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Résumé Le Provencal

du 06 février 1961

 

UN MATCH EPUISANT, APRE, JOUE A L'ENERGIE PAR DEUX ADVERSAIRE

NANTIS D'UNE MEME AMBITION

La défense héroïque de l'O.M. a tenu les entreprenants avants de BORDEAUX en échec (2-2)

(de notre envoyé spécial : André HATCHONDO)

BORDEAUX (par téléphone). -

Le duel Girondins-O.M. cristallisait tout l'intérêt du championnat de deuxième division. Les spectateurs bordelais ont été alléchés par cette affiche d'autant plus attrayante qu'elle évoque, toujours le glorieux passé de deux clubs légendaires.

On se console comme on peut à Bordeaux, tout comme à Marseille. Envie de souvenirs. En à la nostalgie de la nouvelle époque. Ah ! si les coups de gueule du public pouvaient métamorphoser une équipe de deuxième division en équipe vedette de division nationale...

Hélas ! En le domaine du football, moins peut-être qu'ailleurs, la réalité ne dépasse jamais la fiction.

Et le menu qu'offre un match de seconde zone ne varie pas beaucoup.

Les joueurs locaux poussés dans le dos par cette force invisible que sait créer la vox populi s'enhardissent au fil des minutes. Les adversaires ont prévu ce raz-de-marée. Il renforce la défense avec des attaquants qui se replient à la hauteur des arrières, les tentatives de buts devenant l'apanage d'un ou deux acteurs qui justifient ainsi leur appellation d'avants de pointe.

Soyons francs. Nous ne donnions pas chers de la peau de l'O.M., malgré les consignes extrêmement précises, surtout basé sur la prudence, que distribua Lucien Troupel avant la rencontre.

Pourquoi ? Le "onze" girondin tenait à son titre d'équipe invaincue sur son propre terrain et l'O.M. de son côté, étant privé de son "travailleur de force" Sansonetti, et d'un de ses "cerveaux" Lefevre, la formule mise sur pied par les responsables ne possédait pas, a priori, les atouts nécessaires pour faire trébucher son rival

A Ugolini le premier exploit

L'O.M. subit, à la première seconde, le sarcasme des suppoteurs bordelais. Un rire cruel et ironique, à la fois, salut à une charge, ô combien irrégulière de la "demi-portion" Robuschi, qui expédia dans décor, mais oui, le colosse Gransart.

N'était-ce pas là le signe avant-coureur d'une volonté de vaincre de tous les jours de Bordeaux, du plus grand au plus petit ?

Comme le Noir Moevi, long comme un jour sans pain, escogriffe hargneux et agressif, s'acharnait quelques instants plus tard sur Aygoui, promu ailier, notre première impression semblait se confirmer : le match s'annonçait acharné, passionné, âpre, joué à énergie pour ne pas dire à la cravache.

Robuschi récidiva en attaque une nouvelle fois, à Gransart qui n'en croyait pas ses yeux...

Déjà, Gori et Baudet s'animaient et mettaient la défense olympienne en péril.

Ce sont pourtant les calculs - et le rêve - de Lucien Troupel qui prenait corps les premiers. Milazzo lancait Aygoui. L'ailier alertait Ugolini d'une passe longue (10e minute), l'avant-centre prenait de vitesse la défense girondine et s'avancer tout seul vers Ranouilh. Le goal local ayant prématurément quitté sa place, c'était le but type de contre-attaque, réussi au cours d'une action sans bavure. (1 à 0).

Ce n'est un secret pour personne. Quand une équipe visiteuse obtient un but dans d'aussi excellentes conditions, elle met tout en oeuvre pour conserver sa maigre avance.

Ce point affola les Bordelais. Certes, ils se ruèrent à l'assaut de la cage gardée par Corazza - toujours vigilant - mais leurs offensives menées tambour battant dn'en montraient pas moins une faille incompatible avec le succès : l'excès de précipitation.

Tour à tour Baudet, Gori et Robuschi surent, tout en restant extrêmement dangereux, s'affoler à l'approche du filet hermétique que tendaient les défenseurs marseillais.

Ceux-ci n'en sortirent au prix d'une cascade de corners. C'est bien simple, entre la 16e et la 23e minute nous en comptables cinq, ce qui semble constituer un record en la matière.

