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Résumé Le Provencal

du 27 août 1956

  

L'O.M. concède deux buts en 15 minutes devant Saint Etienne

se reprend, mais joue de Malchance et s'incline (36)

Andersson, Ducasse et Marcel auteurs des 3 buts

DOMINGO courageux n'a pas démérité

(De notre envoyé spécial : Georges LEOST)

SAINT ETIENNE (Par téléphone) - Après avoir donné des promesses aussi belles que trompeuses, en début de la matinée le temps se gâte timidement puis franchement une fois franchie midi. Aussi, quand les équipes de Marseille et de Saint-Étienne pénètrent sur le terrain glissant du stade Geoffroy Guichard, noyé dans la grisaille et la fumée crachée des cheminées des environs, il pleut à un rythme continu. À 14 heures, à l'issue d'une rapide conversation et en tenant compte de la formation annoncée par le club forézien, l'état-major olympien avait décidé d'apporter deux modifications à la composition de l'ensemble marseillais donnant à Mesas, devenu demi droit la garde de Rijvers et faisant permuter Tivoli, arrivé dans la nuit de samedi à dimanche de Mourmelon, et Scotti.

M. Bondon appelle les deux onze lorsqu'on se demande pourquoi il a été décidé de donner si tardivement 16 h 30, le coup d'envoi de cette rencontre qui commence alors que le jour décline d'une façon quelque peu inquiétante.

Plusieurs arrêts

pour Domingo

C'est l'O.M. qui engage. Le jeu est lancé à une allure telle que l'on est en droit de se demander si les 22 acteurs tiendront longtemps à cette vitesse. Il faut attendre la troisième minute pour noter le premier tir. Il a le demi stéphanois Ferrier pour auteur, mais Domingo ne se laisse pas tromper et arrête facilement.

La réponse de l'O.M. par Andersson ne tarde pas, la balle fuse à ras de terre, mais lui aussi Abbes veille au danger. Les deux formations essaient de se surprendre et il faut bien avouer que les locaux ont, à ce jeu l'avantage.

Le rusé Rijvers

ouvre la marque

A la 5e minute, Domingo ayant plongé sans pouvoir maîtriser la balle centrer trop droit par Olekziak, celle-ci parvient dans les pieds du hollandais Rijvers, embusqué là par une idée géniale. Un coup de botte, Saint-Étienne a ouvert le score.

St Étienne 1 - O.M. 0

L'O.M. tente sans trop d'ailleurs y réussir, de s'organiser et bénéficie en pure perte d'un corner alors que l'on joue depuis huit minutes. Une minute plus tard le demi forézien Domingo en possession du ballon, à 30 mètres environ de son homonyme phocéen, botte puissamment obligeant le keeper visiteur à ce détendre horizontalement pour mettre en corner.

Un peu plus tard, sur une botte vicieuse de Rijvers, Domingo encore seul, plonge et stoppe.

Mekloufi confirme

A la 13e minute, le but de l'O.M. chauffe encore : sur percée de Njo'Lea, Lefevre reprend à bout portant et shoot sur Domingo. Deux minutes plus tard, Oleksiak en possession de la balle, la transmet à Mekloufi qui reprend de voler.

Domingo plonge désespérément, plane littéralement désarticulé mais vainement.

Saint-Étienne 2 - O.M. 0

comme pour saluer le second point, le soleil apparaît. La foule, on la devine exulte. Mais le jeu continu et Domingo se distingue en sortant avec opportunité à la limite de ses 18 mètres.

À la 29me minute, à la suite d'une faute de Wassmer sur Durand, le refere accorde un coup franc à l'O.M. Scotti le donne. Abbes renvoi sur Ducasse qui tente splendidement sa chance mais le goal, cette fois, arrête.

Un peu plus tard, Abbès est encore en difficulté sur une reprise d'Andersson.

Andersson réduit l'écart

puis Njo'Lea

marque encore

A la 34me minute, Marcel dribble deux défenseurs après avoir été sollicité par Ducasse et transmet le cuir à Andersson qui en coin réduit l'écart.

