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Résumé Le Provencal

du 24 mai 1954

 

 

Au Stade de Colombes, devant 60.000 spectateurs, en présence du Président de la république

L'O.G.C. Nice, battant l'O. de Marseille (2-1)

enlève la Coupe de France 1954

Les Azuréens tirèrent un feu d'artifice

pendant les dix premières minutes

et Scotti rata l'égalisation 89me

(D'un de nos envoyés spéciaux : Alain DELCROIX)

Paris (Par fil spécial) - Enfin le grand jour tant attendu par les sportifs marseillais et niçois était arrivé...

Et, des les premières heures de la matinée, ceux-ci gagnèrent le vaste stade de Colombes en cohortes serrées et bruyantes.

Des revendeurs proposaient discrètement au marché noir les dernières places libres.

Un filtrage sévère obligeait les candidats spectateurs à montrer patte blanche et, vers 14 heures, alors que nous gagnions le célèbre ground nous rencontrâmes le car "bleu et blanc" des joueurs olympiens.

Selon toute évidence ils n'étaient pas en avance.

Le ciel jusqu'alors, s'était contenté d'être nuageux puis brusquement il se mit à pleuvoir en trombe. Les cadets du Sud-Est, en rouge et blanc, et ceux du Nord en noir et blanc, furent copieusement douchés.

Dans un coin, Henri Conchy était sérieusement inquiet. Ses poulains étaient, en effet menés par deux buts à un, et la pluie ne cessait de tomber.

À 14 h 25, le coup de sifflet final retentit sur la victoire des Nordistes. Les jeunes vainqueurs blonds et athlétiques entamèrent un tour d'honneur.

Nous fûmes gratifiés ensuite d'une chanson aux accents martiaux. Le speaker nous apprit qu'il s'agissait et de l'air de l'équipe de France.

Une demi-heure avant le coup d'envoi, le stade était largement garni, opérateurs de cinéma et de télévision à leur poste, prêts à fixer sur la pellicule les hauts faits des phocéens.

La musique des troupes coloniales fit ensuite son apparition et elle entama une marche guerrière, histoire sans doute de réchauffer l'enthousiasme des supporters olympiens et azuréens.

Dans la tribune Marathon, les Marseillais sont groupés en nombre et ils agitent avec ferveur leurs petits étendards "bleu et blanc". Les Niçois ripostent en exhibant leurs petits drapeaux "rouges et noirs".

Suivant la coutume, on présente au public les lauréats du concours du jeune footballeur.

Les personnalités

La tribune officielle était comble. Aux côtés du président de la république René Scotti, nous avons remarqué MM. Le Troquer, président de l'Assemblée nationale ; M. Monnerville, président du Conseil de la République ; André Marie, ministre de l'Education nationale ; Martinaud-Deplat, ministre de l'intérieur, Gaston Defferre député-maire de Marseille ; Jean Médecin député-maire de Nice.

On note également les membres du Bureau Fédéral, du Groupement professionnel, de la Direction des sports, des dirigeants de l'O.M., dont MM. Constant, Pierre Robin, Bicais, Audibert, Maria, Legal, Franceschetti et les Niçois M. Jean-Charles, Verola, Trapini.

Les deux équipes sortirent ensemble du terrain saluées par de vigoureux applaudissements et gagnèrent le centre du terrain.

M. René Coty

et les finalistes

Le Président René Coty suivant la tradition se fait présenter les joueurs.

Ce fut M. Charles qui accomplit cette tâche pour l'O.G.C. Nice et M. Pierre Robin pour l'O.M.

M. Coty s'entretient quelques instants avec chaque joueur et nous le voyons même donner une tape amicale à Gunnar Andersson et bavarder en souriant avec Roger Scotti.

Les des équipes au complet

Les équipes se présentent dans les formations annoncées c'est-à-dire :

Pour Nice : Hairabedian, Ben Nacef, Gonzales, Cuissard, Poitevin, Mahjoub, Ujlaki, Antonio, Carniglia, Fontaine, Nuremberg.

Pour l'Olympique : Angel, Gransart, Salem, Mesas Johansson, Rossi, Palluch, Ben Barek, Andersson, Scotti, Mercurio.

Angel capitaine de l'O.M. offre un fanion à Cuissard qui lui remet un bouquet d'oeillets rouges.

