OM1899.com

Résumé du Petit Provencal

du 7 mars 1938

 

HIER, AU PARC DES PRINCES

Confirmant sa grande forme

l'OLYMPIQUE DE MARSEILLE inflige au RACING une nette défaite

Paris, 6 Mars.

Devant un stade archi comble dans une atmosphère de rencontre internationale, l'O.M. s'est taillé un succès qui de longtemps restera gravé dans la mémoire des spectateurs. Continuant la tradition établie notre grand club phocéen a écrit une nouvelle page glorieuse au grand livre du football sudiste.

Une première visite au vestiaire nous avait laissé entrevoir une confiance bien assise, mais non excessive. Personne ne voulait se livrer. Sait on jamais en sport. Cependant on sentait très bien que le succès de dimanche précédent avait crée une ambiance favorable, un climat tout à fait propice aux grandes actions renouvelées des onze de jadis. Ah ! la belle mécanique qu'il nous fut donner de voir, d'apprécier, puis d'applaudir. L'équipe de l'O.M. a été bâtie toute entière avec la même manière. De cette équipe se dégage une impression de force, de puissance, mais de force souple, de puissance élégante. L'action virile se distille avec une harmonie, une simplicité qui aujourd'hui s'épanouit d'une façon éclatante.

L'O.M. à vaincu en grande équipe. Elle a vaincu avec une aisance que ne pourrons soupçonner ceux qui ne purent assister aux évolutions du onze olympien qui tout entier, je me plais à le souligner, est à féliciter. De Pardigon à Zatelli, tête de ligne, tous ont accomplit leur besogne d'une façon efficace, jouant pour le tout, délaissant l'exploit personnel au profit du club. Félicitions sans réserves ce groupement de bons et loyaux amis, modestes dans la victoire, mais très heureux de l'avoir remportée aussi entièrement.

La partie

Les premières minutes du match, malgré une vive autorité des joueurs phocéens, ne laissaient pas supposer un succès aussi rapide, aussi complet. Jouant avec le soleil dans les yeux, Marseille éprouvait des difficultés très compréhensibles dans le contrôle de la balle, dans la conduite des opérations. Mais Bruhin et ses partenaires avaient déjà deviné le point faible de son adversaire. Poussant les attaques via Kohut, elle prit ainsi la direction de la rencontre. Jordan, demi-centre, relégué maladroitement à l'arrière, peinait visiblement. Aussi sur une de ses erreurs Asnar reprit-il une balle que Liermann ne pouvait capter.

Ce premier but obtenu, l'O.M. accentua sa pression, mais sans avoir à repousser des réactions violentes du Racing qui affectionnait la percée par l'aile Mathe-Veinante. Bastien, cependant, veillait et ne laissait pas l'ailier parisien à son libre arbitre. Contenant sans trop de peine, les offensives parisiennes, l'O.M. continuait par un jeu rapide, déconcertant par sa précision à jeter le trouble dans le camp du Racing, Zatelli échappant à la surveillance, cependant étroite de Zivkovitch, déplace sur Kohut, qui botte fort au but ; Liermann ne pouvant stopper la balle, la laisse échapper et permet à Zermani de marquer le deuxième but.

Maintenant, l'O.M. va jouer le soleil dans le dos. Il est à présumer qu'il va profiter de cet avantage. Cependant Paris attaque vivement et sur erreur de l'O.M., Zivkovitch marque en coin ?

O.M., 2 ; Racing, 1.

La question demeure donc pendante. L'O.M. a senti le danger et sort le grand jeu. Le point faible du Racing s'avère toujours aussi vulnérable. Les offensives partent du côté de Kohut qui, en compagnie de Asnar, sème la panique dans le camp parisien, Asnar reprend de volée une balle de Zermani et de vingt-cinq mètres, place un bolide qui laisse Liermann tout pantois.

O.M., 3 ; Racing, 1.

Dix minutes plus tard, Kohut, dans un style particulier, descend, feinte, crochète et place une balle imparable.

O.M., 4 ; Racing, 1.

La cadence se précipite. Le Racing ne peu soutenir la pression exercée par l'O.M. La ligne attaque, s'ébranle bien en ligne, Zermani sur service de Bastien, affronte Diagne, passe à Zatelli, qui marque sans peine.

