OM1899.com

Résumé Le Provencal

du 11 octobre 1954

 

L'O.M. S'INCLINE DEVANT UNE GRANDE EQUIPE DE REIMS

Les Marseillais, sans âme, avec une attaque

Décapitée par les blessures de BEN BAREK

et ANDERSSON, ont été dominés (3 buts à 1)

En présence de plus de 37.000 spectateurs, dont la plupart n'ont pas hésité à venir longtemps à l'avance, prenant ainsi une précaution qui s'avéra sage, les Rémois engagèrent après que le speaker eut arraché aux 37.000 poitrines un "oh" de désappointement quand Bliard fut annoncée à la place de Glovacki et un "ah" de satisfaction à la prononciation des noms "Vandooren" et "Ben Barek".

C'est l'O.M. qui semble avoir compris le danger que constituerait un départ lent, qui porte le premier corner à son actif dès la minute initiale. Le Gall le tire et Andersson ne peut que mettre dehors.

Reims mesure le péril et à la quatrième minute Jonquet, devant Andersson, préfèrent transmettre à P. Sinibaldi. Les Champenois sont sur leurs gardes et leur attaque procède par raids fulgurants, bien conduits, en jouant un football fait de petites passes précises. À deux reprises dans ses cinq premières minutes, Angel doit bloquer le "cuir" que Kopa lui adresse.

À la 8me minute, Jonquet, clé de voûte de la défense champenoise, met en corner sur action Marcel - Ben Barek.

Cicci peut se permettre de toucher la balle de la main aux 20 mètres : M. Devillers ne bronche pas. Le public manifeste évidemment !

A la 11me minute, Rustichelli passe Siatka, mais l'arrière revient et la foule s'est levée en hurlant... pour rien.

Kopa maître du terrain

Reims continue à opérer spasmodiquement et Kopa est de toutes les combinaisons. L'O.M. tente de se reprendre et Gransart botte puissamment des 30 mètres, sur la barre. Il rééditera cet exploit quelques secondes plus tard. L'O.M. joue sans organisation et avec deux blessés : Andersson souffre d'une déchirure musculaire et Ben Barek court le bras gauche replié sur la poitrine. Autant dire que neuf Marseillais se battent contre 11 Rémois...

Marcel et Scotti sont en retrait, Rustichelli et avant-centre. Andersson et Le Gall aux ailes, le premier à gauche.

Aussi n'est-on pas surpris, à la 36me minute, d'assister à un but rémois. Bliard s'est échappé, a couru sur une distance de 30 mètres et, dans sa foulée, a placé à ras de terre une balle qu'Angel touche insuffisamment des doigts.

Reims marque

En seconde mi-temps, Rustichelli hésite à prendre ses responsabilités : après une rapide descente il centre... parmi des Rémois massés devant leur gardien.

À la 49me minute, Hidalgo passe à Bliard dont le shoote bat encore Angel qui a plongé vainement. Reims : 2 ; Marseille : 0.

Quelques instants plus tard, Le Gall fonce vers les buts, contrôle de la main et tire alors que Sinibaldi fait constater à l'arbitre l'irrégularité. Mais le referee désigne le centre du groupe. L'O.M. vient, si l'on peut dire de sauver l'honneur.

Reims : 2 ; Marseille : 1.

La foule réagit... les joueurs aussi. Marseille se rue à l'assaut de façon non désordonné et c'est Reims qui, à la 59me minute ferme la marque par Hidalgo. Gransart avait fait une erreur laissant Kopa filer vers Angel, trompé finalement et n'y pouvant rien.

Reims : 3 ; Marseille : 1

Reims a encore de belles occasions. Marseille tente le tout pour le tout en plaçant Scotti avant-centre, mais rien ne passe plus.

Et Roger Rolhion dira aux vestiaires : "Nous ne pouvions pas gagner..."

Georges LEOST

--------------

Un KOPA déchaîné emmène une véloce

attaque rémoise vers le succès

Nous savions que la rencontre O.M. - Reims, constituerait une remarquable fête du football français, mais nous pensions que les Olympiens seraient capables de tenir en échec les Champenois, sujet à des sautes d'humeur.

Marseille a déçu ses plus chauds supporters et le onze de Batteux a accompli une performance pour laquelle il mérite d'être félicité.

Les visiteurs ont donné une leçon brillante, artistique aux porteurs du maillot blanc !

Il est incontestable que le match Sélection Métropolitaine - Afrique du Nord a eu une grosse incidence sur le duel du boulevard Michelet.

Ces sélectionneurs avaient fait fi de Raymond Kopa, il est hypotendu, avaient-ils affirmé de façon présentoirs. Pour un hypotendu, Kopa apparu en l'éclatante santé.

Il fut le chef d'orchestre de la ligne offensive des Rémois. Véloce, virevoltant, intrépide, surprenant, il sema le désarroi dans le camp provençal.

Il ne scora pas une seule fois, mais il fut l'organisateur de la défaite marseillaise.