En présence de l'arbitre M. Harzig, un homme du Nord, les deux capitaines disputent le toss. Cuissard l'emporte et choisit le côté gauche du terrain.

 

Les Marseillais sont contractés

C'est Andersson qui donne le coup d'envoi, mais la balle, immédiatement, voyage dans le camp phocéen et les "Aiglons" se montrant très rapides et farouchement décidés, exécutent quelques pointes dangereuses.

C'est Ujlaki qui fonce à toute allure, laisse sur place Salem ; de 20 mètres, il botte, mais son tir est faible.

Le "banni du onze tricolores" paraît aujourd'hui décidé à faire un véritable festival.

Il donne un centre très tendu. Mesas concèdent un premier corner.

Que se passe-t-il ? Les blancs ont l'air figés, médusés. Les "Aiglons" monopolisent la balle à leur profit.

On a envie de crier "S.O.S." et quelques instants plus tard, c'est le premier coup d'éclat.

Cuissard insaisissable

fait marquer le premier but

Les Marseillais savent que la paire Cuissard - Mahjoub constituait l'arme maîtresse de leur adversaire. Aussi convient-il de les marquer de très près. Mais pendant ses premières minutes, les "blancs" paraissaient rêvasser et flotter dans un nuage... de coton.

"Tatane" qui est 26 fois in- comme météore. Aucun Phocéen ne s'oppose à son esprit de décision et balle au pied, il parcourt 30 mètres environ. Il donne le cuir à Fontaine lequel, très tranquillement centre, en position d'ailier droit. Nuremberg est seul, soumis à aucun aucune surveillance, à proximité des bois d'Angel.

Il se détend et, de la tête, avec force, expédie la sphère dans la cage du gardien marseillais.

Angel n'a pas esquissé un geste. Il est demeuré figer quand un soldat de plomb.

Il y a cinq minutes de jeu. Trente secondes plus tard, un cafouillage nébuleux se produit devant la cage de Hairabedian. Poitevin loupe la balle : Andersson, qui se trouve prêt de lui, loupe également... Gunnar a raté une splendide occasion qui risque de ne pas se renouveler souvent.

Le second but hors-jeu

Et l'O.G.C. Nice repart à l'attaque. Il est plus véloce que l'O.M.

Ses avants combinent avec aisance et profitent de la carence phocéenne qui est générale et incompréhensible.

Sur une passe d'Ujlaki (9e minute), Antonio marque un second but. Angel a commis une faute. Par bonheur, l'un des Niçois était hors-jeu et M. Harzig refuse justement le point.

Les supporters marseillais ont eu chaud... Mais ce n'est que partie remise. Ben Barek shoote faiblement sur Hairabedian est revoilà Cuissard.

"Tatane" Cuissard démarre ternational mais n'a jamais eu l'occasion de remporter la Coupe est véritablement diabolique.

Il part du centre du terrain. Ni Scotti nie Rossi ne parviennent à le jugulé. Il est accompagné dans sa course par le superstitieux et madré Carniglia qui, jusqu'à présent est demeuré sur une prudente réserve.

Cuissard transmet la balle à son avant-centre, le "doyen" des Niçois. Ce dernier ajuste son tir comme à l'entraînement et d'un splendide ras de terre, il bat Angel mal placé.

Il y a onze minutes que le match a commencé...

Allons-nous au devant d'un désastre phocéen ?

Le ciel s'est éclairci et il ne pleut plus et même un timide soleil a dédié montrer le bout de son nez.

Étonnante prudence

des hommes de Barry

Pendant dix minutes les "Aiglons" ont été éblouissants, surtout Cuissard, Ujlaki, Carniglia, Nuremberg, qui ont même mené le jeu à leur guise.

Mais ont-ils les moyens physiques de continuer à appuyer sur l'accélérateur avec une telle facilité, une telle frénésie.

Non, et Georges Berry fait replier ses troupes en masse et Nice à l'étonnement général, se met à bétonner.

C'est là une prudence excessive qui aurait pu coûter cher aux affaires Azuréens...

On note un lointain tir de Ben Barek et enfin Mahjoub met la balle en corner à la 21e minute. Les Olympiens respirent un peu mieux

Andersson et Palluch tentent leur chance, mais la sphère rebondit sur des dos niçois.

