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Résumé Le Provencal

du 13 février 1967

 

MATCH NOIR DE L'O.M.

5 buts à 0 !

ANGERS était trop fort

(D'un de nos envoyés spéciaux : Louis DUPIC)

Il y a des jours, comme cela, où rien ne va. Nous ne pensions pas personnellement que l'O.M. pouvait battre Angers dont la finesse de jeu s'était déjà imposée de façon éclatante en championnat. Mais nous espérons tout de même que l'attaque marseillaise, avec son tandem noir et son buteur miracle, pouvez avoir son mot à dire dans ce débat.

En fait, le match du Parc fut la réédition à peu près intégrale de celui du stade Bessonneau et les irrésistibles Angevins poussèrent même le mimétisme jusqu'à réaliser le même score de 5 à 0. Autrement dit, il n'y eut pratiquement pas de match ou, si match il y eut, il ne dura qu'une vingtaine de minutes. Le temps que mirent les merveilleux Poli, Deloffre et Dogliani pour trouver la distance et la meilleure façon de traverser la défense en ligne de l'O.M. tout en échappant au drapeau du juge de touche, ce qui n'était pas le plus facile.

Réglons tout de suite le compte à cet officiel en précisant qu'il signala un hors-jeu angevin sur une entrée en touche.

O Un trio maître

Oui, les deux demis d'Angers et Jean Pierre Dogliani furent les grands artisans de la déroute marseillaise. En collaboration avec les arrières clairvoyants et précis dans leurs renvois, Poli, Deloffre et Dogliani donnèrent au S.C.O. une écrasante suprématie au milieu du terrain, qui alla en s'affirmant au fil des minutes. La subtilité et la netteté de leurs échanges provoquèrent l'admiration du public du Parc... et la nôtre.

Après quelques tâtonnements et départs trop anticipés de Margottin, la machine se mit à tourner rond et les défenseurs de l'O.M. se trouvèrent contraints de faire flèche de tout bois. Si le premier but angevin fut quelque peu heureux Artelesa et Zwunka ratant successivement de quelques centimètres l'occasion d'écarter le danger, le second fut magnifique. Nouvelle réussite pour le troisième, les deux derniers étant acquis sur des actions purement individuelles. Ainsi on doit considérer qu'Angers ne fut pas malheureux à l'occasion des actions décisives mais ne marqua pas spécialement tous les buts qu'il aurait du marquer. Car Margottin et Dubaele notamment ratèrent par excès de confiance peut-être des points qui paraissaient acquis.

Autre paradoxe, les avants de pointe angevins furent loin d'être les meilleurs hommes de leur équipe. Margottin signa deux buts, mais fut assez bien tenu en respect par Lopez. Stievenard ne réussit jamais à déborder Tassone et Dubaele ne fut pas très heureux, tout cela étant très relatif.

Mais pour nous, les artisans de la victoire furent bien les demis et les arrières angevins qui excellèrent à placer leurs camarades de l'attaque dans les meilleures conditions. Félicitons donc, outre les trois hommes déjà cités, Grobarcik, Mouilleron, Chlosta et Bourdel.

Angers est probablement la meilleure équipe du moment. Nous pouvons émettre cette opinion après avoir jugé Nantes et Saint-Étienne récemment.

O Les malheurs de l'O.M.

Après avoir dressé vainqueur les lauriers qu'ils méritaient, il convient de verser un pleur sur les malheurs des vaincus. Car l'O.M. fut finalement très malheureux, à l'exemple de Josip Skoblar et de son capitaine Artelesa.

Nous avons vu le premier très nerveux et sombre au vestiaire avant le match, follement désireux de confirmer devant le public du Parc tout le bien que qu'on avait dit de lui un peu partout. Nous avons été vraiment malheureux pour lui et avec lui car Josip passa à côté de sa plus grande réussite. Il eut, en effet, 4 balles de but, 2 par mi-temps, et ne pu profiter d'aucune, connaissant même infortune de mettre un penalty dans les mains de Gallina.

Précisons qu'il ne fut guère servi par ses partenaires, mais enfin, dans un jour de chance, il eut sans nul doute marqué 2 buts et transformé le penalty. Mais ce n'était ni le jour de Skoblar, ni celui de l'O.M., et l'un comme l'autre ratèrent la consécration du Parc. Autres malchanceux, Marcel Artelesa, victime dès la 40me minute d'une douleur aux reins qui contraignit l'O.M. à jouer à dix et les compères africains Joseph et Fiawoo, qui se montrèrent aux spectateurs parisiens que leurs défauts.

O Un long monologue

La finesse de jeu des Angevins, leur sens du démarquage, leur sûreté technique contractèrent d'ailleurs cruellement avec les incertitudes et les maladresses marseillaises.