Naturellement les Olympiens se permettent de souffler. Ils le font sans exagération et maintiennent leurs adversaires. Mais ce ralentissement coûtera un deuxième but que Besse, rabattu marquera en reprenant un centre de Mathe parti vraisemblablement hors jeu. Marseille ne proteste pas car l'avance est confortable. Cependant il va mettre à profit les quelques minutes restant à jouer. Toujours par le même canal il amorce une attaque qui commence par Gonzalès se termine par Kohut qui trouvant le champ libre devant lui, évite facilement Liermann et marque le sixième et dernier but de la rencontre.

A la fin du match l'O.M. reçoit une ovation très juste et méritée.

Les considérations

Vous venez par le compte rendu de suivre les principaux faits de la rencontre. Vous pourrez remarquer que l'on s'aperçut dès le début de la tactique à employer. En fait il y eut entre la ligne d'avants phocéenne, du côté droit principalement et Liermann un long couloir ou Kohut et Asnar purent évoluer en toute quiétude. L'erreur grossière d'avoir placé Jordan à l'arrière vaut au Racing une cuisante défaite. Mais ceci dit, il n'en ressort pas moins que l'O.M. a fait aujourd'hui une brillante et efficace démonstration de football.

Les vainqueurs

Au début j'ai pu vous dire tout le bien que je pensais du onze. Tous furent à la hauteur de leur tâche. On ne m'en voudra cependant pas de citer Bruhin qui domina largement les vingt-deux joueurs. Bruhin fut partout et surtout là où il fallait être. Tant en attaque qu'en défense il afficha une maîtrise une aisance, un coup d'oeil remarquable. Ses partenaires de la ligne aidèrent puissamment le brillant demi centre. Bastien comme Gonzales n'eurent pas grand peine à museler leur vis à vis. Cependant la tâche de Bastien fut plus grande et plus difficile parce que Mathe fut fréquemment servi.

La ligne offensive utilisa toutes les occasions que le trio intermédiaire en passe de devenir légendaire sut lui fournir. Tous oeuvrèrent avec conscience, ne laissant rien au hasard, délaissant l'exploit personnel au bénéfice d'un coéquipier démarqué ou mieux placé pour conclure.

Asnar déjà cité et Donnenfeld apportèrent leur soutien à la défense se repliant sans retard pour participer ensuite à l'attaque. Si Asnar se signala par deux bus d'une tactique impeccable. Il ne faut pas oublier Donnenfeld qui accomplit un labeur que je me permets de qualifier de formidable.

On pourra m'accuser d'abuser de superlatifs, mais j'ai suivi Donnen de très près. Son action mérite les honneurs de la citation. Je n'aurais garde d'oublier Zermani qui ayant à faire à Diagne se tira à merveille de situations difficiles. Nul n'ignore que sa tâche est particulièrement ardue quand on a le grand Raoul comme adversaire direct. Zermani lutta à armes égales avec son vis à vis. C'est là à mon sens le plus bel éloge que l'on puisse faire.

Zatelli avant la blessure que lui infligea bien inutilement Zivcovitch, immobilisa complètement le demi centre parisien. Il participa largement à la victoire du " onze ".

Ben Bouali et Conchy ont été eux-mêmes si l'on veut bien considérer que le Racing ne marqua que deux buts, on peut facilement conclure que ce duo imposa fréquemment sa loi. Ce qui, certes, ne veut pas dire qu'il ne se trouvait pas en face de grosses difficultés. Il les annihila dans le style qui lui est propre, c'est à dire sans ménagement et avec une sûreté remarquable.

Avant d'en terminer avec nos concitoyens, je voudrais à nouveau faire l'éloge de Pardigon qui porte modestement mais brillamment une lourde succession. Point n'est besoin d'allez chercher bien loin pour trouver des joueurs de valeur. Un petit tour à Château Gombert et hop, Di Lorto est remplacé.

