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Résumé Le Provencal

du 04 février 1957

  

LES MARSEILALIS HARCELES PENDANT 90 MINUTES, N'ONT JAMAIS SU TROUVER LA REPLIQUE

L'Ardente équipe de PERPIGNAN a battu (2-1)

(D'un de nos envoyés spéciaux : Lucien D'APO)

SETE - Décidément l'O.M. a perdu son pouvoir de séduction auprès de la Coupe de France. Après la sérieuse alerte de Troyes, le onze marseillais est entré dans le drame hier à Sète. L'herbe revêche des Métairies n'est pas un terrain d'exploit pour l'O.M. Les souvenirs semblent venir encore hanter ceux qui ont succédé aux héros des derbies célèbres. Pour ce match O.M. Perpignan, ambiance n'y était pas. L'enthousiasme a fait place à la méfiance. On se renseigne sur les espoirs secrets des catalans, on pose des questions, on parle peu et on s'inquiète beaucoup. Les phalanges des supporters - elles-mêmes - semblent frappées d'apathie. Dans l'air moite, les haut-parleurs lance : "N.9 Andersson". Un "ouf" jaillit de toutes les poitrines marseillaises. Mais quelle sérénité, quelle puissance chez les Catalans à leur entrée sur le terrain !

L'aventure commence par une toile de Mesas qui se reprend rapidement. Mais les premiers coups de feu de Perpignan sont impressionnants. L'équipe virevolte littéralement et multiplie les charges. Le petit terrain sétois est un véritable étau pour le onze marseillais qui se confine dans un petit jeu et bafouille plus qu'il ne construit.

Rustichelli, néanmoins réussit un centre qui trouve Andersson dos au mur. La balle ne s'éternise pas dans le camp catalan et va jusqu'à Boulle qui tire au but. Mesas renvoie. Nouvelle offensive catalane. Sinibaldi, dont la solide silhouette se découpe dans tous les coins ou la bataille est vive centre avec précision sur César. Ce dernier se rabat dans le coin, centra à son tour sur Boulle qui reprend, shoote violemment. Mais cette balle allait sortir. Sinibaldi revenu face aux buts, a le dernier réflexe. Il détourne de la tête pour laisser Predal sans défense (12me minute).

C'est le premier but. Le public sétois exulte. Toutes les sympathies, on le devine, vont aux Catalans.

Mais ce n'est pas fini. La sarabande continue. Au milieu de cette fantastique chevauchée des demis et avants catalans, Jensen et Curyl essaient de placer quelques galops.

On croit au but quand, sur un coup franc de Scotti, Marcel très combatif reprend de la tête. Mais la balle va à côté. Peu après, sur une erreur de Johansson, Boulle surgit, mais Predal sauves (27me minute). Dans la minute qui suit, Jensen, le plus audacieux des cinq avants, réussit à passer toute la défense perpignanaise. Il va shooter ? Non, Chelle et Loiseau le fauchent avec beaucoup de pureté. C'est le penalty que place Scotti et sur lequel Cluzel, le goal catalan ne pourra rien. Nous sommes à la 28me minute de jeu.

Jusqu'à la mi-temps, le jeu restera ce qu'il est depuis le début. Précaire, étriqué, du côté marseillais ; impétueux, précis, du côté catalan.

On notera cependant une reprise de César qui passe de peu à côté et un tir de Rustichelli suivi d'un second tir d'Andersson qui s'écrase sur le poteau, Marcel reprend, mais la balle est hors de l'encadrement.

But d'Andersson refusé

Les Catalans reprennent la partie, persuadés que la victoire n'est pas loin. Et ils reprennent l'assaut des buts marseillais avec d'autant plus d'enthousiasme que, sauf Marcel et Johansson, la défense des "blancs" commence à s'inquiéter de toutes les situations.

Andersson, sur un long renvoi réussit, malgré une défense qui se resserre, à shooter et à marquer à la 46me minute. M. Miel probablement influencé par son juge de touche, refuse le but.

Et on continu sur le même rythme. Les Catalans toujours les premiers sur la balle, les Marseillais décontenancés par cette prodigieuse vivacité.

Mais voici que se déclenche une attaque de l'insaisissable Boulle qui lance Henni. Ce dernier frappe le cuir aussi fort qu'il peut. Predal repousse légèrement Boulle récupère la balle et dans sa foulée shoote encore. La barre sauve Predal.

