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Résumé du Petit Provencal

du 04 avril 1938

 

Au Stade Municipal

Malgré la blessure de Bruhin

l'Olympique de Marseille

a pu tenir Le Havre en échec

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Cent-vingt minutes de jeu n'ont pas permis

d'ouvrir le score

Lyon, 3 avril.

Ce fut un match magnifique. L'OM a obtenu un match nul qui vaut toutes les plus belles victoires, car il fut obtenu dans des conditions particulièrement difficiles et il a fallu tout le courage, toute la volonté des joueurs marseillais, pour tenir en échec l'équipe havraise qui avait ses chances décuplées dès la première mi-temps, après la grave blessure de Bruhin. Le sympathique joueur, en effet, a té durement touché au tibia gauche après quarante cinq minutes de jeu, et il ne fut sur le terrain qu'un joueur donnant par sa présence une preuve de volonté à ses camarades.

La rencontre comme prévu avait connu un formidable succès d'affluence. Les records de recette ont été battus, et bien avant l'heure du coup d'envoi, les supporters marseillais en nombre imposant manifestèrent bruyamment leur sympathie, mais les voix marseillaises se perdirent malheureusement dans l'immensité du stade et ne purent être d'un grand secours pour les Marseillais.

Le soleil, qui avait fait son apparition en première mi-temps, se cacha rapidement derrière les nuages et la pluie lui succéda.

Après la présentation des joueurs à M. Bolaert, préfet du Rhône, M. Leclerc a sifflé le coup d'envoi en faveur de l'O.M. qui avait le soleil dans les yeux.

Au dernier moment, les Marseillais durent changer leur tactique et débutèrent en trompe. Ils prirent de vitesse leurs adversaires qui s'affolèrent, se replièrent sur leurs buts et dégagèrent souvent au petit bonheur. Ce fut un quart d'heure nettement en faveur des Marseillais, Schlegol n'a pas eu cependant à s'employer car ses arrières arrêtèrent tout.

Les Marseillais donnèrent l'impression d'être les meilleurs. Ils jouèrent avec beaucoup plus d'aisance et semblèrent devoir rapidement scorer.

Bruhin poussait son attaque, servait les ailes et le centre, mais Powolny, qui s'était replié lui aussi, ne lâchait pas Zatelli. Les ailiers olympiens, sévèrement marqués, ne pouvaient faire grand chose, mais au bout de quelques instants les Havrais s'organisèrent et après avoir fait jeu égal avec les méridionaux, contre attaquèrent à leur tour.

Leurs offensives frustes d'allures, mais très incisives grâce à de larges ouvertures sur les ailes, inquiétèrent un moment la défense marseillaise qui s'affola quelque peu. Ben Bouali et Conchy, heureusement, se replièrent vite. Bastien devant Ben Bouali est méconnaissable. Le sympathique demi-aile olympien, visiblement, n'était pas à son ase. Il hésitait et se faisait rendre de vitesse, était imprécis.

Les Havrais s'en aperçurent et ouvrirent plus souvent sur Waggi, mais l'ailier gauche des maritimes, très rapide, rata de nombreuses occasions, tandis que ses inters Witta et Nemeur s'efforçaient vainement d'éclaircir le jeu de leur camarade qui était très brouillon.

On nota pendant ce laps de temps des essais au but de Frigerio et Lecomte, qui passèrent loin, à côté, et Pardigon n'eût pas à s'employer sérieusement.

L'O.M. partit à son tour à l'offensive. Schlegel est mis à l'ouvrage, mais jamais de façon inquiétante, car les balles furent plutôt à suivre que consécutives à des shoots.

Zatelli et Kohut, dan cette première mi-temps, sont les meilleurs. Les autres jouent crispés. En demi, Bruhin opère avec son calme habituel, puissant et efficace. Gonzales, très ardent est assez imprécis dans ses services. Ben Bouali s'est bien repris et presse de façon plus ou moins orthodoxe mais terriblement efficace les velléités d'attaque des maritimes.

La deuxième mi-temps

La mi-temps approche, le score étant toujours vierge. Les Havrais ne produisent pas une grosse impression, et en général on prévoit qu'en deuxième mi-temps les Marseillais scoreront. Pourrant on pense que cela pourrait être difficile, car Schlegel a fait preuve d'une adresse splendide et a été efficace. Quelques secondes avant la mi-temps, Bruhin dans un choc avec les Havrais, reçoit un coup très violent sur le tibia gauche. Il sort du terrain soutenu par ses camarades.