Les vaincus

Le Racing ne pouvait que s'incliner devant la virtuosité phocéenne. Il répliqua cependant du mieux qu'il put aux coups de buttoir sans cesse renouvelés des avants marseillais. Mais son " onze " était boiteux. L'O.M. le comprit et appuya ses offensives du côté droit ou opérait Jourdan. Le trio intermédiaire ne put contenir la ligne offensive adverse et fut complètement étouffé par la trinité Gonzales-Bruhin-Bastien.
Des avants seul Mathé, parce que abondamment servi, fit de bonnes choses, Veinante ne fut pas lui-même, Louys inexistant. Couard irrémédiablement voué à un rôle obscur grâce à Bruhin. Liermann comme bien l'on pense fit regretter Hiden. Mais même avec la présence du prestigieux portier, l'O.M. aurait vaincu.

La recette du match s'élève à 440.000 francs.

M. RAFFAELLI

 

---------------------------------------

Interviewés après la rencontre

O.M.-Racing

J. BERNARD-LEVY : Battus, régulièrement battus, ne récriminons pas. Il y a eu de grosses défaillances dans notre onze, la porte a été trop largement ouverte aux avants marseillais. Les deux premiers buts ont atteint fortement le moral des joueurs, cependant nous ne méritons pas une aussi cruelle déception. L'O.M. est une formation très redoutable et sur sa forme actuelle peu d'équipes pourraient lui résister.

PARDIGON : j'ai une lourde succession à défendre, j'essaie de me montrer à la hauteur de mes prédécesseurs, mais quelle émotion à mon entrée sur la pelouse. Je crois avoir satisfait tout le monde, je suis naturellement très heureux de notre victoire. Mes co-équipiers ont pour moi une affectueuse amitié qui me donne l'assurance nécessaire pour rencontrer des adversaires très souvent redoutables.

M. CAPDEVILLE (arbitre) : jeu correct. Le meilleur à gagner

BRUHIN : Après notre match ce dimanche, je pensais à notre victoire mais, en football, sait on jamais ! par cette victoire je fais un joli cadeau à mon fils.

EISENHOFFER : Notre victoire était sûre mais nous ne pensions pas infliger un pareil score. Le Racing, malgré le handicap des buts joua l'attaque à outrance ; c'est ce qui explique le résultat impressionnant que nous avons obtenu.

Bruhin nous prie d'ajouter que la victoire est due à une condition physique parfaite et grâce surtout aux conseils éclairés de l'entraîneur

H. CONCHY : Nous sommes surtout heureux pour M. Blanc qui a su nous forger un moral à toute épreuve ; voyez-vous une équipe de bons amis fait toujours de la bonne besogne.

M. BLANC : Mes petits m'ont fait plaisir, inutile d'ajouter quoi que ce soit, la victoire nous a souri, nous la méritons d'ailleurs, je la ressentais mais avant la rencontre je me serais bien gardé d'afficher pareil optimiste.

M.R.

 ---------------------------------------

Résumé de l'Ouest-Eclair

du 07 mars 1938

 

Devant les Racingmen,

les Marseillais furent éblouissants

PARIS, 6 mars. - Devant l'ombre de l'équipe parisienne, les Marseillais ont tellement fait preuve de supériorité qu'ils battirent leurs adversaires par 6 buts à 2, deux ayant réussi en première mi-temps et quatre dans le second jeu. Le Racing obtint ses deux points dans la deuxième mi-temps.

La défaite du Racing provient surtout de ce fait qu'alors que Jordan se montre habituellement parfait dans le rôle de centre demi, il est médiocre dans celui d'arrière. Jordan, cet après-midi, fut d'une insigne faiblesse Constamment pris de vitesse par l'aile gauche marseillaise composée de Kohut et Aznar. Il porte une lourde responsabilité dans la défaite de son équipe Ajoutons que la ligne d'attaque des Parisiens se réduisit aux seuls Mathé, Veinante. On comprendra sans peine la lourde défaite des Racingmen.

LA PARTIE

Le Racing se présente dans la formation annoncée. A Marseille on apprend que Zermani jouera ailier droit. A 14 h. 50 est donné le coup d'envoi.

Dès le début, les avants marseillais se montrent entreprenants et tour à tour, Kohut, Zernani et même Bastien partent à l'attaque. Soudain, coup de théâtre. Bastien qui n'hésite pas à participer au mouvement offensif des Marseillais, ne peut arriver à temps pour empêcher l'ailier gauche Mathé de partir. Le Parisien s'approche des buts marseillais au milieu desquels Pardigon commence à s'agiter. Mathé s'approche encore, puis il botte, mais en plein dans les bras du goal méridional. Le Parisien a donc manqué là une belle occasion de donner un but à son équipe.