Les Catalans déchaînés

Curyl, en vain, essaie de trouver la fissure. Jensen, classique remet de l'ordre. L'ensemble olympien redonne confiance à ses supporters pendant quelques minutes. Feu de paille ! Marcel et Scotti renvoient inlassablement. Rien n'y fait. Voilà encore Henri, Juanola et Boulle qui tirent au but (74me, 76me, 79me). La fin du match approche. Les Catalans sont franchement déchaînés. Ils poussent la défense marseillaise dans ses derniers retranchements sous les encouragements d'un public gagné à leur cause. De fait ils jouent mieux.

Il ne reste plus que trois minutes à jouer. On entrevoit la prolongation. Jensen a le ballon. Bousculé, entouré, il recule vers ses buts et donne en retrait, avec précision à Predal qui saisit la balle, puis la laisse échapper. Sinibaldi qui est là, ne saurait manquer ce trésor... en cuir. Il le pousse dans les filets. Ce n'est qu'un cri dans le stade. Sinibaldi s'écroule sous les embrassades de ses camarades.

L'O.M. essaiera pendant les dernières minutes de sauver son prestige et sa place en Coupe.

Mais ils sont onze à couper court à ces ambitions.

Perpignan jouera le prochain tour.

La coupe Drago attend l'O.M.

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Seuls MARCEL, SCOTTI, JENSEN

JOHANSSON... sans reproches !

(D'un de nos envoyés spéciaux : Alain DELCROIX)

SETE - Le Perpignan F. C. incontestablement a surpris l'Olympique par sa rapidité d'exécution.

Les hommes de Pierre Sinibaldi ont donné une leçon de réalisme aux porteurs du maillot blanc qui abusèrent d'un jeu "petit-bourgeois" fait de petites passes sans conclusion.

Comme il convient d'ajouter que les Olympiens donnèrent en fin de partie des signes évidents de fatigue, il ne faut pas s'étonner que la production des Catalans ait été supérieure dans son ensemble de celles des Phocéens.

Chez ces derniers, quatre hommes ressortirent du lot. J.J. Marcel, Roger Scotti et Gunnar Johansson en défense, Éric Jensen en attaque.

Le Brignolais a couvert beaucoup de terrain et il s'est efforcé de donner du "sang" à une attaque qui en manquait réellement hier, aux Métairies. Son compère Scotti, fut souvent clairvoyant, ne perdit jamais son sang-froid même dans les circonstances délicates et signa un penalty avec une aisance habituelle.

Jensen fut à l'origine du "point de réparation" marseillais et il s'avéra le plus entreprenant d'une ligne offensive plutôt indécise et invertébrée.

Predal paraissait nerveux et ému. Il était battu sur les essais de Henni et de Pierre Sinibaldi à la 59me minute et commit une lourde faute en lâchant la balle que lui adressait en retrait le Danois au moment décisif du match. Molla lui aussi n'était pas dans un jour faste et ne sut pas surveiller étroitement l'enfant de la Belle-de-Mai.

Mesas fournit une prestation honorable et dégagea plusieurs balles dangereuses.

Rustichelli n'était pas en condition physique, il n'avait pas la cadence et sa production s'en ressentit largement.

Andersson n'était pas remis de sa blessure et pris en charge par deux hommes, il ne mit à son actif qu'un bolide sur le montant droit (40me).

Mercurio effectua un labeur obscur, zélé mais sans grand éclat. Stan Curyl fut très accrocheur au cours du premier half mais par la suite il baissa de ton.

Dans l'équipe catalane Loiseau, Petitfils, Pierre Sinibaldi et César en opérait avec beaucoup de relief.

Loiseau "boucla" Andersson avec autorité, le frère de l'ancien international rémois se montra infatigable, l'entraîneur-joueur fut mieux qu'un stratège, un goal-getter terriblement efficace. L'Espagnol de Barcelone, admirable technicien exécuta un magnifique tir croisé à la 55me.

Ibanez accrocheur en diable bon ratisseur mérita une mention ainsi que Boulle dont la hargne causa plus d'une fois la perturbation au sein des 18 mètres adverses.

Chelle domina Rustichelli, Duluc combattit avec vaillance devant Curyl. Juanola fut très appliqué pour ses débuts. Henri poussa des pointes incisives.

Perpignan a défendu le pavillon de la 2me division avec infiniment de panache...

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ANDERSSON NE VOULAIT PAS JOUER

SETE - Gunnar Andersson, hier matin, était allée se promener sur les quais sétois et il fut abordé par plusieurs supporters qui lui posèrent inimitable question : "Alors, Gunnar, ça va mieux, tu joueras cet après-midi ?"

