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Résumé Le Provencal

du 16 février 1959

 

LES DRIBBLES DE BESSONNART ONT DESAXE LA DEFENSE MARSEILALISE

2 BUTS A 1 ! L'O.M. EST BATTU PAR ALES

le onze phocéen mena jusqu'à la 64e minute

grace à un but de Jean-Jacques MARCEL

(Le match raconté par Maurice LAURENT)

ALES - La partie s'engage sous un soleil éclatant en présence d'un public plus exubérant que de coutume. Les Marseillais sont tout de suite en action et sur centre de Jean-Jacques Marcel, Vescovali, d'ailleurs hors-jeu, manque la première occasion du match.

Mais les locaux s'organisent et à la 4e minute obtiennent un corner que Ben Fadah sert derrière la ligne.

Heureux immédiatement après, sur coup franc fort bien tiré par Bourtal, Tonda intervient pour détourner la balle du bout des doigts, en corner. C'est Sékou, cette fois qui le sert avec précision et Bessonnart et à la réception pour reprendre d'un retourné acrobatique.

Malheureusement, Poleschi, qui s'était précipité, reçoit le pied de l'Urugayen en plein visage et doit aller se faire soigner un moment sur la touche. Rien de bien grave. Et l'arrière central marseillais, très applaudi, reprend bientôt sa place.

À la 9e minute, un centre de Sékou trouve Bessonnart dont le tir très appuyé donne lieu à un bel arrêt de Tonda. Les locaux, toujours les premiers sur la balle conservent pour l'instant l'initiative des opérations et une offensive de leur part se termine par un shoot de Wilson qui passe de peu à côté.

Bessonnart agit de même peu après. À la 21e minute, le danger se précise pour l'O.M. Tonda, sorti au devant de Sékou, est suppléé par Gransart qui, de la tête, met la balle en corner.

Leonetti, replié, dégage.

C'est à la 28e minute que Marseille obtient son premier corner, suivi d'un second à la suite d'un tir de Ramon détourné par Hermann derrière la ligne. Mallet intervient alors... avec décision.

Encore une sortie inopportune de Tonda sur tir de Szeremeta. Gransart intervient à nouveau devant Wilson, qui a suivi l'action, et parvient de justesse à éloigner le danger de son but.

MARCEL ouvre le score

Un retourné de Bessonnart qui vaut un coup franc grâce auquel l'O.M. se donne de l'air et c'est Tillon, qui, à la 36e minute, lance Marcel. Celui-ci dans un rush puissant et décidé, s'avance et du gauche, place un tir en coin contre lequel Mallet quelque peu masqué, doit s'avouer impuissant.

O.M., 1 ; O.A., 0.

Encouragés par cette réussite, les visiteurs attaquent avec décision et Mallet doit sortir au devant de Tillon.

Pour l'instant, le meilleur jeu est fourni par l'O.M. dont les joueurs font courir la balle et se démarquent avec à-propos. Mais le forcing alésien reprend bien vite le dessus et sur attaque menée par Szeremeta, Gransart concède un nouveau corner.

Le repos survient peu après sur le score de 1 à 0 en faveur de Marseille.

Jeu ardent

D'entrée, en voulant passer la balle à son gardien, Hermann concède sottement un corner. Leonetti le donne avec précision et Touré, de la tête, envoie la balle au-dessus. Le jeu pratiqué jusqu'ici vaut surtout par l'ardeur qu'il apporte de part et d'autre dans la lutte pour la possession de la balle.

On note cependant quelques bonnes offensives menées par Marcel pour l'O.M. ou par Bessonnart au profit de l'O.A. Un tir de Vescovali est arrêté du bout des doigts par Mallet, alors que Tonda doit s'y reprendre à deux fois pour parer tout de suite après un shot de Ben Fadah.

Le jeu rapide et Marcel se signale toujours à son avantage, notamment en effectuant, balle au pied, en partant de ses 18 mètres, une montée offensive qui termine par un shoot très sec qui passe de peu à côté. Une ovation souligne son exploit.

BESSONNART égalise...

Mais ce sera là le chant du signe pour l'O.M. En effet, à la 64e minute, Wilson part sur la gauche et arrivé aux abords du coin de corner, centre en retrait. Bessonnart est encore là !

Tonda hésite, se précipite enfin. Trop tard. L'Urugayen, sans perdre son sang-froid, a tiré dans les buts vides. Les deux équipes sont à égalité : 1 à 1.

...et Sekou

donne la victoire à Alès.

La réplique ne se fait pas attendre. Marcel rageusement, part à l'attaque et son tir passe au-dessus.

Et c'est alors que s'inscrit la minute du drame. Lancé par Bourtal, Sékou s'en va entre deux adversaires. Tonda hésite à sortir à sa rencontre, ne serait-ce que pour fermer l'angle de tir. Le shoot part en biais et la balle après avoir frappé le poteau, s'en va au fond des filets.

Alès, 2 ; O.M., 1.

Le match est joué !