À la 24e minute, Ben Barek adresse un dangereux heading qui manque de peu la cage ennemie. Le jeu est beaucoup moins rapide. L'Olympique s'organise, chaque élément de Roessler se reprend un peu et commet moins de bévues. Andersson et Gransart shootent à leur tour, puis Fontaine se présente seule devant les buts olympiens. Mais il cafouille lamentablement.

À la 38e minute, Ben Barek eut le but au bout des pieds, mais Hairabedian plonge dans ses pieds et s'empare de la sphère.

Quelques secondes plus tard, Andersson reçoit la sphère dans de bonnes conditions. Poitevin manque son intervention, mais le suédois hésite et finalement botte sur le gardien niçois.

Ainsi, à la mi-temps, il existe encore un très faible espoir pour l'O.M., basée sur les raisons suivantes :

1.) La défense a retrouvé son harmonie

2.) L' l'attaque combine mieux ;

3.) Nice est peureux.

4.) Il joue trop la défensive et l'on se prend à regretter que les "blancs" aient gaspillé deux chances réelles.

Mahjoub, ailier gauche

A la reprise, Mahjoub qui a reçu un coup de pied de Palluch s'exile à l'aile gauche. Mais Roessler, Bianco et Giraud gagnent, les traits soucieux, leurs bancs. Allons-nous assister à un miracle ?

Rossi, Mercurio shootent. Le rideau défensif niçois et terriblement compact, mais il ne serait pas imperméable. Mais les Olympiens ne profitent pas de cette faille. Le jeu est d'un niveau médiocre. Soudain à la 54e minute...

Andersson marque

Palluch monte avec décision. Il transmet la sphère à Andersson qui a échappé à Poitevin et s'est déporté vers l'intérieur droit. Il tire à ras de terre dans le coin gauche. Hairabedian plonge, mais il ne peut atteindre la balle.

Deux à un... C'est au tour des Niçois d'être inquiet.

L'Olympique à présent, pense au match nul. Et ce qui apparaissait comme une utopie devient une hypothèse tout à fait réalisable.

Angel dégage au pied devant Antonio parti seul à la conquête des bois marseillais.

Une combinaison Palluch, Scotti Ben Barek, affole Nice et Poitevin est très heureux d'expédier le la balle en corner.

Domination phocéenne

La dernière demi-heure et exclusivement phocéenne. Huit "Aiglons" sont regroupés devant la cage d'Hairabedian et craignent de voir leur digne craquer à tout moment. Palluch botte à deux reprises (70e et 72e minute), puis Ben Barek est bousculé par Nuremberg (73e minute). Quelques minutes s'écoulent et Andersson est "balancé" sans ménagement. La défense de Berry paraît décidée à défendre son avance par tous les moyens.

Roger Scotti se présente seul devant Hairabedian qui commet l'imprudence de trop s'avancer. Le Marseillais tire trop fort et sa balle passe nettement au-dessus de la cage.

Les Niçois sont débordés. Ils perdent la tête. La précision olympienne s'accentue. Palluch met à l'épreuve Hairabedian.

Instants dramatiques

Et nous parvenons à la fin de la partie. À la 88e minute se place la phase la plus émouvante, les instants les plus dramatiques ce cette finale qui fut passionnée, mais manque de panache.

Scotti s'apprête à fusiller le keeper adverse, les Niçois hésitent à intervenir. Le flegmatique olympien, shoote magistralement dans le coin droit Est-ce l'égalisation ? Non

Carniglia renvoie in extremis de la tête. C'est fini. Nice a remporté la Coupe de France 1954.

L'Argentin était-il à l'intérieur de la cage lorsqu'il réussit ce "heading" inattendu ? Certains l'affirment. Quoiqu'il en soit M. Harzig n'est pas intervenu et n'a pas eu l'intention à aucun moment d'accorder le but.

D'ardents supporters envahissent la pelouse drapeau rouge et noir en tête... Une jeune Niçoise, en costume local embrasse les vainqueurs. Antoine Cuissard gravit les escaliers qui conduisent la tribune présidentielle. Il reçoit des mains de M. Coty le précieux trophée et c'est ensuite le traditionnel tour d'honneur autour de la pelouse.

Quelques applaudissements épars éclatent, mais la masse du public demeure différente. Elle estime sans doute, et ce avec bon sens, qu'elle n'a pas assisté à une grande finale, que les occasions de vibrer lui furent comptées et que les Niçois ont triomphé en prenant un minimum de risques et surtout en faisant preuve d'un esprit trop "bourgeois".