L'O.M., n'eut, hier, ni attaque, ni défen- terminer-doedn;yvhloe ESDROTU NU NUN se, ni milieu de terrain, et cela ne pouvait se terminer que par une catastrophe. Un but marseillais en fin de première mi-temps ou en début de seconde aurait sans doute changé la face des choses, et Skoblar eut deux fois la possibilité de le marquer. Tout au contraire, dès la remise en jeu, ce fut Deloffre qui vint battre Escale. La seconde mi-temps ne fut donc qu'un assez long monologue angevin pratiquement jamais contrarié.

Au cours de la première demi-heure, les défenseurs avaient accompli honnêtement leur travail. Il serait cruel et inutile de juger les joueurs marseillais sur l'ensemble de la partie. Ils nous ont prouvé en d'autres occasions qu'il valait mieux que cela. Hier, c'était un "jour sans'.... Le jour "sans" intégrale. Puisque Skoblar lui-même coula avec le navire.

 

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SKOBLAR SOMBRE AVEC L'O.M.

une catastrophe en cinq actes

(D'un de nos envoyés spéciaux : Louis DEVILLE)

PARIS - Un beau soleil dans un ciel sans nuage mettait sur le Parc des Princes, les joyeuses couleurs d'un jour de fête. Bien sur, il ne faisait pas un temps de printemps, mais ce froid sec, cette pelouse verte et souple était bien sympathique en ce dimanche de février.

L'ambiance y était avec les supporters promenant un calicot à quelques minutes du coup d'envoi, portant un slogan quelque peu tiré par les cheveux : "Angers ricane, mais SKR l'ange vint". Quel présage pouvait contenir cette formule ? La suite des événements allait nous montrer que les anges échevelés connaissant par surcroît la plus noire des malchances ne pouvaient pas bâtir un paradis chaque dimanche. Déjà les petits ramasseurs de balle, diables rouges en culottes courtes, prenaient possession de leur zone opérationnelle et les deux équipes sortaient du tunnel en compagnie de M. Machin arbitre du match. La Coupe était là, avec son côté dramatique, ses sortilèges et sa vérité. Et aussi, l'implacable logique du football, avec sa rigueur mathématique, bases essentielles des jeux d'équipe.

Dès la 30e seconde les 22.000 spectateurs du Parc des Princes applaudirent Skoblar, qui se faisait remarquer par un dribble très vif, suivi d'une parfaite passe. Quatre minutes plus tard Skoblar encore lui tirait au but après passe de Destrumelle et Gallina le goal angevin repoussait le ballon de justesse.

Tout semblait bien démarrer pour l'O.M. et on pouvait noter encore un centre tir de Skoblar.

Toujours lui à la 5e mn puis un corner était obtenu par les Marseillais sans résultat.

Cependant malgré ses premières velléités on ne tarda pas à s'apercevoir que l'organisation angevine était supérieure.

Deux offensives poussées assez loin mettaient en lumière la virtuosité d'une équipe complète dans toutes ses lignes et la rapidité du quatuor Margottin - Dubaele - Dogliani - Stievenard qui affichait en outre, une force de pénétration peu commune.

Stoppés à deux reprises pour position hors-jeu les quatre lutins ne tardèrent pas à faire les premiers ravages.

Deloffre et Margottin

d'abord

Entre-temps, Fiawoo puis Skoblar sur coup franc avaient tenté leur chance sans succès et à la 21e mn Deloffre recevait une excellente passe de Poli, inscrivait le premier but pour Angers malgré une parade désespérée d'escale et une ultime tentative de Zwunka.

Dès lors et forts de cette substantielle avance, les Angevins devinrent pressants, affolant à plusieurs reprises une défense Marseillaise aux abois. Un nouveau coup franc tiré par Skoblar trouvait Gallina sur sa trajectoire et le ballet angevin reprit de plus belle avec une nouvelle descente Dogliani - Deloffre - Dogliani pour aboutir à Margottin, le rapide "casque d'or", qui battait Escale pour la deuxième fois. On était alors à la 29e mn et déjà, un vent aigre se mettait à souffler sur le stade, comme si le temps eut voulu indiquer dans quel sens le match s'orientait, marquant ainsi la probable défaite de l'O.M.

Skoblar échoue

à deux reprises

Pourtant, on se prit à espérer quand Skoblar, dans une action très pure qui souleva une tempête de bravos, s'infiltra dans les rangs adverses, grillant deux, trois, quatre Angevins, déborda Gallina, mais ne put reprendre le ballon à temps pour le pousser dans les buts vides (43e). Malheureux Skoblar. Rien décidément, ne voulait sourire d'autant plus que, dix minutes avant Artelesa l'avait mis inutilement en position idéale. Traînant comme un boulet ce handicap de deux buts, les Olympiens attaquèrent la 2me mi-temps avec un malheur supplémentaire : Artelesa, souffrant d'un lumbago soudain lui interdisait tout mouvement quittait son poste pour s'isoler à une aile et n'était désormais d'aucune utilité pour ses camarades.

