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Résumé Le Provencal

du 29 octobre 1956

  

Match sévère, passionné, aux accrochages multiples, dominé par l'extraordinaire partie de Marcel Domingo et la combativité des Nîmois

L'O.M. est très justement battu à NIMES (2-0)

Le goal marseillais a évité une plus lourde défaite à son équipe qui

Domina souvent mais n'eut jamais l'efficacité des attaquants gardois

(D'un de nos envoyés spéciaux : Lucien D'APO)

Si nous devions conserver qu'un écho de ce match Nîmes - O.M. nous pourrions conclure que tout ce qu'il signifie fut recouvert par le bruit de la cascade des exploits réalisés par Marcel Domingo. L'air du pays ou presque, avait peut-être rendu au keeper olympien l'inspiration des grandes oeuvres. Tour à tour téméraire autoritaire et en toutes circonstances d'une extrême lucidité, il a évité hier à son équipe, un échec qui eut pu reprendre les formes d'une correction.

Le football à cet avantage sur certains autres sports plus complexes, de laisser des comptes nets. Or, la récapitulation de ce choc Nîmes - O.M. prouve combien fut efficace, voir providentiel la collaboration de l'extrême défenseur marseillais.

Oui, les comptes auraient pu être plus douloureux pour ce onze olympien, toujours aussi invertébrée dans sa ligne d'attaque, toujours aussi inquiet dès que le classisisme et le rendement de Scotti et Marcel baissent de ton.

L'époque n'étant plus aux illusions, nous savions, comme tout le monde, qu'une victoire de l'O.M. à Nîmes eut prit la saveur d'un fruit rare.

Aussi bien considérons-nous, en fonction des éléments actuellement en ligne - surtout dans la ligne d'avants - que ce résultat est aussi logique qu'attendu.

Nîmes-O.M. et aujourd'hui ce qu'O.M.-Sète était autrefois : un derby. On vient s'y mesurait entre voisins sous le signe du fair-play, voire de l'amitié. C'est du moins ce que l'on suppose. En réalité, il n'est pas explication plus savamment acharnée, plus vives en accrochages. L'aiguillon de la rivalité pique, en ces jours avec une fréquence qui ressemble à de l'automatisme accéléré.

Ainsi, avant-nous vu hier, nous deux équipes se happaient, s'invectiver puis s'accrocher sans trop de sang quand même, pour sacrifier à l'esprit de ce derby dont nous parlions plus haut.

Si ces exercices annexes que nous procure le championnat de France de football professionnel passionne les gens qui, dans les tribunes, conservent leurs tibias a l'abri, il faut bien convenir que ledit championnat de football professionnel ne sort pas grandi, sa valeur morale du moins de cette sorte de confrontation.

Nous ne désignerons personne.

Les agneaux sont partout après le match. Ils étaient même vingt-deux, hier vers 17 heures, à montrer leurs pattes blanches ou noires avec des larmes dans la voix ou des jurons sur les lèvres.

Après tout, chacun fait sa cuisine comme bon lui semble. Celle du match Nîmes O.M. est toujours un peu pigmentée. Simplement.

Mais venons-en au match.

Les Olympiens partent forts

Les olympiens - ceux de Marseille - prirent, dès le star, la direction du combat... pardon, du match.

Pas pour longtemps, mais durant ce premier quart d'heure on avait pu noter un très bon shoot en biais d'Andersson, une réplique trop lointaine d'Akesbi et, pour terminer ce quart d'heure plus ou moins valable, un remarquable service du même Akesbi que Kominek concluait d'un maître shoot repoussé par Domingo.

Dès lors, Nîmes allait menacer grâce à la combinaison presque parfaite de ces cinq avants, fort bien drivé par Kominek.

Domingo, bondissant, cueillait ensuite un centre shoote de Schwager, un tir de Rahis, puis de nouveau un bolide de ce dernier.