L'Olympique a échoué

au port

La conquête de la septième finale est remise à une date ultérieure ; il n'est pas temps de se frapper la poitrine.

Mais, en toute justice, nous étions en droit d'attendre mieux des marseillais qui, par le passé, fournirent souvent des prestations plus brillantes, plus marquantes...

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SCOTTI et BEN BAREK se sont

empêtres dans la super défense niçoise

(d'un de nos envoyés spéciaux : Geo RAY)

Paris (par fil spécial) - La chance, cette indispensable dame qui peut, à elle seule, changer bien des choses, la physionomie et le résultat d'un match de football, par exemple, n'était pas hier, dans le camp de l'O.M.

Ainsi donc les Olympiens ont eu le sort contre eux. Fut-il injuste en ne leur accordant pas ses faveurs ?

Oui et non à la fois.

Il le fut en ce sens que de multiples occasions de buts, certaines en or s'envolèrent.

Mais nous ne saurions aller beaucoup plus loin sur ce terrain, car, il faut le dire tout net : l'O.M. n'avait pas une équipe assez complète pour mener à bien le match handicap que son très mauvais début lui imposa.

Il eut fallu pour permettre à Andersson de placer ses boulets de canon, que les ailiers jouâssent leur rôle tout simplement.

Il eut fallu, pour que Scotti et Ben Barek construisent des attaques comme ils le firent contre Sedan, que les deux demis fussent plus constants dans leurs actions.

Palluch, Mercurio, Mesas et Rossi ont fait un mauvais match.

Le premier après avoir était le héros de la demi-finale fut, cette fois, plutôt malheureux. On ne peut pas l'accuser de ne pas avoir lutté de tout son coeur, mais Palluch abusa du shot de loin.

Certes nous reprochons souvent aux attaquants, de ne pas tenter leur chance. Mais encore faut-il le faire à bon escient.

Palluch aurait bien voulu marquer. Personne ne lui en voudra pour cela, mais la chance n'est pas toujours fidèle.

Mercurio n'a pas réédité, lui non plus, le match qu'il fit contre Sedan.

Ayant reçu un dur shot en pleine face, en début de match, il eut sa vue troublée. Est-ce pour cette raison qui ne fut jamais dans le coup ?

Mesas et Rossi ont été victimes du mauvais début de l'équipe olympienne. Ils tentèrent bien de réagir, mais ne parvinrent jamais à prendre le dessus sur leurs nerfs qui les avaient trahis.

Après un mauvais départ, les hommes comme Johansson, Salem et même Gransart, en fin de partie parvinrent à s'imposer.

L'arrière central marseillais fut en seconde mi-temps, le meilleur joueur sur le terrain avec Cuissard.

Il domina de la tête son adversaire direct, Carniglia et orienta le jeu avec la science que chacun lui connaît.

Affolé une fois encore dans les dix premières minutes de la rencontre, Salem s'améliora au fil des minutes et fut l'un des plus précieux fournisseurs de balle au moment où, massés devant les buts d'Hairabedian, les avants blancs tentaient de renverser la situation.

Le noir Marocain neutralisa totalement Ujlaki sauf pendant les dix premières minutes.

Gransart eut en fin de match des interventions très nettes, pleines de décision dont l'une fut à la base de la plus chaude alerte que les Niçois aient connu.

Mais que Gransart eut de peine pour tenir en respect l'excellent Mahjoub passait à l'aile gauche à la suite d'une blessure au mollet !

Andersson, auteur du but qui remit bien des choses en question et redonna l'espoir et en même temps de la voix aux Marseillais présents dans le stade n'a déçu personne.

Certes en première mi-temps il manqua un but tout cuit, alors qu'il se trouvait seul devant l'heureux Hairabedian, mais peut temps lui reprocher ?

Le Suédois lutta avec acharnement, il prit souvent Poitevin en défaut.

Gunnar le "bombardier" n'a pas déçu le public parisien. Constamment on eut l'impression qu'il pouvait à lui seul tout remettre en question.

Hélas... Le béton niçois été toujours bien en place.

Scotti et Ben Barek auraient-ils pu le faire sauter ?

Les deux intérieurs olympiens ne furent pas heureux.

Eux qui avaient construit la victoire de leur équipe devant Sedan, se heurtèrent sans succès au mur "rouge et noir" dressait devant le but d'Hairabedian.