Marseille observe sa même tactique audacieuse où tout est conditionné à l'attaque, et les buts des visiteurs sont bien souvent déserts. A la 9' minute, Jordan, reçoit un centre de Zernani. 11 renvoie de la tête, mais en direction de son propre but. Liermann ne peut renvoyer que faiblement : Aznar qui se trouvait là, reprend la balle, et, d'un coup de pied retourné, marque le premier but de la journée :

Ol. Marseille. 1 ; R.-C. Paris 0.

Les Parisiens sont surpris. Mais Ils repartent courageusement et à leur tour, s'approchent des buts marseillais. La ligne d'avants du Racing semble bien légère à côté des Marseillais, et ils ne peuvent agir avec l'autorité indispensable au moment décisif On note un beau shoot de Couard qui rase le poteau. Les Marseillais se tiennent dans une prudente réserve, et ils se contentent de surveiller leurs légers adversaires. Sans avoir reçu de choc quelconque. Couard se couche sur le terrain, souffrant de son genou gauche que l'on sait très fragile

On lui prodigue des soins et il peut revenir au bout de quelques minutes justes pour tirer un shoot à ras de terre que Pardigon arrête facilement. Mathè encore seul devant les buts marseillais, s'avance Pardigon va au-devant de lui. Mathè pourrait facilement s'échapper vers la droite mais il préfère tirer son shoot. Il se dépêche trop et la balle sort.

A la trente-troisième minute, un centre de Kohut est repris par Aznar. Ce dernier mal placé repasse à Kohut lequel shoote puissamment. Liermann dégage trop faiblement et Zatelli reprend avec calme, prend son temps et botte à mi-hauteur. Pour la seconde fols, le goal parisien est battu.

Olympique de Marseille. 2 buts : R. C. Paris : 0.

Les Parisiens repartent. Cependant on note à leur actif une belle suite de descentes dont l'une se termine par une tête de Couard légèrement au-dessus. Zatelli est blessé au genou et on l'emporte hors du terrain. Il revient tout Juste pour entendre l'arbitre siffler la mi-temps. A la mi-temps,

O. M. : 2 buts ; R. C. Paris : 0.

A la reprise, on note que dans l'équipe du Racing, Ozenne joue inter droit. Les Parisiens opèrent avec beaucoup plus de mordant que précédemment et font déferler de nombreuses attaques vers le camp marseillais. A la cinquième minute, un mouvement offensif des Parisiens est très bien terminé par un shoot de Ozenne et c'est le but.

Marseille. 2 : Racing : 1.

La partie reprend à toute allure, de façon passionnée. Les Marseillais s'inquiètent quelque peu et éprouvent parfois de la peine à endiguer les assauts parisiens. Mais cette situation ne va pas durer longtemps. Couard doit encore quitter le terrain, son genou gauche lui causant des ennuis. Puis voici une échappée de Zernani qui shoote de loin, Liermann plonge et d'un geste désespéré détourne la balle en corner.

A la suite de celui-ci, Zernani passe légèrement vers la droite. Aznar surgit alors comme un bolide et avec une puissance et une précision rares, reprend dans sa foulée et expédie un shoot magnifique dans l'angle opposé où se trouvait Liermann.

Marseille. 3 buts : Racing, 1.

La foule applaudit longuement l'exploit de l'intérieur gauche marseillais. Peu après Kohut complètement démarqué n'a aucune peine à obtenir un 4e but. Puis c'est maintenant au tour de Zatelli d'inscrire un 5e but devant la défense complètement désarticulée du Racing

Marseille. 5 buts ; Racing. 1.

On note des efforts louables des Parisiens et sur un centre de Mathé. Besse obtient un deuxième but. Les Marseillais d'ailleurs ne font plus aucun effort

. ---------------------------------------

---------------------------------------

07 mars 1938

 

 

 

.

.

.

Toute reproduction intégrale ou partielle des textes ou photos est strictement interdite.