La deuxième mi-temps débuta très mal pour les Marseillais, car Bruhin fit sa réapparition traînant la jambe, ne pouvant plus marcher. Ce handicap terrible pour l'O.M. est encore augmenté par un vent qui souffle en faveur des Havrais. Ceux-ci, qui voient leurs chances augmenter du fait de la presque totale disparition de Bruhin, attaquent à outrance et dominent nettement, et les Olympiens doivent se contenter de se défendre. Ils le font avec une ardeur admirable, harcelés par des joueurs qui sentent la chance avec eux.

L'O.M. pendant cette deuxième mi-temps, doit, la plupart du temps, se cantonner dans une défensive souvent désespérée en procédant par des échappées sur les ailes pour mettre à maintes reprises le goal des maritimes en danger. Devant le succès de leurs efforts, les Marseillais modifient alors la composition de l'équipe ; Bruhin prend la place de Gonzalès qui lui succède au demi centre. Frigerio, l'avant centre havrais est moins libre alors dans ses mouvements. Cela ne l'empêche pas de faire de jolis services à ses ailiers et Pardigon est sérieusement en danger.

Le brillant goal marseillais fait preuve de sa classe sur plusieurs tir au but, entre autres sur une balle qui lui est shooté à contre pied et qu'il réussit à dévier en corner dans un bon étonnant. Bastien, devant le danger que court son équipe, retrouve son adresse, et Waggi ne fait plus rien, Bruhin passe à l'aile gauche et Kohut demi.

Le match devient angoissant pour les supporters marseillais, Tous les spectateurs encouragent impartialement les deux équipes, mais semblent avoir un faible pour celle de Marseille qui, bien que diminuée, manifeste une volonté qui mériterait un meilleur sort.

Malheureusement, les inters olympiens ne peuvent se mettre au rythme de leurs camarades. La partie se poursuit, sèche, mais correcte, et de plus en plus émouvante. Les Marseillais sont acculés sur leurs buts. Ils se défendent en désespérés, Conchy ne laisse plus Frigerio, Ben Bouali fait preuve d'une grande adresse et de beaucoup de volonté malgré la pression constante que les Havrais exercent sur les buts olympiens, la balle est toujours arrêtée et renvoyée au loin. Pardigon, qui est à l'ouvrage, effectue un plongeon qui déchaîne les applaudissement sur un essai de Waggi alors que l'on croyait au but.

La fin du temps réglementaire approche. Les avants olympiens, par quelques offensives bien menées inquiètent Schlelgel, mais la fatigue pèse sur tous les joueurs et on se demande quels sont ceux qui auront le plus de courage pour tenir, car il reste une seconde à jouer lorsque Nemeur tire au but. Pardigon bloque et c'est la fin.

Les prolongations

Pour les prolongations, Bruhin commençait tout d'abord au centre de l'attaque et les méridionaux jouaient le tout pour le tout et s'installaient dans les dix-huit mètres des Havrais. Bruhin, sur un beau centre de Zermani, rata d'un cheveu le but sur une tête plongée. Tous les joueurs sont épuisés, mais ceux de l'O.M. qui ne veulent pas perdre, se défendent en désespérés car la pression sur les buts de Schlegel n'a pas été longue. L'émotion est à son comble. Pendant cette première prolongation, l'O.M. rate plusieurs fois le but de peu.

A la deuxième prolongation, Le Havre domine. L'O.M. joue à trois arrières avec Donnenfeld. Chez les Havrais, Nemeur est passé au centre, Ben Bouali et Kohut ont des crampes. Les Marseillais maintenant cherchent à arriver à la fin avec un score vierge, c'est tout ce qu'ils tentent.

L'O.M. auraient largement assuré sa victoire si Bruhin n'avait été aussi sérieusement blessé. Tous les Olympiens doivent être félicités avec mention particulière pour Pardigon, Ben Bouali, Kohut, Conchy, Gonzales, Bastien, Zatelli et Donnenfeld, qui se distinguèrent jusqu'à l'extrême limite de leurs force. Aznar, s'il fut courageux, fut visiblement en mauvaises conditions physiques. Zermani, peu servi, utilisa bien les quelques occasions qu'il eut.

La formation du Havre est volontaire et possède une bonne technique, mais elle n'atteint pas cependant à la classe de l'O.M. qui doit pouvoir les battre en toute autre circonstance.

Chez les Havrais, les meilleurs furent Schlegel, Jasseron, Powolny, Waggi et Frigerio.

Record de recette battu avec deux cent vingt mille francs pour vingt quatre mille spectateurs.

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