|
|||||||||||||
Retour - Fiche de la rencontre |
|
|
Un sommet explosif, la plus belle affiche du football français, une finale idéale, l'un des jours les plus fastes de l'histoire de la Coupe : Colombes fera le plein. Ces alléchantes promesses et ces prévisions audacieuses se rapportaient, la veille de la rencontre, à la finale 1969 de la Coupe de France, laquelle allait mettre aux prises l'Olympique de Marseille et Bordeaux. Elles reflétaient l'optimisme démesuré de l'immense majorité de la presse pour qui les titres passés, les victoires de l'OM., et présents, troisième finale de Bordeaux en six ans, suffisaient pour garantir automatiquement l'avenir |
Pouvait-on être insensible à la joie débordante des milliers de supporters marseillais envahissant - pour la seconde fois, mais cette fois-ci, en masse- le terrain au coup de sifflet final ; la pluie les inondait mais de toucher les joueurs, de fouler la pelouse, de se congratuler, la leur faisait oublier. Et à la joie de Bonnel, dans les vestiaires, se rasant tranquillement les moustaches tout en nos confiant : "C'est le plus beau jour de ma vie", comment y échapper. |
|
|
Un jeu très souvent terne, monotone, où rares sont les séries de trois échanges mais nombreuses les passes à l'adversaire. |
Comme on le voit, un ensemble de faits peu stimulants, dans lesquelles la responsabilité des deux équipes est partagée, le nombre de corners (5 pour Marseille, 4 pour Bordeaux) confirmant celui des coups-francs. Or comme il n'est pas possible de mettre en doute la valeur des vingt-deux acteurs, force nous est de rechercher cette responsabilité au niveau de ce qui détermine le comportement des joueurs le système de jeu. Les deux formations présentent un cadre tactique identique : la couverture. Hodoul est libéro ici, Peri là. On retrouve quatre contre-attaquants à Marseille (Magnusson, Bonnel Joseph et Gueniche) et quatre à Bordeaux (Petyt, Burdino, Ruiter et Wojciak). |
|
|
Colombes réagit à la 5e minute lorsque Petyt, déporté sur l'aile gauche met dans le vent d'une feinte splendide Zwunka et centre en retrait sur Burdino dont la reprise de la tête est détournée magnifiquement en corner pas Escale. |
En effet, alors que ces derniers misaient tout sur l'exploit individuel de leurs contre-attaquants ou les tirs de loin de leurs demis ( '7e, Baudet, 16e, Caliéja, 27 et 34e, Peri), les Marseillais contre-attaquaient différemment : par des montées soudaines de leurs défenseurs. A la 8e minute, Gueniche talonne sur le défenseur Novi dont le centre-tir sera manqué par un Joseph... hors-jeu (il n'y aura que deux hors-jeu en 90 minutes) ; |
|
|
Cette différence retient l'attention à la mi-temps ; les arrières-ailes marseillais et Novi, de temps en temps, contre-attaquent. Alors que leurs homologues bordelais surveillent surtout leurs ailiers. Le déroulement de la seconde mi-temps confirme ces deux tendances. Une tête de Ruiter sur corner (47e minute) trouvera Escale à la parade comme une de Joseph sur corner (65e minute) passera de peu à côté. Mais, ces points communs dégagés, les différences, donc, s'affirment. Aux 50e et 52 minutes Djorkaeff passe une balle à Gueniche d'abord, dont le centre en retrait ne donnera rien, puis effectue une montée splendide, émaillée de trois dribbles, et ponctuée d'un tir de 20 mètres peu dangereux cependant. |
Mais à le 57e minute, un beau dédoublement Petyt-Burdino, permet au dernier nommé de passer à Simon qui manquera totalement son tir à 15 mètres des buts. A la 60e minute, c'est encore une belle montée de Djorkaeff qui échouera sur une brutalité de Péri sur Joseph. |
|
|
Or, à défaut d'un jeu collectif et offensif, les montées occasionnelles d'un défenseur offraient des possibilités dont les Bordelais se privaient délibérément. Arrive alors la 80e minute. Sur l'aile droite, Magnusson passe à son arrière Lopez, monté. Un dédoublement entre les deux hommes et voilà Magnusson en passe de centrer en retrait : mais Chorda passe par là et le Suédois se retrouve par terre. Corner dit l'arbitre alors que le coup-franc s'imposait. Le corner est tiré, repoussé par Montès... sur Novi, aux 20 mètres, dont le tir violent est dévié -par hasard, cela va sans dire- par Joseph hors de portée de Montès : c'est le but heureux ! |
Un but précédé, donc, d'une montée d'un arrière -voilà pour la tactique -, puis d'une faute de Chorda - voilà pour la morale et la colère des supporters marseillais- et enfin d'un tir d'un autre défenseur marseillais, Novi. Mais quand on pense au talon de Joseph qui a fait but alors que celui de Hodoul sauvait un but tout fait ! Comment s'empêcher de relever la terminaison heureuse de ce but décisif ! |
|
|
Quant au second but, huit minutes plus tard, il devra tout au dégarnissement volontairement des Bordelais qui ont, à ce moment, juste Péri en défense. Une balle longue de Hodoul lobe tout le monde et aboutit dans les pieds de Bonnel, flanqué de Joseph, surveillé par Péri qui, s'il avait joué le hors-jeu, aurait pu annihiler cette contre-attaque. A deux contre un les Marseillais s'avancent jusqu'à 10 mètres de Montès. Là, Bonnel tire sur le poteau mais, fort calmement et dans un angle presque impossible Joseph marquera le second but. |
Mais avait-elle besoin de cet épilogue pour l'être ? Nous ne le pensons pas, tant à 0-1 les Bordelais donnaient l'impression d'avoir un ressort de brisé, de jouer en vaincus, la rentrée du "battant" Couecou, dès la 65e minute en remplacement de Burdino n'ayant rien changé à ce problème d'ordre collectif. Mais cet épilogue eut le mérite de montrer l'enthousiasme des supporters marseillais. Et quand on voit ce que les Marseillais peuvent faire à l'extérieur, on comprend mieux ce qu'ils peuvent faire -sans qu'il y ait obligatoirement excès- chez eux ! Ainsi se termine donc la Coupe 1969 |
|
|
Marseille mérite sa victoire. Sans que l'influence du public ait joué particulièrement avant l'envahissement du terrain. Et ce mérite marseillais, symbolisé par les montées de Djorkaeff, c'est l'intégration individuelle des arrières en contre-attaque. L'O.M. prit ce risque occasionnellement, faisant reculer Hodoul d'autant, celui-ci se trouvant fréquemment dans ses 18 mètres sur dégagement du gardien adverses ! Les bordelais ne surent pas profiter de cet anachronisme parce qu'ils jouaient en contres. Et aussi parce qu'ils n'incorporèrent pas leurs arrières à ces contres -l'arrière était alors un homme libre supplémentaire. |
|
|