La ligne d'attaque du club cher à M. Germain, réussit des combinaisons agréables, aisées, alertes. Elle nous révéla un jeune qui promet, Bliard. Il avait prit la place de Glovacki. Il prouva qu'il possédait un punch étonnant. Et ses deux buts furent obtenus de façon classique, sans le moindre concours du hasard !

Hidalgo, actif, vaillant, fut également un élément dangereux.

La sûreté de JONQUET

En défense, nous avons pu noter la sûreté de Jonquet. Le flegmatique Robert a effacé le mauvais souvenir de jeudi dernier. Tant qu'Andersson fut valide, il l'éclipsa surtout sur les balles hautes.

Mais le jeune Siatka bien charpenté, au tackling décidé, n'a pas démérité.

Reims à jouer avec facilité mais sans jamais verser dans le dilettantisme.

Plus rapide dans la course, il fut le premier sur la balle et s'avéra plus en souffle que son opposant.

L'O.M., dominé, battu sans discussion peut malgré tout plaider sa cause.

Hier, son attaque était décapitée. Après vingt minutes de jeu, Andersson se mit à boiter et dut s'exiler à l'aile. Ben Barek au bout d'un quart d'heure, commença à souffrir de son épaule, enfin Vandooren manifester une certaine appréhension... légitime au demeurant, Rolhion n'avait plus que deux ailiers en ligne, Rustichelli fut dominé par Saitks et Le Gall, volontaire à l'extrême ne put qu'obtenir plusieurs corners devant Zimny et un but discutable. Le Breton, malgré tout fut l'avant olympien le plus en vue.

L'O.M... à découvert

Si nous consultons nos notes, nous nous apercevons que le onze marseillais eut autant d'occasions de scorer, que son adversaire, mais il les gâcha toutes ou presque. Reims, plus véloce, s'avéra maître dans l'art de la contre attaque.

La défense olympique se battit trop à découvert. Nous l'avons vu en diverses reprises inférieures en nombre pour repousser un assaut champenois !

Il est indiscutable qu'elle ne sait pas, en certaines circonstances battirent un rideau... imperméable.

Plusieurs éléments aiment trop monter vers les dix-huit mètres ennemis et tardent à se replier, d'autres n'attaquent pas franchement le porteur du ballon. Nous avons déjà vu Scotti, Johansson, Marcel, avoir un rendement plus éclatant. Certes ils veulent souligner que leurs intérieurs mirent souvent du temps à se replier, mais ils furent au cours de diverses phases, débordés.

Gransart, grâce à son tackle puissant, aéra souvent laisse sa zone et domina Templin, dans un mauvais jour. Palluch soucieux de bien faire, se méfia d'Hidalgo et le tint en échec.

Défaite méritée

Le combat aurait-il changé d'âme si le team marseillais avait aligné onze hommes valides ? Peut-être ! Mais sur la physionomie de cette rencontre, Reims méritait sa victoire, cela est indiscutable.

Il pratiqua un football plus mûr, plus complet, plus varié que l'O.M. et ce dernier parut manquer d'inspiration, de flamme et de l'étincelle indispensable à toute réussite !

Alain DELCROIX

--------------

ROGER SCOTTI : "REIMS A EU LA BALLE

PENDANT 1h25 !"

Avant même d'entrer dans les vestiaires rémois, nous avons assisté à un court entretien entre Alex Trépot, sélectionneur, et Paul Sinibaldi, goal de Reims et ex-international. L' "ancien" dit au "jeune" : "Pourquoi vous énerver ? Vous devez accepter les décisions de l'arbitre est restée calme".

Évidemment.

Et Sinibaldi le compris qui déclara : "Je ne suis excusé".

Chez les Rémois, joie, bien sûr. Et Kopa n'attend pas nos questions pour déclarer : "Cela a marché, vous avez vu, mais je pensais jouer un match plus dur. Je rends hommage à la correction de Gunnar Andersson..."

M. Perchat, arrivant à ce moment, confirma les paroles de l'avant-centre ; "Je croyais l'O.M. plus fort."

Et comme nous lui disions que contre Bordeaux, Marseille avait eu un autre visage, le dirigeant rémois remarqua : "Reims n'a pas le même jeu que celui des Girondins".

On s'en est aperçu.

Glowacki regarde ses camarades se rhabiller. Il devra observer un repos de trois jours, mais cela ne l'empêche pas de juger : "Il n'y a que le football qui paie."

Dans un coin, M. Germain dit à Cicci : "Je vous fais des remontrances parce que vous êtes trop courageux ; et je ne vous demande pas de montrer monter à l'attaque".

Quant à Sinibaldi, il constate sur le but de Le Gall : "On (Le Gall) m'a enlevé le ballon des mains".

Chez les Marseillais, Giraud nous reçoit par ces mots : "Andersson, quinze jours de repos".

Rolhion philosophe rappelle : "Malgré la défaite, n'oubliez pas que nous devons aller au siège ou les Rémois nous rendront visite".

Angel explique le dernier but : "J'ai été battu par une "roulette" en tentant de fermer l'angle de tir.