Pris en charge par Nuremberg et Cuissard, le brave Scotti fut non seulement étouffé mais contraint de laisser filer bien souvent la contre-attaque un Cuissard en grande forme.

Scotti, on vous le dit par ailleurs, à manquer le plus joli but de sa carrière en shootant dans les décors alors qu'il était seul devant Hairabedian.

On parlera longtemps de ces deux buts manqués par Andersson de Scotti.

Ben Barek nous parut privé de son influx nerveux habitué.

Comme Scotti, il s'enferma dans la défense niçoise. En position de shoot, Ben Barek hésita à tenter sa chance.

À côté de cela il eut quelques actions d'éclat et notamment aux alentours de la 20e minute de jeu, lorsque la pression olympienne était constante sinon parfaitement organisée.

Reste Angel : le goal marseillais ne pouvait absolument rien sur le premier but remarquablement marquer de la tête par Nuremberg.

Par contre il marqua une hésitation sur le shoot à ras de terre de Carniglia.

Après c'est toujours fameuses et fatales dix minutes, Angel se reprit. 

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Les MARSEILLAIS cueillis à froid

Ont payé leur nervosité excessive

(d'un de nos envoyés spéciaux : M. GOIRAND)

Paris (par fil spécial) - Pour ne pas avoir cru en leurs chances dès le début de la partie, les Olympiens marseillais ont perdu hier après-midi, au Stade de Colombes, la Coupe de France.

Avant que ne débute le match en effet, l'oeil quelque peu averti pouvait distinguer nettement que les Marseillais étaient en proie à une nervosité excessive, lors de la présentation au président de la République, nervosité qui ne cessait pas d'inquiéter ceux qui connaissent bien les joueurs au maillot blanc.

Les Niçois, d'ailleurs dès le coup d'envoi, se rendirent compte immédiatement de l'état de leurs adversaires. Aussi, avant qu'ils ne se ressaisissent, Berry de la touche, faisait signe à ses hommes d'exploiter à fond cette aubaine inespérée.

C'est alors que nous assistâmes à un quart d'heure éblouissant de la part des "Aiglons". Cuissard et Mahjoub conduisaient le bal avec une maestria étonnante, tandis que le trio de pointe, Ujlaki, Carniglia, Nuremberg, s'infiltrait avec une aisance, une autorité incroyable, dans la défense olympienne.

Celle-ci flottait visiblement du fait de la tactique adoptée, c'est-à-dire la prise en charge, par Rossi, de l'avant-centre Carniglia, le marquage de Fontaine par Johansson. Par ailleurs la surveillance des arrières marseillais s'avérait nettement trop élastique et le diabolique Ujlaki, tout comme le rapide Nuremberg, n'éprouvaient aucune difficulté pour avancer vers le but d'Angel.

Et ce qui devait arriver (bien entendu) arriva. Cuissard, en effet, qui ne cessait d'être l'élément déterminant de son équipe, donnait une balle à Fontaine, qui recentrait sur la tête de Nuremberg. C'était le premier but niçois, suivi bientôt d'un autre tir victorieux de Carniglia.

L'O.M. joue lentement...

En 10 minutes, onze exactement puisque le but de l'avant-centre des "Aiglons" se situe à cet instant précis, l'O.G.C. de Nice venait de gagner la Coupe de France aux dépens de l'O.M.

Cueillis à froid un peu par leur faute, il faut bien le dire, les Olympiens se retrouvaient donc avec un passif de deux buts.

C'est alors que l'on craignait le pire pour eux, car l'on sentait que Nice pouvait maintenant, tout se permettre, tant les attaques des blancs étaient molles et peu appuyées. Plus rapides sur la balle, plus volontaires, plus hargneux et, surtout moins contractés, les Niçois, s'ils n'avaient pas fermé le jeu après une demi-heure, auraient ou l'emporter plus largement.

...puis se reprend

Passé ces 30 minutes catastrophiques, les Marseillais se reprenaient du fait de la lassitude de leurs rivaux et aussi du commencement de leur "béton". Les avants combinaient mieux, mais manquaient néanmoins, de ce perçant irrésistible qui force l'admiration et les meilleures défenses.