Nous eûmes très peur à l'occasion du dernier d'entre eux. Un cafouillage monstre se produisit à deux pas des buts marseillais, cafouillage qui semblait devoir tourner à l'avantage des Girondins. Mais Corazza jaillit pour s'interposer opportunément.

Ce match s'annonçait comme devant être un éternel recommencement. Les attaquants bordelais menacaient le camp marseillais presque en permanence. Les marseillais faisaient confiance à leur défense toujours renforcée, et misaient sur la contre-attaque surprise, conduite par Ugolini.

On verrait bien si le repos de la mi-temps porterait conseil...

Un "nul" équitable

Il fallait en convenir. Le but des marseillais paraissait un bien très fragile, en regard de la farouche volonté des Bordelais qui attaquaient inlassablement.

Le "béton" de l'O.M. avait l'air de bonne qualité.

La meilleure preuve c'est que les joueurs locaux allaient obtenir le but égalisateur sur un coup franc.

Moévi fut fauché près de la surface de réparation. Le coup franc que lui accorda M. Miel été indiscutable. Bourdoncle le tira. La balle au point de chute rencontra malencontreusement le pied de Milazzo. Cette déviation involontaire permit à Gori (53e minute) de "fusiller" Corazza (1 à 1).

Les Girondins, émoustillés, repartirent de plus belle. Gori, rageur, et Baudet, bien inspiré, se montraient toujours aussi entreprenant...

Gori s'accrochait aux Basques de Misiasek, M. Miel, au grand dam de l'intéressé et des Marseillais, donnait généreusement un coup franc en faveur des Bordelais.

Bourdoncle le tirait (67e minute). La balle passait au-dessus du mur olympien. Robuschi surgissait à point nommé et, d'une impeccable volée, logeait la balle hors de portée de Corazza (2 à 1).

La rencontre ne perdait pas en acharnement. Gransart ne ménageait toujours pas Robuschi, teigneux et méchant. Moevi fauchait Aygoui... M. Miel pointait son index vengeur vers les fautifs.

Calleja commit une "main" (75e minute). Aygoui tenta de transformer ce coup franc en but et Ranoulhi, sur ce tir, du concédé le corner. Kominek se chargea de tirer. La balle parvenait à Aygoui. D'un petit centre en hauteur, l'ailier sollicita les Marseillais massés devant la cage des Bordelais. Milazzo s'éleva au-dessus de la mêlée et, de la tête, signa le but égalisateur (2 à 2).

Dès lors, les entreprises des Girondins ne furent plus marquées du sceau de la foi. Ils terminaient visiblement ce nouvel épisode du championnat sans hargnes.

On peut se poser une question que serait-il advenu si Baudet, à l'ultime seconde de ce duel âpre et passionné, avait cru en sa chance ?

Les Bordelais sont persuadés qu'ils avaient la balle du match au bout du pied.

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JOURNEE SATISFAISANTE POUR L'O.M.

BORDEAUX - Un match nul devrait en principe tout au moins satisfaire les deux adversaires.

Il n'en fut rien à Bordeaux.

Une équipe pavoisait. Vous l'avez deviné. Les Marseillais étaient radieux. Diable, prendre un point au stade municipal de la grande ville du Sud-Ouest est en soi un exploit. Lucien Troupel savourait ce succès partiel. Mais il tempêta quand survint notre ami Paul Martinelli. Le dirigeant rapporté de sa visite à l'arbitre une mauvaise nouvelle : Gransart écopé d'un avertissement. Le cur de l'O.M. interrogea : " Et Robuschi ?" Ce fut un tollé quand Paul Martinelli annonça que l'ailier bordelais n'était pas puni tout comme son adversaire direct Gransart.

Le "condamné" Gransart hochait la tête : "tant justice, c'est un scandale !", criaient les Marseillais. Quant à Lucien Troupel il consolait son arrière comme on console un enfant.

Aux vestiaires girondins en faisait grise mine. Artigas, calmement, analyser la rencontre : "Pourquoi cet affolement ? Mes hommes ont perdu bêtement l'occasion d'améliorer leur actif, voire leur classement... Les Marseillais ont adopté la tactique qui convenait pour contrecarrer nos projets... "

Un dirigeant essayait de lui démontrer que les jeux sont loin d'être faits. Artigas ne l'écoutait pas. A l'image de ses joueurs, il n'était pas satisfait de cette journée. Match nul... Moevi punit un avertissement lui aussi : bilan peu satisfaisant. Nous comprenons l'angoisse des Bordelais...

A.H.

   

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