable équipe, sans que l'on soit obligé d'aller chercher d'autres joueurs dans tous les coins de l'hexagone ou de l'Europe.

Cette équipe, par sa victoire sur Lyon, nous a fait un très grand plaisir. Il reste à continuer sur cette brillante et efficace lancée. Elle semble en avoir les moyens. Pourquoi ne pas lui faire confiance ?

FLORÈS FRAPPA DEUX FOIS

La première mi-temps nous avait valu un très bon spectacle, le meilleur au stade vélodrome depuis un certain temps. Face à une équipe de Lyon très prudente, ne laissant que Lacombe et Chiesa en attaque, les jeunes de l'O.M. avaient fait l'essentiel du jeu.

Pourtant, dès la 3e minute, sur coup franc pour Lyon, Domenech servi en deuxième position, avait irrésistiblement battu Migeon d'un gauche meurtrier. Un tel exploit pour ce joueur, devenue la bête noire de toutes les équipes de France, même quand, comme hier soir, son comportement est celui d'un gentleman. Mais l'O.M. n'allait pas tarder à réagir.

Dès la 10e minute, Flores profitant d'une hésitation de la défense lyonnaise, trompait habilement De Rocco, sous un angle pourtant relativement fermé. C'était l'égalisation et la sarabande olympienne continuait devant une équipe de Lyon jouant systématiquement le contre. Et l'inévitable se produisit à la 30e.

Sur un corner tiré par Zlataric, Noguès reprenait de la tête, le ballon était repoussé en catastrophe vers Florès qui marquait en force. 2 à 1 pour l'O.M. à la mi-temps : c'était logique, sur l'ensemble de ces premières 45 minutes.

NOGUÈS POUR LA TROISIÈME FOIS

Lyon ayant fait rentrer à la mi-temps son ailier virtuose Mariot, on pouvait redouter que l'O.M. n'accusa la fatigue de sa trop généreuse première mi-temps. Il n'en fut heureusement rien et après un départ en toute vitesse des Lyonnais bien contenus d'ailleurs par la défense olympienne, le jeu continua à s'équilibrer.

Nous devions assister à une deuxième mi-temps égale à la première par la qualité du jeu et l'intensité.

Bien que très prudent, voulant protéger son petit avantage, l'O.M. n'en était pas moins offensif. Ces bonnes dispositions faisant suite à une série de combinaisons très bien menées se traduisirent par un nouveau but à la 75' minute.

Sur un coup franc tiré de la gauche, Bereta trouva la tête de Noguès et ce dernier, dans le style acrobatique qui est le sien, trompa De Rocco.

En trois matches consécutifs : finale de la Coupe, match "aller" à Lyon et "retour" hier soir, c'est la troisième fois que Noguès bat De Rocco.

Le dernier doit certainement faire des complexes quand il a devant lui l'Argentin de Marseille. En fin de match, Emon était entré à son tour, l'O.M. se paya même le luxe de faire courir le ballon au nez et à la barbe des Lyonnais et l'on peut même penser que le score allait être aggravé. Il n'en fut rien, mais cette victoire extrêmement méritée fera le plus grand bien, non seulement à l'équipe elle-même, mais encore à son entourage : dirigeants, recruteur est bien entendu supporters.

L'EFFICACITÉ DE FLORÈS

Nous avons déjà écrit en début d'article que cette victoire était essentiellement collective et que les jeunes y avaient pris une très grande part.

On ne saurait cependant sous estimer le rôle tenu par Bracci en défense et Bereta en attaque.

Le grand Bracci, pour ne fois, sut se montrer très sobre et il n'en fut que meilleur. Il fut le véritable chef de la défense.

Quant à Bereta, il lui suffit d'être entouré de jeunes capables de se battre pour récupérer le ballon pour que l'on puisse retrouver de temps en temps le grand joueur que nous avions connu sous les couleurs de Saint-Étienne.

Est certain que Bereta fut celui qui sut le mieux orienter le jeu et donner de bonnes balles à ses jeunes partenaires surtout en première mi-temps.

Quant à Florès, il a confirmé qu'il avait les qualités d'un excellent joueur de pointe. Il voit très claire, il frappe juste et ce n'est pas pour rien qu'il a marqué hier soir deux buts.