La situation devenait difficile pour l'O.M. qui parvenait à se dégager grâce à Palluch. Un moment, les Marseillais sous la baguette de Scotti, composaient assez adroitement au centre du terrain mais jamais la ligne d'attaque réussissait à s'ébranler dans une course suivit et précise vers les buts gardois.

On notait encore un tir (hors-jeu) de Gunnar Andersson en position d'avant-centre (il jouait ailier gauche puis une assez longue période sans faits saillants de part et d'autre.

Nîmes marque

Si les Marseillais parvenaient à se maintenir, voire à contrôler le jeu au centre de la pelouse on les sentait, par contre prodigieusement stérile dans le compartiment de l'assaut final.

Plus réalistes étaient les Nîmois et ce qui devait arriver arriva.

Nous étions à la 34e minute de jeu.

À la suite d'un coup franc, sanctionnant d'une intervention de Palluch sur Schwager, Kominek bottait droite au but, à 40 mètres environ sur la droite. Rahis s'effaçait et laisser la réception a Mehdi. On vit alors ce dernier noir comme un bout d'anthracite, bondir pour marquer un heading, presque à bout portant. Domingo était battu sans rémission dans le coin droit.

La réponse partie aussi vite que possible. Durand, sur une longue ouverture parvenait à contourner Venturi et à centrer également en retrait. La balle frôla le but. Tout le monde y croyait. Andersson le premier qui se jeta sur le cuir... et le manqua. Cette spécialité du heading n'a jamais été le point fort du goal getter marseillais, qui s'arracha deux bonnes touffes de cheveux.

Peu après, une infiltration réussie, est très dangereuse de Marcel permettait sur la passe en retrait de laisser Andersson en fort bonne position, très près du but. Un audacieux plongeon du gardien nîmois Ferrand dans les pieds d'Andersson fit dérailler ce second train d'espoir.

C'est alors que les accidents commencèrent. Plus sérieux cela. Des accrochages, des menaces, des noms d'oiseaux, le tout livré sans ruban rose.

Rahis, tout à coup, échapper à Johansson et filait seul vers le but. Avait-il marqué ? Non. Une main coupable et discrète lui avait permis de contrôler la balle.

Nouvelle alerte sur les buts marseillais. Tirs de Schwager, repoussé par Domingo. Puis encore tir 'Akesbi, que le 'Dominguin" du football bloque, sans doute férir. Johansson, sous ce bombardement qui termine la mi-temps sauve avec son... fessier. Ouf !

Bien sur l'O.M. a dominé mais Nîmes sans fioritures et avec combativité remarquable à marquer ce qui est mieux.

Molla, Mesas et bien sûr, Domingo, sont les seuls auxquels on ne peut rien reprocher.

Marcel, soi-même, le héros de France - U.R.S.S. accuse les fatigues du match de Colombes.

Jeu dur

Le match reprend. Les chiquenaudes et les jurons de la première mi-temps se font maintenant place à la violence. Le public, bien entendu n'a de voix que pour ses "crocodiles" ce qui est normal.

On note une bonne action de Scotti, dont le rendement paraît bien meilleur. Il capte de nombreuses balles, organise, essaie de faire jouer ses avants, lui étant bien entendu, en retrait.

Mais c'est aux Nîmois que reviennent les mérites.

Ils avancent, poussant, attaquent et dessinent de très jolis mouvements, par Rahis, Kominek, Akesbi et Mehdi. Shoot de Schwager de choix heures dans la foulée. Domingo et là, détourna. Johansson sauve ensuite sur le corner. La balle roule vers Kominek qui ajuste un shoote étincelant. De quoi provoquer des engelures. Domingo est encore là sur le renvoi, les Nîmois repartent. C'est Rahis cette fois qui shoote : Domingo magnifiquement bondit et arrache encore la balle au filet. Il ne fait que ça.

Sur une erreur de Molla, Rahis et Akesbi viennent encore le menacer. Il sort, plonge et sauve.