Ce tournant de la partie se situait à la 40me minute environ, lorsque Andersson, au lieu de tirer puissamment, comme il a l'habitude de le faire, vers la cage d'Hairabedian, plaçait une balle sans conviction dans les bras du portier de Meyreuil. Si Gunnar avait réussi son shoot, peut-être que tout l'ensemble du match et le résultat lui-même aurait pu être inversé. Mais voilà...

Le béton niçois

Il était aisé de prévoir la suite du déroulement du combat. Forts de leur avance, les Niçois qui avaient montré le bout de l'oreille, ou plutôt la tactique qu'ils comptaient employer pour assurer leur victoire dès les trois quarts de la première mi-temps, pénétrèrent à nouveau sur le ground, avec l'idée bien arrêtée de préserver les deux buts. Mahjoub, légèrement blessé, passait ailier gauche et Nuremberg devenait le "bétonneur" du onze, en prenant sa place. L'ailier d'ailleurs devait se distinguer dans ce rôle d'une manière peu orthodoxe et surtout légèrement rude.

Les Olympiens magnifiques de courage et de ténacité, se livraient corps et âme à la bataille. Une fois, deux fois, trois fois, dix fois, la défense niçoise se tirait de situations périlleuses, puis Andersson réduisit l'écart.

Tout n'était donc pas encore perdu. Les Marseillais le sentaient mieux que quiconque.

Mais il était écrit que la malchance les poursuivrait jusqu'à l'ultime coup de sifflet final.

En effet, après cet unique but, Scotti, Palluch, Ben Barek, Andersson avait l'égalisation aux bouts de leurs pieds. Plusieurs de ses les assauts méritaient un meilleur sort. Hélas ! L'acrobatique Gonzalez, le souple Cuissard, l'astucieux Carniglia et le... "chançard" Hairabedian, sortaient des balles que l'on croyait déjà dans les filets.

Les minutes filaient à une allure vertigineuse pour les supporters marseillais pâles et angoissés.

Et lorsque Scotti eut définitivement raté la balle de match, un long silence tomba sur le stade. Ce silence était significatif car il prouvait que la déception était grande parmi les quelques 60.000 spectateurs de Colombes qui pensaient bien, en définitive, voir triompher l'équipe la plus volontaire, celle qui s'était donnée le plus généreusement dans l'effort.

En un mot, celle qui, par malchance, venait de perdre sa "7e Coupe de France" sur un coup de dés pour n'avoir pas cru en ses moyens pendant 10 petites minutes.

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De MARSEILLE qui pleure...

A NICE qui laisse éclater sa joie !

Paris (par fil spécial) - Roger Scotti était l'homme le plus malheureux de la terre, hier après midi, aussitôt après le match.

Effondré sur un banc, l'inter gauche olympien en effet se tenait la tête entre les deux mains et ne cessait de répéter en se lamentant :

"Pour avoir voulu trop bien lober Hairabedian, j'ai placé ma balle un doigt au-dessus de la barre. Quelle malchance, c'est incroyable !"

Plus inconsolable il ajoutait :

"C'est fini, je ne remettrai plus les pieds sur une pelouse de la saison. D'ailleurs, je suis littéralement vide et n'aspire plus qu'au repos".

Mais Scotti n'était pas le seul joueur olympien à terre. Tous sans exception, n'en revenaient pas de cette défaite qu'il estimait injuste en raison de leur effort de la seconde mi-temps.

Ben Barek, dans cet ordre d'idées était le plus amer :

"Jamais nous de devions perdre ce match. Certes je reconnais loyalement que notre défense a eu un départ pénible. Mais n'a-t-elle pas tenu le coup admirablement par la suite. Non, nos efforts n'ont pas été récompensés. C'est à désespérer de tout".

Angel le capitaine du onze était catégorique : "Nous n'y avons pas cru dès le début. Voilà pourquoi Nice emporte la coupe".

Salem également était sombre :

"Si l'on avait joué en première mi-temps comme nous avons opéré en seconde, nous ne perdions par.

Palluch, qui n'a pas eu beaucoup de réussite, reconnaissons-le, été malgré tout philosophe :

"C'est la loi du sport, nous a-t-il dit. Nous n'avons pas eu la chance avec nous".

Les dirigeants avaient perdu

leur sourire

Mais, il n'y avait pas que les joueurs qui se lamentaient. Les membres du Comité des Cinq, en effet, étaient mal en point. Le président Robin n'avait pas son traditionnel cigare aux lèvres tandis que M. Michel Bianco M. Bicais était plus pâle que d'habitude.