Les Marseillais, en effet, accusent le coup et il s'en faut de peu qu'ils ne concèdent un troisième but quand Bessonnart, très brillant en cette fin de partie, sème toute la meute attachée à ses trousses, attire Tonda, mais tire mollement d'un rien à côté.

Le jeu se poursuit au centre du terrain. Les Alésiens, très décontractés à présent, sont les maîtres de la situation.

Cependant Alauzun essaie de remonter le courant et sur l'un de ses tirs Mallet parait en difficulté.

Tonda se distingue ensuite en plongeant courageusement dans les pieds de Szeremeta. Le jeu se poursuit sans avantage marqué de part et d'autre.

Cependant, sur la fin, Mallet à l'occasion de se distinguer. Il le fait avec son autorité habituelle et le dernier coup de sifflet retentit enfin sur le score de 2 à 1 en faveur d'Alès, qui reflète assez judicieusement d'ailleurs la physionomie du débat, sans grande envergure peut-être, mais fort attrayant malgré tout.

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L'INEXPERIENCE DE LA DEFENSE

DE l'O.M. A FAIT LE JEU

DE L'INSAISISSABLE BESSONNART

(Les commentaires de Maurice FABREGUETTES)

ALES (Par téléphone) - Dans un match qualifié de la dernière chance, c'est entre la 67e et la 68e minute que la chance tourna franchement en faveur des Alésiens.

Tout d'abord Bessonnart égalisa après avoir esquivé le plongeon de Tonda ; on engagea et, tout de suite après, Marcel, dans l'une de ces envolées dont il a le secret, perça la défense cévenole. Malheureusement pour l'O.M. le tir de son inter droit passa de peu à côté alors que Mallet paraissait battu. Ce fut le tournant de la rencontre, d'une rencontre qui comme on s'y attendait d'ailleurs, fut d'une facture technique assez médiocre.

Les vingt-deux joueurs ont cependant quelques excuses à faire valoir ; il faisait une chaleur inhabituelle pour un mois de février. L'enjeu était important et la pelouse du stade de la Prairie, ravagée par les récentes inondations, ressemblait à un pré à vache.

L'inexpérience

de la défense marseillaise

Il n'en reste pas moins que les deux équipes ont justifié, si l'on ose dire, leur mauvais classement.

Marseille a paru inexpérimenté en défense et maladroit en attaque.

En défense, Poleschi, tout en ayant fait des débuts professionnels que nous estimons honorable ne fut jamais capable de tenir Bessonnart et Tonda, à côté de quelques actions méritoires, commit plusieurs bévues dont une coûta le deuxième but à son équipe.

Quant aux autres, Ramon, Gransart et Molla, ils avaient trop à faire pour pouvoir soutenir utilement leurs deux jeunes partenaires.

En attaque, Tillon, Vescovali et Touré ne réussirent pas un seul tir en direction de la cage, durant toute la partie. Tillon, en particulier, fut absolument méconnaissable par rapport à son match de dimanche dernier contre Saint-Étienne. Tant et si bien que les meilleurs moments de l'O.M. - il y en a eu surtout en première mi-temps, et au début de la seconde - se située quand le ballon passa dans les pieds de Marcel, Leonetti et Alauzun.

ALES sans inter

À Alès la grande faiblesse fut au niveau des inters. Szeremeta et Ben Fadah, malgré leur bonne volonté et leur immense courage sont un peu dépassés a ce poste, il est vrai délicat

Le résultat le plus évident de cette déficience surtout technique et que les deux avants de couleur, Wilson et Sekou, sont le plus souvent obligés de se contenter de balles perdues.

Fort heureusement pour les Alésiens, le reste de l'équipe, à défaut de super classe, fit preuve, surtout dans le domaine défensif, d'une plus grande homogénéité que son adversaire, avec mention spéciale à Bourtal dont la partie fut prometteuse.

DEFNOUN et BESSONNART

Mais encore que l'équipe soit un tout, il faut nettement contenir que deux hommes prirent une part prépondérante dans le ce succès - ô combien précieux - de l'Olympique d'Alès : Defnoun et Bessonnart.

Defnoun par sa vitesse, son adresse et son sens de l'anticipation, annihila complètement Tillon.

Bessonnart pourtant isolé au centre de l'attaque alésienne désaxa complètement la défense marseillaise par ses dribbles en profondeur et son "punch".

La conclusion est facile : Alès conserve une petite chance et Marseille n'en a plus guère. Mais notre impression comme celle de tous les neutres, est que les deux équipes - hélas sudiste - ont encore beaucoup à faire pour espérer dépasser Limoges, Lens et Lille qui forment l'avant-dernier peloton.

Alès, il est vrai, peut encore disposer des précieux services de Tokpa et de Pelazzo. Et Marseille doit une fois de plus "mettre son ouvrage sur le métier".

L'opération "sang neuf", valable contre Saint-Étienne n'a pas résisté à la chaude d'expérience de la Prairie.

C'est - et nous en sommes pas plus fiers - ce que nous redoutions.