Estocade de Deloffre

Déjà dominés en football, les Marseillais devaient lutter à armes inégales et, dès la première minute suivant la reprise, Escale devait concéder un troisième but après une belle action de Dubaele et relais de Deloffre. Angers, menant par 3 à 0 à la 46e mn, ne pouvait plus être battu.

Avec une assurance sans cesse grandissante, les compagnons de Stievenard montèrent à l'assaut et ce fut miracle que le score ne s'aggrave, toujours sur des actions de Deloffre, Dubaele, Margottin et Dogliani, ce dernier s'avérant un meilleur maître à jouer. Un tir de Poli fit courir le frisson, puis Escale eut à parer une action très mordante de Dubaele.

Josip rate un penalty

Mais il était dit que l'O.M. boirait la coupe jusqu'à la lie quand, à la 62e mn, sur un centre de Joseph, on vit Skoblar, tournant le dos au but, se lancer dans ce fameux ciseau qui fit mouche devant Sochaux. Josip, en pleine extension, fut littéralement balancée par Grobarazyk et arbitre siffla un penalty. Et, ô dérision, Skoblar le tira dans les bras de Gallina, notre fringant pur-sang, complètement déconcentré, ne retrouvait pas ses éclairs fulgurants et son insolente réussite. Nous étions malheureux pour lui, qui avait tant pensé à cette consécration de Paris.

Margottin et Chlosta

clôturent

Après ce coup du sort le match sombra tout doucement dans une sorte d'indifférence que la froidure tombant sur le Parc rendit encore plus évidante. Angers marqua deux fois par Margottin, d'abord à la 78e mn, puis sur un splendide tir de Chlosta dans la lucarne après un coup franc qui vit l'arrière lober le mur et surprendre Escale, pourtant sur sa ligne. Cela faisait 5 à 0, addition était lourde, très lourde...

Et nous quittions le Parc, désenchantés avec au coeur un sentiment d'injustice non pas à cause du résultat, mais parce que nous avions le sentiment que Paris ne connaissait pas le vrai visage de ce merveilleux joueur qu'est Skoblar.

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DOGLIANI :

"On ne peut juger Skoblar"

Paris - Jean-Pierre Dogliani était très entouré après l'excellent match fourni par lui dans les

O.M. disait :

rangs d'Angers. l'ex-joueur de

"Notre équipe marche très bien et, très sincèrement, cette victoire ne m'étonne pas. J'en suis content pour mes camarades et pour le public parisien qui, jusqu'alors, n'avait pas vu Angers sous un jour favorable."

A la question : "Sue pensez-vous de Skoblar ? Dogliani répond :

"On ne peut pas juger le Yougoslave sur un tel match. Manquant e soutiens valables, il lui était difficile de s'exprimer. Mais quelques actions individuelles réussies nous ont laissé deviner sa classe."

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Choeur marseillais :

"Les Angevins étaient trop forts"

Paris - Pas de colère dans le vestiaire marseillais ou chacun avait conscience que l'on venait de jouer véritablement un match blanc... Nous avions travers éla pelouse avec M. Leclerc déçu bien sûr, mais nullement catastrophé... " Quelle aventure, nous dit-il... Décidément Angers n'est pas une équipe qui nous réussit. Il va falloir que nous prenions notre revanche dans trois semaines au stade vélodrome puisque nous sommes contraints et forcés de nous consacrer au championnat.

"Angers nous a montré aujourd'hui combien nous avions à travailler. Quant à Skoblar, il n'était vraiment pas dans un jour de réussite".

Robert Domergue lui non plus n'était pas en colère.

"Nous avons été battus indiscutablement par un adversaire qui nous était nettement supérieur. Nous aurions pu avoir quelques regrets si nous nous étions inclinés par un faible écart. Mais 5 à 0 comme pour le match aller, il n'y a pas besoin de commentaires". Tous les joueurs étaient désolés que Skoblar qu'ils aiment bien, ait été aussi malheureux dans ses entreprises. Casolari résumait le sentiment général.

"C'est invraisemblable que Josip ait raté tous ses tirs, lui qui est l'adresse même. Il y a des jours comme cela... Les Angevins, eux aussi d'ailleurs, ont raté plusieurs occasions. Sans cela, cela pouvait faire du 7 à 3 ou du 8 à 4...

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