Puis un autre relativement relatif revient au moment où Jean-Jacques Marcel et littéralement propulsé dans les nuages par Bettache. On parlemente et Marcel se relève boitillant avec bon morceau de viande à vif.

Marcel sans réussite

Le jeu est sévère. L'O.M. attaque avec bonne volonté, mais Marcel n'a pas de réussite. Andersson est exilé. Durant n'arrive pas à sortir des tentatives de Venturi. Mercurio et Scotti sont trop loin. Et pourtant, Nîmes n'a qu'un but d'avance. Les Marseillais le savent bien et attaques de plus en plus mais en vain. La conclusion face aux buts manque.

On notera cependant une action très dangereuse pour le camp nîmois.

Un coup de pied au centre trouve Durand. Mercurio, Marcel, Andersson et Scotti, sous la balle Ferrand saute. Il manque. Durand saute à son tour pour reprend de la tête. La balle va rentrer ? Non. Ferrand, revenu la repoussera in extremis.

Et pendant tout ce temps M. Fauquemberghe l'arbitre donc nous n'ayons point parlé, siffle selon ses inspirations bonnes ou mauvaises. On le dirait très détaché des choses de ce match. Son manque d'énergie et, évidemment à l'origine des incidents.

La fin de ce derby amical approche. Les Nîmois sont maintenant déchaînés. Ils courent, sautillent sans relâche travers la défense marseillaise aux abois. Kominek, très calme lui et grand joueur s'il vous plaît, ouvre merveilleusement sur Schwager (85e minute). Ce dernier dévié sur Akesbi en le lançant. Akesbi, sec comme un cep. fragile semble-t-il comme un jeune communiant, adresse à Domingo un tir que Sa Majesté Piantoni n'eut point désavoué. Il siffle... et ne s'arrête que dans les filets, malgré l'ultime effort de Domingo qui reste assis, battu, comme écrasé par la tâche fantastique qui vient accomplir.

C'est fini. Nîmes a très justement battu l'O.M. Et ce pouvait être plus cruel. C'est le moins que l'on puisse dire.

Si toutefois nous en avons assez dit

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LES AVANTS NIMOIS ONT ETE A LA FETE

ET AUSSI A L'HONNEUR

(De notre correspondant particulier : Jacques PONS)

Le derby Nîmes - O.M. a démontré à quel point la vérité peut valoir de dimanche à l'autre.

Alors qu'à Nancy, récemment les attaquants nîmois avaient fait preuve d'une mièvrerie désolante et s'étaient montrés incapables d'effectuer un tir digne de ce nom ils ont manifesté hier une réussite réalisme de bon aloi.

Il n'est pas exagéré de dire en effet que sans la magnifique partie de Marcel Domingo, addition aurait pu être très lourde pour l'O.M.

Hier, la ligne d'avants des Crocodiles possédait au plus haut point le sens du but.

Les actions offensives furent claires, directes et la plupart d'entre elles se terminèrent par d'excellents tirs.

Fritz Kominek lui-même ne se contenta pas du rôle de constructeur dans lequel il excelle mais il mit également à son actif quelques tirs dangereux dont certains auraient trompé bon nombre de gardiens de but.

Puissent ces bonnes dispositions du quintette offensif nîmois ne pas être sans lendemain !

Alors la suite de la saison devrait être satisfaisante car les lignes arrières ont confirmé leur valeur bien qu'elles aient eu assez peu à faire au cours de ce derby.

Ferrand, n'eut guère la possibilité de faire valoir son talent mais il prouva néanmoins en seconde mi-temps dans une circonstance difficile qu'il mérite bien la confiance qu'on lui a faite.

Bettache manifesta de réels progrès dans le domaine du jeu collectif et on pourrait même le créditer d'un bon match s'il n'avait pas commis à deux reprises des brutalités aussi stupides qu'inutiles.

Le Marocain à de sérieuses qualités mais il faut absolument qu'il s'efforce de se discipliner.

Venturi a confirmé qu'il est un défenseur d'avenir et il a indiscutablement gagné ses galons d'équipier premier.