Marcel regrette : "les Rémois se présentaient avec un homme de plus que nous". Et si Angel estime que l'O.M. n'a pas été tellement dominé, Scotti lui rétorque : "Sur une heure trente, Reims a eu la balle pendant une heure vingt-cinq.

Johansson est péremptoire : "En gagnant, nous étions les meilleurs du monde".

Vandooren, enfin souligné : "Nous avons manqué d'organisation et attaqué sans couvrir l'arrière."

G.L.

--------------

THEPOT : "Les Marseillais furent décevants"

Alex Trépot, qui avait déjà supervisé les olympiens à Lyon, les retrouva, hier après-midi, sur la pelouse du Stade Vélodrome.

Dans les vestiaires, l'ancien international, devenu pontife, se montra sinon réticent, du moins peu loquace.

"Reims est une excellente équipe, dit-il, et Kopa, cela est évident, a fourni une brillante prestation ; quant à l'Olympique, il m'a déçu. Je m'attendais à mieux de sa part !

Comme nous lui demandions des précisions sur certains joueurs, il finit par s'exclamer :

"Ben Barek n'a pas renouvelé son match de jeudi. Vandooren se montra travailleur et ses interventions sur net !"

Il est normal qu'à l'issue de cette rencontre, ce membre délégué par le triumvirat ait couché sur ses tablettes Kopa et Jonquet.

--------------

Autour d'un duel

qui n'eut pas lieu

Personne n'ignore que les façons d'opérer de Kopa et d'Andersson sont totalement opposés. Le premier est un travailleur assidu dont le shoote n'a rien de sensationnel. Mais il fait jouer, dribble, feinte, court, le second, au contraire, joue "arrêté", se dépensant avec parcimonie, soucieux d'économiser ses forces, mais se jetant à corps perdu dans l'action quand il parvient à "ratisser" une balle. Un tireur fulgurant dans les 18 mètres adverses.

Tout cela, on voulait le contrôler une nouvelle fois. Mais on n'en a pas eu la possibilité car le Suédois contracta une déchirure musculaire qui l'obligea à fuir la compagnie de Jonquet.

Regrettons-le.

Mais les 37.000 personnes eurent des instants d'émotion quand le Gall eut marqué un but qui n'était pas valable. Portée par la foule, l'O.M. jeta toutes ses forces dans la bagarre, mais avec si peu d'organisation que cette flambée s'éteignit d'elle-même après 10' d'un feu ronflant.

On en était à 2 à 1. Mais, à 9, c'était impossible ! ...

G.L.

 --------------

REIMS dans un

jour de grace

Il a fallu hier toute une mi-temps aux milliers de spectateurs du stade pour que leur déception fasse place à une admiration que Reims avait su mériter depuis le coup d'envoi.

En comprend cet état d'âme des supporters de l'O.M., comblés depuis le début de saison et si douloureusement déçus le jour même où ils auraient voulu libérer leur enthousiasme sans aucune retenue.

Un vrai sportif ne saurait cependant rester indifférents aux charmes de cette équipe rémoise. Elle pétrifia, hier, à longueur de match. Son football, si plaisant à l'oeil, si prompt, si fertile en belles images, sut finalement conquérir le public. Au centre de cette mosaïque les couleurs les plus vives marquaient : Kopa, Bliard, Cicci, Jonquet et Hidalgo.

Mais, disons-le, le onze rémois avec son jeu au métronome, d'où cependant l'inspiration n'est pas exclue, eût toutefois d'autant plus de facilités pour s'imposer finalement, que son adversaire apparut boiteux, désorganisé, naviguant sur cette pelouse comme un bateau sans gouvernail.

Andersson fut touchée dans les premières minutes. À cela rien à dire. La malchance est de tous les matches et frappe où bon lui semble.

On s'accordera pourtant à faire converger les critiques à l'endroit de Ben Barek, récemment blessé, non pas pour lui reprocher ce qu'il fit, avec les moyens physiques dont il disposait, mais surtout pour savoir s'il était apte à tenir sa place pour un tel le match.

L'entraîneur et les dirigeants de l'O.M. connaissent leur métier. S'ils ont finalement décidé de l'incorporer dans la ligne d'attaque, il faut croire qu'ils s'étaient préalablement informés de son état. Il serait fou de penser qu'ils ont délibérément tenté le sort en prenant tous les risques. En fait, Ben Barek a "craqué" alors qu'on le croyait sur le chemin de la guérison.

Il est facile de dire ce soir "La prudence commandait de le laisser sur la touche". On peut tout aussi bien affirmer que l'importance du match réclamait la présence de Larbi, fût-il diminué.

Il y a cependant des responsabilités qu'il faudrait situer.

On peut évidemment épiloguer.

On peut aussi faire des suppositions. Qu'aurait réalisé par exemple le team olympien sans blessés, devant cette admirable équipe rémoise ? Nous ne sommes pas loin de penser que sans présenter autant de netteté son verdict eut été le même. Tant il est vrai que le onze champenois était hier dans un jour de grâce et qu'il semble que rien n'aurait pu lui résister.

 

Toute reproduction intégrale ou partielle des textes ou photos est strictement interdite.