Mais, répétons-le encore une fois, c'est à toute l'équipe que doit être dédiée cette victoire. En ce qui concerne les Lyonnais, les meilleurs furent certainement l'arrière yougoslave Mihajlovic sur lequel les ans ne paraissent pas peser beaucoup. On notera encore Domenech qui est certainement l'un des meilleurs arrières français. Mariot se montra à son avantage en deuxième mi-temps mais Chiesa et Lacombe, fort bien tenus, il est vrai par Bacconnier et Bouze n'eurent pas leur rayonnement et leur efficacité habituelle.

Quant à l'arbitre, M. Leloup, il se comporta comme un honnête homme ne faisant aucun cadeau à l'équipe locale. Il n'en mérite pas plus de félicitations.

Maurice FABREGUETTE

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Un nouvel état d'esprit

Ils étaient, à quelque chose près, dix mille spectateurs hier soir au stade-vélodrome. Une assistance assez inhabituelle, par rapport aux dernières rencontres. Mais la comparaison avec les matchs précédents ne s'arrête pas là. On a retrouvé en effet hier soir un public que les habituels observateurs avaient perdu l'habitude de rencontrer. Un public qui pour une fois, était redevenu supporter, avec tout ce que cela laisse sous-entendre sur le plan ambiance, encouragements et, en définitive, spectacle. Car, il faut vous dire que ce match O.M.-Lyon fut un des plus prenants auquel il nous ait été permis d'assister depuis le début de la saison.

Alors est-ce une coïncidence ? Beaucoup de personnes en tout cas, ont estimé que le retour de Skoblar dans le club de ses anciens exploits était pour beaucoup dans ce nouvel état d'esprit enregistré, hier soir, au sein de l'équipe olympienne. On a vu tous les joueurs, sans exception, se battent comme des beaux diables pour arracher la victoire. Un succès acquis, de surcroît, contre l'une des meilleures formations de la division nationale. Répétons-le, par rapport à tous les matches suivis jusqu'ici, c'était un autre O.M. La preuve en est que les spectateurs n'avaient jamais autant vibré au cours d'une rencontre. On les a vu contester les décisions de l'arbitre, siffler les adversaires, et, enfin, crier : "On a gagné, on a gagné !". Un enthousiasme que l'on croyait disparu et qui était bien vivant, force nous est de le reconnaître. Au coup de sifflet final, nous avons bien entendu interrogé Skoblar pour connaître son sentiment. Josip nous est apparu tout à fait détendu quand il nous a déclaré :

"C'est une victoire cent fois méritée. L'équipe, vu son jeune âge d'ensemble, manquait peut-être d'expérience, mais elle a fait preuve ce soir d'une extraordinaire volonté. J'avais parlé aux joueurs le matin pour leur demander, non pas de battre Lyon, qui est tout de même un redoutable adversaire, mais tout au moins de montrer aux spectateurs une autre manière. Non seulement tous ces footballeurs ont pu montrer un visage séduisant, mais aussi ils ont enlevé les deux points de l'enjeu. Pour moi, ils ont rempli leur contrat au-delà de toute espérance. Je crois, maintenant, que la saison et sauvée..."

Ce qui nous a amené à interroger le nouveau manager général sur ses projets à venir.

"Je pense aussi que Boubacar retournera dans le club. Mais, vous savez, le principal objectif est maintenant de préparer le prochain déplacement à Nancy, un autre match difficile et que nous devrons aborder dans le même état d'esprit. L'équipe a démontré devant Lyon qu'elle était capable de terminer ce championnat d'une façon honorable. Je tiens à ce que l'O.M. sauve non seulement sa place en première division, mais aussi que cette équipe m'aide par ses résultats à mieux préparer la saison prochaine."

Alors est-ce la voie du renouveau ? Gardons-nous de conclusions actives, mais l'O.M. en a donné toute l'impression, en entendant d'être sur le bon chemin.

Jean FERRARA

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Les réponses aux questions que vous vous posez

1re QUESTION : Cette victoire est-elle importante ?

- Assurément. Nous dirons même qu'elle est capitale. En effet, les Marseillais ont réalisé une excellente opération en empochant : et en réussissant à distancer plusieurs clubs qui, comme eux menacés de relégation ont, soit perdu, soit été tenus en échec.

En fait, le plus encourageant, c'est sans doute la hargne, la volonté de vaincre qui ont animé tous les joueurs olympiens sans exception.