Barlaguet intelligent, adroit et avisé, le petit demi-aile nîmois fut l'un des hommes les plus en vue de la rencontre. En défense qu'en attaque son action fut prépondérante.

Golinski joua sobrement et utilement. Il ne se laissa jamais prendre en défaut.

Lafont livra un duel impitoyable et le plus souvent victorieux à Jean-Jacques Marcel qui ne parvint jamais à se mettre en position de tir. Par ailleurs il se rendit utile dans le jeu offensif.

Schwager joua ailier droit mais donna l'impression de regretter le poste de demi-aile ou il opérait depuis le début de la saison.

C'est ainsi qu'il se replia souvent et qui vint fréquemment au centre du terrain. Il mit à son actif une passe magistrale qui fut à l'origine du second but nîmois.

Kominek fut le vrai Kominek et on peut le considérer comme le meilleur homme de ce derby à égalité avec Domingo. L'Autrichien orienta admirablement le jeu de son équipe et il sut se replier à bon escient.

Rahis fut une véritable révélation au poste d'avant-centre ou sa puissance et son activité furent précieuses. Il mérite d'être revu à cette place.

Akesbi joua un bon match et sa finesse comme son activité furent utiles. De plus il marqua un magnifique but.

Mehdi enfin confirma les bonnes dispositions manifestées 8 jours plus tôt dans l'équipe amateur. Rapide, courageux et volontaire, il eut le mérite d'ouvrir le score.

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Hormis DOMINGO, MOLLA

et MESAS, seuls, brillèrent

(D'un de nos envoyés spéciaux : Georges LEOST)

Rares furent les joueurs marseillais à tirer leur épingle du jeu au stade Jean-Bouin.

L'un d'entre eux pourtant, Domingo, sauva littéralement son équipe du ridicule.

Excellent, Marcel refusa à lui seul 3 buts à Kominek. En d'autres circonstances encore, il substitua le ballon aux avants nîmois alors qu'il était le seul rempart des filets phocéens.

Il accomplit des prodiges jusqu'à la 34me minute, instant auquel il dut s'incliner. Puis à la 84me, il concéda le second point.

Entre-temps, il se dépensa avec sûreté et témérité, mettant au service d'un très bon placement un remarquable entêtement à repousser les assauts des locaux.

Du grand Domingo, assurément.

Donc l'O.M. lui doit une fière chandelle.

Gransart peina souvent devant Mehdi. Le noir été aussi rapide que le blond marseillais. Et comme ce dernier ne consentit pas à s'astreindre à un marquage digne de ce nom, il se fit souvent (trop) passer par son adversaire.

Palluch fut le moins décevant des arrières. À l'origine (faute sur Schwager) du 1er but, il ne ressortit cependant pas à la nasse.

Molla ? il opéra avec une belle facilité et s'acquitta de sa tâche dans le style impérial qui est le sien, quand il évolue dans la ligne médiane.

Johansson s'évertua sans toujours y parvenir de reconstruire. Il avait à se battre contre Rahis. Dieu sait si ce n'était pas aisé hier.

Mesas est le Marseillais que nous placerons en troisième position. Ardent, s'efforçant de bâtir il lutta avec un coeur que justifie sa position de postulant à une place stable. Surprit en tout cas par sa douceur.

Durant centra deux fois, puis disparut. Manquait évidemment de poids, de "présence" pour un choc de ce genre.

Marcel accusa la fatigue et son match contre l'U.R.S.S. Ne pouvait tout faire à lui seul. En petite condition exceptionnellement.

Scotti eut quelque peine à retrouver le rythme. Toujours précieux. Joua en retrait, beaucoup trop. Mais qui aurait-il pu lancer ?

Mercurio travailla sur la même ligne que ses demis sans "éclater".

Andersson rata de la tête un but qui paraissait acquis, placer un shoot à côté du montant. Le jeu était trop rude pour lui.

Georges LEOST

  

  

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