À la 35me minute, Domingo, le demi local, rate la cage puis Rijvers et Mekloufi l'imitent.

Plus dangereuse et, à la minute 40, action de Lefevre relayé par Njo'Lea.

Le goal marseillais bondit et met en corner.

À la 41e minute, Scotti essaie sans y parvenir, de repousser la balle dans un paquet de joueurs. Domingo renvoi une première fois mais ne peut finalement rien devant Njo'Lea.

Saint-Étienne 3 - O.M. 1

L'O.M. proteste : il y a hors-jeu manifeste et Snella, sur son banc le reconnaît lui-même.

Domingo malheureux

Après la pause arriver sur un score de 3 à 1, Njo'Léa shoote sur la barre (48me minute) puis place un bolide (52me minute) que Domingo détourne au prix d'un plongeon spectaculaire.

À la 53me minute, après un tir à la hauteur d'Andersson, Mekloufi décoche un shoot puissant dans les mains de Domingo puis Njo'Lea (54me minute) est arrêté irrégulièrement par Molla. Tout le monde réclame le penalty.

L'arbitre quant à lui ne bronche pas.

Deux minutes plus tard, Ducasse sert Mekloufi, Johansson s'avance, rate son tackle et Mekloufi seul devant Domingo venu à sa rencontre aggrave la marque.

Saint-Étienne 4 - O.M. 1

Ducasse se reprend

Après un tir de Scotti puis un corner et encore un coup franc pour l'O.M., Ducasse peu à l'aise jusque-là tire sur Abbès qui ne peut contrôler.

Le cuir revient en jeu et Ducasse bien placé trompe son adversaire à la 70me minute.

Saint-Étienne 4 - O.M. 2

Les hommes de Snella repartent à l'attaque et Rijvers est longuement applaudis pour un shoot violent qui rase le cadre. Puis Domingo doit s'employer à fond pour détourner en corner un essai de Mekloufi qui a tiré dans sa foulée bonne.

Trois nouveaux buts

dont un pour l'O.M.

A la 77e minute, sur corner de Mekloufi, la balle revient à Lefevre qui la donne à son coéquipier Domingo, lequel shote.

Le goal marseillais posté au bon endroit se détend et saisit la balle mais elle ricoche et termine sa course dans les filets phocéens.

Saint-Étienne 5 - O.M. 2.

À la 83e minute, Lefevre et Scotti se disputait la balle. Le stéphanois se rend coupable d'une faute mais arbitre en sifflant désigne tout simplement le point de penalty. Inutile de dire que les blancs protestent. Mekloufi prend son élan et marque facilement.

Saint-Étienne 6 - O.M. 2.

Loin de se décourager, les Marseillais repartent à l'assaut des buts d'Abbès et sur un corner adressé par Tivoli (87me minute) la balle parvient à Molla qui s'en débarrasse au profit de Mesas lequel alerte Marcel dont le shoot prend le gardien de Snella à contre-pied.

Saint-Étienne 6 - O.M. 3

Et la partie prend fin après un dernier bolide de Rijvers qui manque d'ailleurs de précision.

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Sevrés de balles, les avants de l'O.M.

ne pouvaient faire beaucoup mieux

SAINT ETIENNE - Dans la nuit de samedi à dimanche, alors qu'en compagnie des dirigeants olympiens nous attendions l'arrivée de Roger Tivoli, M. Haon nous dit :

"Je sais que nos hommes sont en bonne condition, mais je n'ignore pas non plus que le stade Geoffroy Guichard ne leur réussit pas et je redoute la sévérité de l'ardoise".

Si nous rapportions ces paroles c'est parce que M. Haon avait vu juste en nourrissant des craintes dont il ne pouvait définir l'origine.

Des le début du match, et malgré les consignes extrêmement strictes données par Jean Robin ont compris que les Marseillais auraient quelque peine à ne pas ployer devant l'ouragan stéphanois.