Il ne fait pas l'ombre d'un doute que si l'O.M. continue à jouer dans de telles dispositions, il arrivera à capitaliser ici la fin de la saison (et surtout au stade vélodrome) un nombre suffisant élevé de points pour se retrouver au milieu du tableau.

2e QUESTION : Quelle a été l'attitude du public ?

- Au départ, les gens étaient venus sans grande conviction : plutôt pour voir ce que donnerait cette nouvelle équipe marseillaise dirigée par Zvunka mais chapeautée par Skoblar et pour son dernier match de championnat avait réalisé une bonne performance en faisant match nul à Paris. Les 10.000 spectateurs qui garnissaient le stade ont vite fait pour comprendre qu'il avait devant les yeux un "11" totalement différent de celui qu'ils avaient l'habitude de voir. En effet, chaque Marseillais se battait avec une rare conviction sur chaque ballon à telle enseigne que ceux qui étaient venus boulevard Michelet ne tardèrent pas à encourager leurs favoris sans réserve. Même pas le but de Domenech en début de match ne freina leur ardeur. Imaginez les réactions de ce public lorsque Florès une première fois égalisa puis un peu plus tard donna l'avantage à ses couleurs. Ce fut véritablement du délire lorsque Noguès à un quart d'heure de la fin paracheva le succès marseillais en marquant un troisième but qui mettait son équipe hors d'atteinte des Lyonnais. Sur le coup de 22 h. 15 nous n'avons entendu personne dire "si j'avais su, je ne serais pas venu". Ça aussi, il faut le souligner, c'est un excellent signe pour la suite des événements.

3e QUESTION : Pourquoi Jules Zvunka a-t-il fait sortir Flores ?

- Le public dans un premier temps ne comprend pas pourquoi l'entraîneur marseillais faisait sortir Florès pour le remplacer par Emon qui depuis un moment s'échauffait. Il le comprend tellement peu qu'une bordée de sifflet sanctionna l'opération. En l'occurrence, les gens ne sifflaient pas la rentrée d'Emon mais la sortie de Hervé qui à leurs yeux avait été jusque là remarquable. En fait, la décision de Jules Zvunka s'imposait pour une raison très simple. Blessé en fin de première mi-temps, Florès termina difficilement, et rentra tout de même sur la pelouse après le repos. Mais la douleur s'étant réveillée, il n'hésita pas et préféra sagement quitter le terrain.

ANDRE DE ROCCA

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Les Olympiens :

"Cette fois, nous sommes sauvés !"

Voici bien longtemps que l'on n'avait pas vu une ambiance aussi détendue dans le vestiaire marseillais. Il est vrai qu'il y avait bien longtemps que l'on n'avait pas vu un O.M. aussi flamboyant. Jules Zvunka, le visage épanoui, nous disait :

"J'appréhendais particulièrement ce match, car il était capital pour les deux équipes. Pour nous qui disputions le maintien, comme les Lyonnais qui sont en course pour une coupe d'Europe. De plus, Lyon est une équipe de métier, alors que nous nous présentions avec de nombreux jeunes joueurs. Et, pourtant, tout cela a débouché sur une victoire, et sur un match agréable, avec une participation très sympathique d'un public qui, ce soir, on a eu pour son argent. Le renouveau entrevu à Paris se trouve donc ainsi confirmé, et j'en suis très heureux pour nos jeunes garçons, qui ont su, ce soir, se montrer à la hauteur de leurs lourdes responsabilités.

- Avec sept points d'avance sur Angers, le spectre de la descente s'éloigne désormais.

- Je vous répondrai que, mathématiquement, nous ne sommes pas encore tirés d'affaire. Néanmoins, nous pouvons tout de même, cette fois, respirer avec cette marge de sécurité. Même en nous inclinant à Angers, nous conserverions cinq longueurs d'avance. Et y a là de quoi se montrer optimiste. Mais j'ai déjà eu l'occasion de le dire, il convient surtout de ne pas se démobiliser avant la fin de l'épreuve.

Josip Skoblar, lui aussi, arborait la mine des soirs heureux :

- J'avoue que j'ai eu peur, nous dit-il, lorsque nous avons concédé ce but dès le début de la partie. Car nous risquions de ne pas vous en relever.