M. Robin n'en revenait pas :

"Je suis navré. Nous n'avons pas su profiter du passage à vide de Nice. Ah !... Si Scotti n'avait pas raté son shoot...

les Niçois en pleine euphorie

Dans les vestiaires voisins, est-il utile de préciser, une joie rayonnante faisait place à l'incertitude et aux derniers moments pénibles de la partie.

Cuissard, le héros du match était très entouré. On s'en doute. Détendu, le brillant demi-aile des "Aiglons" nous dit :

nous avons été les plus rapides sur la balle. Lorsque nous nous sommes repliés en défense, nous étions à peu près certains de contenir les assauts phocéens.

Mahjoub, toujours aussi fair-play, se faisaient soigner allonger sur la taque de massage et nous confiait toute sa joie.

Je suis heureux au-delà de toute limite. J'avais peur de l'équipe de Marseille. Cette peur était justifiée d'ailleurs. Enfin c'est avec un soupir de soulagement que j'ai entendu le coup de sifflet final.

Comme on comprend bien le fin Mahjoub

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M. DEFFERRE :

"Dommage pour Marseille..."

Paris (Par fil spécial) -

M. Gaston Deferre, le sportif maire de Marseille suivit avec intérêt passionné la finale O.M. - Nice

Il vibra aux coups d'éclat des Olympiens et après la rencontre il était attristé - comme ses cinq mille concitoyens. - de l'insuccès des joueurs de l'O.M.

"C'est dommage pour Marseille" nous dit-il. "Nous avions tous tellement souhaité que la Coupe prenne le chemin de La Canebière pour la 7me fois".

"Les joueurs marseillais furent courageux, manifestèrent beaucoup de volonté et surtout se montrèrent malchanceux en fin de partie".

Après la rencontre M. Gaston Deferre tint à assister à la réception qui avait été promise en l'honneur des finalistes à la mairie de Colombes.

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CUISSARD, le meilleur Niçois

Paris (Par fil spécial) - Les Niçois ont joué en grande équipe juste le temps de marquer deux buts.

Pendant cette période, la machine tourna rond. Ujlaki y fut parfait, mais il devait par la suite se montrait beaucoup moins brillant. Fontaine disparut totalement de la circulation après cette période faste.

Nuremberg, auteur du premier but, fut très utile lorsqu'il se replia en défense, c'est-à-dire pendant les trois quarts de la partie.

Son marquage efficace de Scotti permit à Cuissard de pousser d'excellentes et très nombreuses montées offensives. Le capitaine niçois Justi le meilleur joueur sur le terrain.

Il a, sur ce match, probablement reconquis sa place en équipe de France. Cuissard ne commit pas une faute en défense et fit à ses partenaires des services particulièrement inspirés.

Après Cuissard, nous citerons Mahjoub, transcendant avant la blessure qui le fit exiler à l'aile.

Carniglia marqua un but et en sauva d'un autre. C'est assez dire qui joua un rôle primordial.

Antonio défendit beaucoup lui aussi. Poitevin ne fut pas à la noce devant Andersson. Il commit trois erreurs monumentales qui auraient pu coûter très cher à son équipe.

L'arrière défense niçoise eut un travail énorme. Elle s'en tira avec bonheur. Hairabedian, notamment eut, vers la fin du match, des arrêts extraordinaires.

Il eut été battu toutefois sans la miraculeuse tête de Carniglia qui sorti la balle... de l'intérieur de ses filets.

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MAJHOUB n'a pas fait le tour d'honneur

Paris (Par fil spécial) - Dès qu'ils eurent reçu la Coupe des mains du Président de la République, les joueurs Niçois firent le tour d'honneur traditionnel.

Cependant, un des participants de cette finale ne put, à son grand regret, se joindre à ses camarades.

C'est de Mahjoub qu'il s'agit. Le demi gauche, en effet, blessé au cours du match avait lutté jusqu'à l'épuisement. De plus, sa jambe douloureuse lui interdisait tout nouvel effort.

Aussi, c'est la mort dans l'âme qu'il se résigna à laisser partir ses camarades.

Heureusement que peu après, dans les vestiaires, il avait la grande joie de recevoir d'Antonio, le précieux objet d'art.

Et ce geste le consola de sa grande désillusion.

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Le Provencal

du 23 mai 1954

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