Le Mazarguais fit un signe de tête affirmatif et répliqua, sans grand enthousiasme : "Oui, je tiendrai ma place, puisque mes supérieurs le veulent, mais je vous assure que je ne me sens pas en très bon état... Je souffre encore !"

Gunnar avait-il un pressentiment ? Peut-être... Toujours est-il qu'il ne fut pas très gâté au cours de cet étonnant choc des seizièmes de finale. Il réussit un but à la 46me minute, qui fut refusé pour hors-jeu. Il tira une fois sur le montant droit de la cage de Cluzel (40me) et il fut expédié violemment au sol sur une charge de Loiseau à la 37me minute.

Sombre dimanche, pouvait-il fredonner en reprenant cette vieille et célèbre chanson...

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Pierre Sinibaldi :

"Dommage pour l'O.M. !"

Dans les vestiaires Perpignanais régnait la joie la plus complète. C'était même du délire. On s'embrassait, on trépignait, on pleurait de ravissement.

L'entraîneur Pierre Sinibaldi ne partageait pas l'euphorie générale, du moins il n'extériorisait pas son contentement : "Je suis évidemment ravi, je pense que nous avons fourni le meilleur jeu. Mais c'est dommage pour l'O.M. et j'aurais préféré me qualifier contre une autre équipe !"

Loiseau, le capitaine, était fort satisfait et nous confia : "Nous avons opéré comme il le fallait le faire... nous avons étouffé les blancs et je n'ai jamais douté de la victoire après le premier quart d'heure !"

Le gardien Cluzel nous fit remarquer : "En dehors du penalty je n'ai-je pas eu beaucoup de travail. Et d'ailleurs ce penalty était réellement sévère !"

L'ex-Nîmois Boulle était radieux en s'exclamant : "Quelle belle journée, vraiment en entrant sur le terrain, nous ne pensions pas réussir un tel exploit".

Enfin M. Aulas, l'un des dirigeants catalans, résuma, sa pensée avec infiniment de franchise : "Tous nos hommes ont été formidables et je crois qu'ils ont droit à des louanges unanimes, car n'oublions pas que nous avions abordé cette rencontre avec plusieurs absents de choix, tel qu'Inesta, Bosch, Mimouni. Mais Pierre Sinibaldi a été remarquable, il a su mener ses hommes à la victoire de façon merveilleuse..."

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M. ZARAYA :

"Ils n'ont jamais si mal joué"

SETE - Deux portes au fond d'un couloir. D'un côté le vestiaire catalan. De l'autre celui de l'O.M. On ne s'entend plus dans le premier, on voulait déchirer le silence pesant du second.

M. Zaraya, appuyé au mur est effondré ou presque : "C'est bête, c'est bête, dit-il. Ils ont été pris de vitesse. Ils n'ont jamais joué aussi mal".

Jean-Jacques Marcel : "Si seulement on avait pu dessiner le destin de cette balle ! Un rien, un rien. Nous jouions la prolongation. Tout pouvait alors changer".

Pour Scotti, le but de Gunnar Andersson était parfaitement valable.

Andersson confirme : "Je n'étais pas hors-jeu. Je venais de derrière, le but était bon".

Mesas, lui, ne veut rien dire tout comme Molla.

Predal en pleurait :

"J'ai pris la balle et je l'ai lâché. C'est malheureux. Tout est pour moi je suis le fautif. Une seule erreur. Voilà les inconvénients du métier de goal".

Palluch qui est venue encourager ses camarades et aussi malheureux que s'il avait joué : "C'est la Coupe le terrain était moche, trop petit, la balle rebondissait dans tous les sens. Mais que peut-on y faire ? "

Jean Robin, à son tour, estime que le but refusé n'étais pas hors-jeu. "Mais conclut-il, nous avons bien mal joué, c'est mérité".

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SETE - Alors que le coup de sifflet final venait de retentir et que les supporters perpignanais envahissaient la pelouse des Métairies, le capitaine des vainqueurs, Loiseau, s'est rapproché de l'arbitre, M. Miel, et lui a serré vigoureusement la main pour le remercier d'avoir dirigé cette rencontre avec beaucoup d'impartialité.

Sans aucun doute le demi-centre avait oublié, dans l'ambiance de la victoire, que ce referee avait sifflé contre son camp un penalty que l'on pouvait qualifier de sévères.

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