"Mais les joueurs ont su se reprendre en jouant très rapidement et d'une façon très technique. C'est une agréable surprise par rapport à ce qu'on m'avait dit des matchs précédents, quoi que, à Paris déjà, j'avais pu apprécier l'esprit de corps manifesté par tous.

"Entre autres satisfactions, j'ai pu apprécier Florès, toujours bien placée. Voilà un garçon opportuniste et qui a le sens du but.

"Mais, ce soir, il ne faut mettre personne cependant en avant par rapport aux autres, car c'est une victoire collective, une victoire que nous désirions sans doute plus que notre adversaire".

Chez les joueurs, le ton était plus euphorique encore à l'annonce de la défaite d'Angers à Metz fut accueillie par des exclamations de joie : pour tout le monde, la cause, cette fois était entendue.

François Bracci, le plus calme peut-être, analysait placidement la rencontre : "Nous avons su imposer un rythme très élevé en première mi-temps et, après, tout fut beaucoup plus facile car les Lyonnais s'étaient beaucoup plus fatigués que nous en poursuivant le ballon. Cela fait bien longtemps que nous n'étions pas parvenus à nous extérioriser ainsi. C'est un peu comme si nous étions trouvés libérés. Et, pourtant, nous avions à peu près la même équipe lors de certains matchs de triste mémoire. Il est vrai que, par tradition, nous jouons toujours beaucoup mieux devant les bonnes équipes".

Alain Bouze, l'un des jeunes réservistes, était lui aussi particulièrement heureux : "Une victoire comme celle-là fait vraiment plaisir, car la manière s'est ajoutée au résultat. Derrière, nous avons bien tenu le choc. Mais, en fait, tout le monde en voulait ce soir, et je crois que cela s'est senti".

Hervé Florès, lui, expliquait pourquoi il avait quitté le terrain au cours de la seconde mi-temps : "En fait, c'est durant la première période que j'ai pris un mauvais coup sur la cuisse, une vulgaire béquille. J'ai cru que ça allait passer et puis, au contraire, la mi-temps et le refroidissement n'ont fait qu'aggraver les choses. Il était donc inutile d'insister et c'est pourquoi j'ai demandé à sortir puisque je n'allais plus servir à rien".

Pour Albert Emon, pas de doute, il y avait bien faute sur lui en seconde mi-temps : "Je peux vous affirmer que j'étais déjà passé lorsque le Lyonnais m'a retenu le pied à terre. Il y avait donc un penalty flagrant. Mais, après tout, cela n'a pas grande importance puisque nous n'en avons finalement pas eu besoin pour enlever le gain du match. Voilà, en tout cas, une victoire qui est la bienvenue. Non seulement par la bouffée d'oxygène qu'elle représente, mais aussi sur un plan personnel, car j'avoue que depuis quelque temps, j'avais des fourmis dans les jambes".

Le mot de la fin à Gérard Migeon, qui constatait : "Depuis pas mal de temps, nous ne parvenions plus à marquer de buts. Ce soir, nous en avons réussi trois et, de plus, pour la première fois, nous sommes parvenus à gagner après avoir été menés à la marque. D'ordinaire, nous ne nous en remettons jamais. Il ne reste plus, désormais, qu'a confirmé à Nancy".

Alain PECHERAL

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JACQUET : "Trop de fautes en défenses..."

Dans le camp lyonnais on admettait la défaite sans chercher de faux-fuyants. L'entraineur Jacquet, très calmement, nous a dit : "En défense, nous avons commis trop de fautes et l'égalisation, sur le premier but que nos avons marqué, a été déjà un coup dur pour nous. Nous avons débuté trop lentement. En deuxième mi-temps, nous nous sommes bien repris, mais c'était trop tard, et finalement il n'y a rien à dire sur le score final."

Le gardien de but, De Rocco, devait nous confier de son côté : "Nous avons perdu trop de balles en défense. Nous avons accumulé les fautes, et celles-ci ne pardonnent pas dans une partie".

Domenech ajoutait de son côté :

"Nous sommes tombés sur une bonne équipe marseillaise. Ils ont été meilleurs que nous. Ils ont mérité de gagner cette rencontre".

Cette opinion était partagée par un des dirigeants de Lyon, M. Zerbib : "Nous n'avons pas beaucoup de choses à reprocher à notre équipe, mais nous avons eu affaire une équipe marseillaise survoltée, et qui voulait faire un résultat. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner de l'écart finale !"

A.D.

 

 

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