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RENE DEDIEU : "Dommage pour MARSEILLE

car j'ai joué à l'Huveaune en 1916"

ALES - (D'un de nos envoyés spéciaux) - La joie et la fatigue règnent en maîtresse aux vestiaires alésiens après la rencontre.

Le plus fatigué, et le plus heureux à la fois, est bien René Dedieu, que l'on trouve littéralement affalé sur son banc.

- "Ouf ! dit-il. C'est sans doute moi qui ait eu le plus chaud !

Il nous reste encore une petite chance car nous avons cinq rencontres à jouer à domicile, mais l'O.M. nous semble irrémédiablement condamnés.

"Dommage pour Marseille, car j'avais joué, dans le temps à l'Huveaune, en 916, juste après un match de rugby.

"Ce ne fut pas un grand match, mais les deux équipes voulaient tellement gagner que c'était presque normal.

"Enfin, avec Tokpa, Pelazzo et Delset, dont la rentrée est prochaine, nous pouvons espérer nous renforcer".

Defnoun, qui fit un excellent match, se plaignait d'un léger claquage à l'aine.

"Tillon ne m'a pas trop fait souffrir, nous dit-il. Il manque de vitesse pour moi. Mais Marcel m'a parfois impressionné".

Dans les coulisses nous avons retrouvé, reconstitué en civil, le fameux tandem Tokpa Nagy : Tokpa souriant de toutes ses dents comme à son habitude, nous a affirmé qu'il se sentait prêt à faire une grande saison.

"Il faut sortir l'O.A. de là, dit-il".

Quant à Jules, pas rancunier pour deux sous, il était ravi du succès de son ancienne équipe.

Ajoutant qu'en se rencontrant les deux anciens partenaires et amis s'étaient embrassés.

Un dernier mot, pour terminer celui de M. Julien, le populaire Marius qui déclarait :

"Je crois que j'ai perdu 5kgs mais je ne le regrette pas".

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TILLON fut l'ombre de lui-même

(Les joueurs vus par André HATCHONDO)

Nous n'avons cessé tout au long de ces 90 minutes pénibles tant la facture du jeu fut de faible qualité, de plaindre le sort de Poleschi.

Bessonart, l'homme du match, ne se manifesta qu'en seconde mi-temps surtout. Et pourtant, même pendant le premier acte de cette rencontre alors que les Alésiens semblaient avoir été piqués par une bouche tsé-tsé, le bouillant... et adipeux avant-centre, ne cessa d'inquiéter le demi centre. Bien sûr, ne convient-il pas de rendre ce dernier responsable de la défaite. Avec les moyens du bord, il limita les dégâts.

Par contre, Tillon, si brillant devant Saint-Étienne, ne fut l'ombre que de lui-même. S'il mit autant de cur à l'ouvrage qu'à l'habitude, ce fut en pure perte. Mal inspiré, sans ressort, il fut jugulé par Defnoun.

Et les autres acteurs ?... Jean-Jacques Marcel, malgré un excès de personnalité en deux circonstances, travailla agréablement, utilement, inlassablement. Il n'a rien à se reprocher pas plus que Leonetti que Ramon (sauf à l'occasion d'un dégagement loupé qui faillit.. expédier la balle dans ses buts de Tonda).

Molla et Alauzun eurent de bonnes choses... et d'autres moins bonnes. Alauzun, en particulier eut des interventions judicieuses. Son excellente technique et son intelligente constituèrent un véritable régal par moment. Mais il est incontestablement desservi par un manque de détente et de vitesse.

Vescovali à lutter énergiquement mais son garde du corps Hermann était plus rapide que lui. Ce qui est tout de même ennuyeux pour un ailier ! Touré n'était visiblement pas dans son assiette. Il est vrai qu'il souffre d'une déchirure musculaire (adducteurs).

Tonda, à côté d'excellents arrêts, commit deux énormes fautes : sur la première, il sortit de sa cage et la balle passa au-dessus de sa tête (Gransart sauva son camp) ; au contraire pour avoir manqué de jugeotte, Sekou le fusilla, à bout portant, mais dans un angle impossible (le deuxième but d'Alès).

À Alès les meilleurs avec Bessonart : Szemeretta et Mallet.

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M. ZARAYA

"Si Tillon"...

M. Zaraya attendait beaucoup de satisfactions de cette rencontre.

Son optimisme (réconfortant) n'a pas été récompensé : "Que voulez-vous que je vous dise ?... Tillon sur lequel je comptais aujourd'hui n'a pas eu le dixième du rendement que nous avons enregistré devant Saint-Étienne... Et ce premier but d'Alès acquit sur hors-jeu..."

Tillon s'expliquait mal sa défaillance. Il était abattu : "Je ne comprends rien ! J'étais lourd. Je n'étais pas dans mon assiette... "

Gransart tempêtait : "Quand nous avons marqué le but, nous aurions dû jouer autrement qu'en roue libre... "

Poleschi était étonné : "Ce Bessonnart est une force de la nature... et n'a cessé de râler..."

 

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