Le but de Rijvers, puis celui de Mekloufi appuyèrent cette thèse et l'on redouta la catastrophe en songeant que huit jours plus tôt devant Monaco, l'O.M. avait bel et bien failli avoir deux buts à son passif après un quart d'heure de jeu.

Le point réussit par Andersson redonna espoir aux quand méridionale, mais ceci inscrit dans les conditions que nous précisions par ailleurs par Njo'Léa avant la mi-temps, vint démontrer qu'il fallait aussi compter avec... disons les impondérables.

Après le repos, Mekloufi vit Ducasse lui répondre, mais l'écart était toujours de deux buts : 4 à 2. On pouvait encore croire que tout n'était pas perdu. Tout à coup, Domingo, par une chance incroyable, battez encore l'autre Domingo celui de l'O.M.

Quant au penalty (vous savez ce que nous en pensons), il démontra une dernière fois que les Provençaux ne pouvaient pas gagner ce match.

L'ultime effort de Marcel réduisit le score à 6 à 3 illustra cette vérité. Il était écrit que les boys de Robin ne l'emporteraient point.

Ceci établit, il est juste de dire que les olympiens ne peuvent systématiquement échapper à la critique. Ils étaient certes, et en particulier par l'arbitrage de M. Bondon, placés dans des conditions de jeu fort délicates, il n'empêche que leur défense flotta, surtout au début. Elle ne fut, en fait, jamais à l'aise devant une attaque véloce et homogène.

Les demis, de leur côté, eurent toutes les peines du monde devant Mekloufi et Rijvers et l'attaque, privée de balle, piétina souvent.

Seul, finalement, Domingo (malgré l'avalanche de buts qui s'accumulèrent dans ses filets), Johansson, qui sauva des situations désespérées, Scotti par son travail permanent et, à un degré moindre, Andersson et Ducasse tirèrent leur épingle du jeu devant une équipe dans la défense commit portant des fautes et où Rijvers, Mekloufi, Njo'Léa, Domingo et Tilinski qui émergèrent.

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Tilinski blessé

SAINT ETIENNE - Touché à la tête par une balle shootée en force par Mesas, l'arrière central stéphanois Richard Tilinski s'écroula k.o. Il continua pourtant après s'être exilé un moment à l'aile, mais il paya son courage à l'issue des 90 minutes et resta à demi-évanoui sur la table de massage.

Un médecin fut appelé à son chevet.

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Jean ROBIN : "Gagner dans de telles conditions était impossible"

SAINT ETIENNE - L'entraîneur local, Jean Snella, était d'abord, à la fin du match, pour ne pas approuver l'arbitrage extrêmement faible de l'étonnant M. Bondon. À plus forte raison les Marseillais.

Jean Robin nous dit ainsi spontanément :

"Gagner dans de telles conditions c'est-à-dire avec trois buts inscrits contre nous, alors qu'ils étaient imaginaires, était chose impossible."

Et les joueurs de répondre tous en choeur, et nous les suivrons cette fois bien que nous ayons l'habitude d'être circonspect :

"L'arbitrage était trop mauvais, trop unilatérale, pour que nous ayons pu, un instant espérait seulement faire un match nul. Contre nous, tout était permis. Par contre la moindre de nos fautes se trouver sanctionnés avec une sévérité voulue".

Il est difficile d'aller contre ces paroles, d'autant qu'un confrère présent l'autre dimanche à Nice, nous déclara :

"Pour réussir le match nul devant les champions de France il a fallu un miracle. Le referee ce jour-là n'a eu aucune complaisance à notre égard.

"Hormis ce point particulier et combien important, il y a lieu de retenir l'excellent moral conserver par les Marseillais et entretenu par Jean Robin qui avait prit soin avant la rencontre de dire à ses élèves :

"Ne contestez pas les décisions de l'arbitre, vous ne pouvez rien contre celles-ci. Il est souverain."

C'est malheureusement vrai.

 

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